La mare aux mots
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Thomas Scotto

Enfants d’ici ou d’ailleurs [article en accès libre]

Par 30 novembre 2017 Livres Jeunesse

Ils et elles ont vraiment existé, ou auraient pu. Ces enfants vivent parfois dans un pays en guerre, parfois près de nous. Parfois, en exil ou juste en voyage.

 Le héros n’est pas un enfant, c’est un ourson. Un ourson qui a vécu tout près d’un jeune Hollandais qui s’appelait Fred, un ourson qui a voyagé avec lui, qui s’est caché avec lui, qui a traversé le temps. Il ne l’a quitté que bien plus tard, pour s’installer dans un musée.
Cet ourson existe, tout comme son propriétaire, il est exposé à Yad Vashem, mémorial dédié aux victimes juives de la Shoah. Fred, quant à lui, est maintenant un vieux monsieur. À travers l’histoire de son ours c’est son histoire à lui que l’on suit, un enfant comme tant d’autres qui a dû porter une étoile jaune, fuir, se cacher. Si le sujet est dur, le livre, tout en ne cachant pas les choses, est à portée d’enfant et ne va pas les choquer, il rappelle juste des situations qui se sont passées dans une époque pas si lointaine. Le livre est un bel ouvrage avec de magnifiques illustrations et un beau papier. Adultes comme enfants seront ému·e·s de lire l’histoire de cet ours qui a été, pendant une période difficile, la seule chose qui restait à l’enfant de sa vie d’avant.
Un très bel album pour parler de la Shoah avec les enfants.

Recevoir un cadeau c’est toujours plaisant, alors être un cadeau soi-même… quelle joie ! Après avoir brûlé son village et emprisonné ses habitant·e·s, ils ont donc décidé que lui serait le cadeau, un cadeau pour la reine. Pour ça, il lui faudrait apprendre quelques phrases de français « Oui, ma Reine », « D’accord, ma Reine », « tout de suite, Votre Majesté ». Être un cadeau, c’est quelque chose de peu banal.
Thomas Scotto s’empare d’un sujet lourd (la colonisation) et en fait un album poétique et violent. Car si le texte est extrêmement beau, on se prend quand même en pleine figure la réalité de ces enfants devenus esclaves, de ces peuples déracinés qui ont tout perdu. L’album se termine par une note plus légère, un espoir et le rappel que dans chaque camp il y a des personnes bonnes.
Un album extrêmement fort pour parler de la colonisation et du déracinement.

À Kaboul vit Tamana. Dans la pièce aux vitres cassées où elle vit avec toute sa famille, elle rêve d’une maison où elle vivrait heureuse. Tamana aime l’école et s’y rend chaque jour avec plaisir, mais aujourd’hui c’est une sacrée surprise qui l’attend : elle a gagné un concours de dessin international et va partir à Paris pour recevoir son prix.
Ici encore, il s’agit d’une histoire vraie, celle d’une petite Afghane qui est venue à Paris suite à un concours de dessin. On découvrira tout d’abord sa vie là-bas, puis Paris à travers ses yeux. Si la peur s’installera parfois, c’est surtout l’étonnement qui dominera chez Tamana. L’étonnement de voir des statues dénudées, de voir de l’eau couler partout, mais aussi l’ascenseur ou la machine à laver. Il y aura aussi la peine, en voyant un homme dormir dans la rue sur des morceaux de carton. Le beau texte de Bénédicte Prats est mis en image par de superbes illustrations de Bertrand Dubois.
Un magnifique album sur la découverte de l’autre, et le respect de tous et toutes, d’où qu’ils ou elles viennent.

Talia a sept ans, elle est née au Soudan, mais elle a dû fuir. Prendre un camion, un bateau puis un autre bateau. Elle est arrivée en France, en route elle avait perdu de vue son frère et sa petite sœur était née. Quand Talia et sa famille se sont enfin posées, c’est dans le nord de la France au bord de la mer, dans un abri couvert de bâches bleues.
Autre album extrêmement fort, Chemin des dunes, sur la route de l’exil nous propose de suivre le voyage d’une petite fille de sept ans sur le long chemin qui va la mener de son pays qu’elle doit fuir, aux baraquements d’un camp d’hébergement. Si là encore le propos pourrait être lourd, il est rendu plus léger grâce aux belles illustrations de Nathalie Dieterlé et l’écriture de Colette Hus-David qui se met à hauteur d’enfant. Il y a du suspense (Talia retrouvera-t-elle son frère ?), des non-dits qui laissent chacun·e imaginer les choses (la famille de Naïma, qui a disparu un matin, a-t-elle réussi à traverser en Angleterre ?).
Un bien bel album sur les migrant·e·s.

