La mare aux mots
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Txabi Arnal

« La souffrance de ces gens fit palpiter le coeur du tailleur »

Par 8 décembre 2011 Livres Jeunesse

Comme je vous le disais avant-hier, à Montreuil il y a eu de bien belles découvertes. Parmi celles-là il y a les très jolies éditions OQO. Je ne connaissais pas trop cette maison d’édition espagnole, juste de nom mais j’ai rencontré sur le stand une personne passionnante et passionnée qui m’a donné envie de tout découvrir. Je suis rentré chez moi avec 4 albums… 4 merveilles !

Le cœur du tailleur raconte le voyage d’un vieil homme qui après avoir passé toute sa vie à coudre des vêtements luxueux décide de partir pour faire ce qu’il n’a jamais fait… coudre avec son cœur, sentir que dans sa poitrine un muscle faisait boum-boum. Il part donc sur les routes avec un coffre qui renferme quelques tissus et outils. Dans son périple, il va croiser (et aider) un peuple dont les femmes et les enfants doivent marcher des heures, pieds nus, pour aller chercher l’eau, les habitants d’un village qui va être inondé par un fleuve et ceux d’un autre où les hommes partent tous à la guerre, des hommes qui se perdent dans une nuit trop noire, des enfants dont le vent vole les jouets et une population menacée par l’éruption d’un volcan. Chaque fois ses talents de tailleur lui seront d’un grand secours. A la fin du voyage il aura trouvé ce qu’il était venu chercher…

Le texte est absolument magnifique et les illustrations superbes