La mer n’est pas loin, pourtant elle ne la voit pas. Entre la mer et elle, il y a le mur de béton qu’elle aime peindre avec Walid. Pourtant, un jour elle ira voir la mer, elle saura à quoi ressemble l’horizon.
France Quatromme raconte l’enfance en Palestine. La mer si proche et pourtant si loin, le mur de huit mètres, les checkpoints, le blocus. Avec un texte poétique et à hauteur d’enfant, elle fait passer énormément de choses. En fin d’ouvrage, une page documentaire signée par la présidente de la plateforme des ONG françaises pour la Palestine nous permet d’en savoir plus et de mieux comprendre certaines choses que l’on a croisées dans l’album. Le texte est accompagné par de très belles illustrations d’Évelyne Mary. À noter que cet ouvrage a reçu le prix de l’Instruction René Devic lors de la dernière Comédie du livre.
Un bel ouvrage sur les enfants de Palestine.

Qui sont les migrant·e·s et les réfugié·e·s ? D’où viennent-ils·elles ? Pourquoi sont-ils·elles dans cette situation ? Que pouvons-nous faire pour eux·elles ?
Sorti chez Nathan, cet album documentaire (qui se lit finalement comme un album classique) nous apprend plein de choses sur les réfugié·e·s et les migrant·e·s. Avec des phrases simples et adaptées aux enfants, ce bel album saura répondre à leurs questions, avec justesse et sans tabous. On apprendra même ici ce qu’on peut faire pour être utile. Les illustrations colorées et pleines de douceur contribuent à rendre le livre attirant pour les enfants, alors qu’il traite d’un sujet pas facile.
Un documentaire qui parle avec délicatesse et justesse des réfugié·e·s et des migrant·e·s.

Sorti dans la même collection (et illustré par la même illustratrice), La pauvreté et la faim explique, là encore avec justesse, aux enfants ce que c’est qu’être pauvre et ce qui fait qu’on peut le devenir, quels problèmes cela engendre de l’être, qui sont ceux et celles qui aident les autres et comment faire pour aider. Là encore un documentaire particulièrement bien fait.

L’ourson de Fred
Texte d’Iris Argaman (traduit par Livia Parnes et Pierre-Emmanuel Dauzat), illustré par Avi Ofer
Chandeigne
14 €, 165×235 mm, 44 pages, lieu d’impression non indiqué, 2017.
Kado
Texte de Thomas Scotto, illustré par Éric Battut
À pas de loups
17 €, 240×340 mm, 32 pages, imprimé en Belgique, 2017.
Le dessin de Tamana
Texte de Bénédicte Prats, illustré par Bertrand Dubois
Cépages dans la collection Racines du monde
15 €, 240×320 mm, 40 pages, lieu d’impression non indiqué, 2017.
Chemin des dunes, sur la route de l’exil
Texte de Colette Hus-David, illustré par Nathalie Dieterlé
Gautier Languereau
14 €, 270×240 mm, 40 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
On ira voir la mer
Texte de France Quatromme, illustré par Évelyne Mary
Lirabelle
15 € 225×225 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 2015.
Les réfugiés et les migrants
Texte de Ceri Roberts (traduit par Christine Liabeuf), illustré par Hanane Kai
Nathan dans la collection Explique moi…
12,90 €, 230×230 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2017.
La pauvreté et la faim
Texte de Louise Spilsbury (traduit par Christine Liabeuf), illustré par Hanane Kai
Nathan dans la collection Explique moi…
12,90 €, 230×230 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2017.

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Les invité.e.s du mercredi : Anaïs Vaugelade, Cathy Ytak, Thomas Scotto et Alain Claude

Par 10 mai 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, on parle anatomie, crocodile et encyclopédie avec la formidable Anaïs Vaugelade et puis l’on part à la rencontre d’Alain Claude, Thomas Scotto et Cathy Ytak qui nous présente leur fantastique Libre d’être ! Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Anaïs Vaugelade

Comment vous est venue l’idée de faire un livre « d’anatomie et de bricolage » ?
De mon goût pour l’anatomie, pour les corps, pour le « comment ça marche », aussi. Et d’une question de mon fils (que j’ai mise au tout début du livre) : « Dis, est-ce que ma poupée a elle aussi une colonne vertébrale ? »
Puis est venue l’idée de raconter la construction d’un corps, puis l’idée de réutiliser le personnage de Zuza, sa liberté de ton, son petit monde aussi.
Et enfin, d’utiliser pour référent scientifique une « Encyclopédie Crocodilis », fournie par le crocodile ami de Zuza, ce qui m’a donné la petite distance nécessaire pour aborder les sujets délicats : la vue en coupe d’un zizi « crocodile » passe mieux que celle d’un zizi humain.
Cette encyclopédie crocodilis a aussi permis d’ouvrir le livre à un peu d’anatomie comparée, et j’adore d’anatomie comparée.

Les animaux ont une place prépondérante dans vos histoires, pouvez-vous nous dire pourquoi ?
C’est une politesse envers le lecteur, une façon de ne pas forcer l’identification, de ne pas lui dire « C’est toi, regarde, ça parle de toi ». En même temps, un lapin qui porte des t-shirts et qui se lave les dents, on comprend que ça ne parle pas tellement du règne animal… Les enfants comprennent très bien très, très tôt le principe de fiction.

Quelles sont vos principales sources d’inspirations ?
Ce qui m’arrive. Ce qui m’arrive est ma principale source d’inspiration.

Qui étaient vos auteurs/illustrateurs préférés lorsque vous étiez enfant/adolescente ?
Lobel, Sendak, et puis la Gerda Muller de Marlaguette !

Aura-t-on le plaisir de retrouver Zuza bientôt ?
J’ambitionne d’écrire l’Encyclopédie Crocodilis, enfin, une version « reader ’s digest » et Zuzesque, de l’Encyclopédie Crocodilis ; mais vu qu’il m’a fallu deux années juste pour parler d’anatomie, je ne pense pas que ce soit pour bientôt bientôt…

Bibliographie sélective :

  • Comment fabriquer son grand frère, texte et illustrations, l’école des loisirs (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes animaux (anthologie), textes et illustrations, l’école des loisirs (2014).
  • L’invitation faite au loup, illustration d’un texte de Christian Oster, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le poulet fermier, illustration d’un texte d’Agnès Desarthe, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Te voilà !, texte et illustrations, l’école des loisirs (2013).
  • 4 histoires d’Amir, texte et illustrations, l’école des loisirs (2012).
  • Le chevalier et la forêt, texte et illustrations, l’école des loisirs (2012).
  • Papa, maman bébé, texte et illustrations, l’école des loisirs (2010).
  • Zuza ! (anthologie), textes et illustrations, l’école des loisirs (2010).
  • Mission impossible, illustration d’un texte d’Agnès Desarthe, l’école des loisirs (2009), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans les basquettes de Babakar Quichon, texte et illustrations, l’école des loisirs (2009).
  • Le déjeuner de la petite ogresse, texte et illustrations, l’école des loisirs (2002).
  • Une soupe au caillou, texte et illustrations, l’école des loisirs (2000).

Parlez-moi de… Libre d’être

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur.trice, son illustrateur.trice et/ou son éditeur.trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Libre d’être, que nous revenons avec ses auteurs.trices (Cathy Ytak et Thomas Scotto) et son éditeur (Alain Claude des éditions Pourquoi pas ?)

Alain Claude – Président de l’association Les Éditions du Pourquoi Pas ?

Libres d’être…
des créateurs d’une maison d’édition jeunesse, pas comme les autres, associative, seulement fondée sur de l’engagement et du bénévolat… défi d’une douzaine de militants vosgiens issus de la Ligue de l’Enseignement des Vosges et de l’École Supérieure d’Art de Lorraine-site d’Épinal, militants, qui au travers de nombreux autres projets en commun, ont toujours placé la création artistique et la fréquentation des œuvres comme des vecteurs essentiels de la formation de la jeunesse…

Libres d’être…
des agitateurs de débats citoyens, politiques -de la vraie politique- débats provoqués par la lecture de textes de grande qualité littéraire, plaçant la culture là où elle doit être dans une démarche incisive chère à l’Éducation Populaire.

Libres d’être…
les instigateurs d’une connivence de plus avec l’ami de longue date Thomas Scotto rejoint pour ce projet par Cathy Ytak avec qui ce sera une première collaboration. Une évidence vue les proximités de vues et d’engagement. Et puis, c’était bien la moindre des choses que de confier le projet à un duo féminin-masculin.

Thomas Scotto : J’avais déjà publié aux Éditions du Pourquoi Pas ? Un texte de commande, « La vie encore », qui abordait la Première Guerre mondiale (NDLR Que nous avons chroniqué ici). Projet que j’avais d’abord refusé, ne m’en sentant pas capable. Seulement, je connais Alain Claude depuis plus d’une dizaine d’années… et comment dire, c’est un homme de grande persuasion ! La commande s’est transformée en carte blanche et pour ce premier projet d’envergure, l’aventure était lancée.

Alain : Pas question de s’arrêter en si beau chemin, pas question de se replier en ces temps agités. Nouvelle commande « toute simple » : le lecteur doit s’interroger sur la laïcité sous l’angle de la liberté de conscience, d’expression, de croire ou ne pas croire… tellement d’actualité !
Sujet complexe… On est bien dans la littérature, dans le plaisir de lire, on ne fait pas la leçon, mais on y va sans retenue aucune…

Thomas : Et puis est venue l’idée de parler des femmes, et de l’égalité Homme/Femme. Là, je me suis tourné vers Cathy pour avoir son avis précieux.

Cathy Ytak : C’est au cours d’une de ces discussions avec Thomas que j’ai dû dire quelque chose comme : « Si je devais écrire un texte sur ce sujet, je le placerais dans le passé, au début du XXe siècle, peu après la séparation de l’Église et de l’État… » Et au final, je me suis retrouvée à écrire ce texte, pour de bon. Je m’y suis mise très vite, avec une espèce de rage. Me glissant sans trop de difficulté dans la peau d’une femme en colère… Pensant sans arrêt à ma propre grand-mère, qui aurait tant aimé avoir la liberté dont nous jouissons aujourd’hui.

Thomas : Pour un projet sur l’égalité, deux voix étaient bien sûr l’idéal.
En regard du texte de Cathy fort et engagé, s’est naturellement imposé le contre-pied d’un texte d’« aujourd’hui ». Mais ça ne suffisait pas. Il m’a fallu du temps pour écrire le mien. Beaucoup de temps. Tout d’abord pour trouver une manière de légitimité… J’ai ressenti tout de suite le bouleversement qu’allait être l’écriture de ce texte-là. Mettre des mots sur cette évidence d’égalité en laquelle je crois mais qui est aussi, et toujours, le constat d’un grand échec humain. Une résonance incroyable et violente, douloureuse dans ma vie pourtant protégée. J’en ai parlé à plusieurs femmes, féministes convaincues ou moins engagées, à des amis hommes aussi. Et finalement, c’est l’une de mes filles qui m’a offert la clé de l’écriture. Dans mon envie de leur montrer des films féministes, des livres féministes, de leur offrir des t-shirts à messages féministes… un jour, elle m’a dit : « mais c’est ton combat… papa ». Alors, tout est parti de là… : Pourquoi je tremble plus que mes filles sur cette grande question d’égalité ?

Cathy : Nous avons discuté ensuite de la place de nos textes, le mien s’insérant au milieu du texte de Thomas, comme un rappel que les combats d’hier et d’aujourd’hui sont indissociables.

Thomas : Nous en proposons, depuis, des lectures à voix haute. Deux voix hautes… l’une comme un cri, l’autre comme une question…
Et c’est émouvant, rassurant, étonnant d’écouter les ados débattre après.

Cathy : Pour moi, ce « Libres d’être » est une belle aventure humaine et littéraire, menée en altérité.

Thomas : Je sais que j’écris ici, aux Éditions du Pourquoi pas ? des textes dont je n’aurais pas eu l’idée ailleurs.

Alain : Et grande première, les illustrations étaient confiées à Thomas. Nous lui connaissons tous ce talent au travers de ses dédicaces. Alors Pourquoi pas ?

Cathy et Thomas, merci à vous pour le partage de votre talent et l’engagement à nos côtés.

 

Libres d’être, au sens plein de ce mot : voilà que la Laïcité prend chair, faisant fi des discours et de l’incantation. C’est cela, peut-être : une colère d’abord, et la résistance qui naît, l’espoir enfin qui fleurit. Rien que de l’humain, tout compte fait. Voilà que Cathy et Thomas usent de mots sensibles et justes de leur art pour, en dépit des obscurs, célébrer le monde et chanter à voix haute et claire, un bel hymne à la fraternité.

Gérard David – membre de l’association EDPP

 


Libre d’être
Texte de Thomas Scotto et Cathy Ytak, illustré par Thomas Scotto.
Sorti chez Éditions du Pourquoi Pas ? (2016).
Retrouvez, ici, notre chronique.

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Résistance ! [article en libre accès]

Par 13 février 2017 Livres Jeunesse

Pour notre retour après deux semaines d’absence, on voulait vous parler de livres engagés et forts. Aujourd’hui, on plonge au cœur de la Jungle de Calais avec Les nouvelles de la jungle puis l’on s’interroge sur la condition féminine grâce au passionnant Libres d’être… Cet article est en accès libre, n’hésitez pas à le partager !

Bienvenue dans la jungle de Calais ! De février 2016 jusqu’à son démantèlement Lisa Mandel, dessinatrice, et Yasmine Bouagga, sociologue, ont traîné leurs guêtres dans cette « ville » de cartons et de tôles. Tout au long de leur périple, nos deux héroïnes vont rencontrer de nombreuses personnes : réfugié.e.s, adultes comme enfants, animés d’un même rêve : celui de traverser coûte que coûte la Manche et de rejoindre l’Angleterre. Mais on croise également des bénévoles formidables prêts à tout pour aider les habitant.e.s de cette drôle de jungle, des hommes et des femmes politiques cyniques ou totalement désintéressé.e.s, des habitant.e.s fatigués de la situation. On y rencontre l’humain avec un grand H…
Difficile d’expliquer la situation des migrant.e.s aux plus jeunes. Les nouvelles de la jungle est la BD qu’il vous faut ! Sous forme de chroniques, Lisa et Yasmine – qui se mettent en scène – nous exposent le quotidien glaçant des migrant.e.s, la difficulté des bénévoles et militant.e.s à faire entendre leur cause, le désintérêt de certains hommes politiques… Tout sonne juste, les dialogues comme les illustrations de Lisa Mandel. L’ouvrage est didactique, jamais moralisateur ni angélique. Les auteures ont à cœur de faire comprendre la situation, les problèmes politiques, sociaux et culturels qui existent à Calais. C’est tout un microcosme que l’on découvre et qui essaye tant bien que mal de lutter pour sa survie (on se rappelle l’opération « bouche cousue » des migrants, ultime cri d’alerte, et qui est ici retracée dans l’ouvrage). Les nouvelles de la jungle nous font nous questionner sur nous, notre modèle social, notre possibilité de venir en aide aux autres. Passionnant, parfois drôle – on est atterré par l’inertie de l’administration française et européenne concernant les demandes de permis de séjour -, touchant et émouvant, l’ouvrage permettra aux adolescent.e.s de s’interroger sur la société dans laquelle ils vivent….
Une formidable BD politique, engagée qui fait du bien !

Lui est né en 1974, dans les années où les mouvements féministes sont en pleine effervescence : le MLF, le MLAC… Le 26 novembre 1974, Simone Veil monte à la tribune défendre le droit à l’IVG. Elle n’a pas encore le droit de vote, ne peut pas encore porter de blue-jean (d’ailleurs ils n’ont pas encore été inventés) ni de pantalon, n’a pas le droit de vivre comme elle l’entend : en 1909, elle rêve de liberté et surtout d’égalité… S’ils n’appartiennent pas au même monde, nos deux héros ont les mêmes interrogations : lui se questionne sur l’avenir de ses filles et de son rôle de « mâle », elle s’imagine en femme libre…
Drôle d’objet poétique et politique que ce Libres d’être… Mais terriblement intrigant. Thomas Scotto et Cathy Ytak entremêlent deux textes écrits à la première personne : celui de ce père de famille, De fibres entremêlées, qui se demande quel avenir est réservé à ses filles, et celui de cette femme, féministe : Paris, 1909 qui râle contre son corset et cette société corsetée et ne demande qu’à garder le contrôle de sa vie. « Les seules rênes que je possède sont celles de ma vie. Je n’ai guère l’intention de les lâcher ». L’écriture est fluide, limpide, musicale par moment. Thomas Scotto complète ce joli tableau par des illustrations épurées et classieuses : il joue avec les textes, collages et recrée un univers très « Belle Époque », totalement en phase avec Paris, 1909. Ces textes féministes nous interpellent, nous interrogent et nous incitent à ne pas nous soumettre…
Un très beau texte engagé, à mettre entre les mains des filles (et des garçons) !

Les nouvelles de la jungle
Texte de Yasmine Bouagga, illustré par Lisa Mandel
Casterman
18 €, 166×197 mm, 300 pages, imprimé en Espagne, 2016.
Libres d’être
Texte de Thomas Scotto et Cathy Ytak, illustré par Thomas Scotto
Éditions du Pourquoi Pas ?
9,50 €, 150×190 mm, 64 pages, imprimé en France, 2016.

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Des souris et des hommes

Par 2 août 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on parle solidarité, amitié et espoir grâce à deux courts romans : La vie encore qui nous plonge au cœur de la Première Guerre mondiale et La petite souris et l’empereur de Chine qui nous emmène au plus profond de la Cité interdite…

On connaît tous la guerre de 14-18. Les tranchées, les hommes qui attendent le combat sous le froid et la pluie, les Noëls où les peuples se rassemblent et acceptent une trêve… On a lu des témoignages, des lettres, vu des fictions et des reportages… Mais qu’en pense-t-elle, elle, la Guerre ? Que pense-t-elle de ces soldats envoyés au front et de ces femmes et enfants obligés de continuer à vivre malgré l’horreur lointaine ? Et si la Guerre n’était que le fait des hommes ? Et si la Guerre n’attendait qu’une chose : la paix ?
Pari risqué et compliqué de parler de la guerre de 14-18 à de jeunes lecteurs. Et pourtant, grâce à un procédé narratif original, La vie encore remplit le contrat… et plus encore ! Car c’est la guerre elle-même qui se raconte dans son entièreté, sa monstruosité et son humanité. Tout y est décrit : le quotidien des soldats – musiciens, peintres – et de ceux restés à l’arrière : notamment les femmes et les enfants. C’est émouvant, bien écrit – une sorte de prose poétique – tandis que les illustrations de Zoé Thouron apportent un certain relief à ce petit roman original.
Un roman poétique et poignant sur la Première Guerre mondiale !

La Petite Souris et L'empereur de Chine couvertureHDPas facile d’être empereur de Chine. Encore moins quand on a 7 ans et que les grandes personnes vous empêchent de jouer avec les enfants de votre âge. Le petit Wang a bien du mal à assumer sa nouvelle fonction tout seul. Il s’ennuie ferme et commence à dépérir… Jusqu’au jour où une drôle de petite souris s’immisce dans sa vie. Une drôle de petite souris qui lui promet jouets et cadeaux si jamais une de ses dents tombe…
Présentée comme « la véritable histoire de la petite souris », La petite souris et l’empereur de Chine n’en reste pas moins une jolie histoire sur la force de l’amitié. Car c’est lorsque notre petite souris internationale apparaît dans la vie du jeune empereur que ce dernier va retrouver le goût de vivre. C’est drôle, touchant et amusant tandis que les délicates illustrations de Lilli English se marient parfaitement avec le texte de Pauline Jubert.
Un joli voyage au cœur de la Cité interdite et de la légende de la petite souris !

La vie encore
Texte de Thomas Scotto, illustré par Zoé Thouron
Éditions du Pourquoi pas ?
9,50 €, 150×190 mm, 55 pages, imprimé en France, 2014.
La petite souris et l’empereur de Chine
Texte de Pauline Jubert, illustré par Lilli English
Le Chineur
7,90 €, 145×190 mm, 32 pages, imprimé en Pologne, 2015.

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Au pays des songes

Par 7 juillet 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose de vous laisser emporter dans des rêveries à travers trois albums qui nous font côtoyer les étoiles.

Le voyage de Lorian
texte de Mathilde Fonvillars illustré par Mickaël El Fathi
La Palissade
14,90 €, 235×295 mm, 40 pages, imprimé en France, 2016.
Pêcheur de rêves
texte de Christos illustré par Charlotte Cottereau
Balivernes
13 €, 250×290 mm, 32 pages, imprimé en Europe, 2016.
Sans ailes
texte de Thomas Scotto, illustré par Csil
À pas de loups
16 €, 18×13 mm, 40 pages, imprimé en Belgique, 2016.

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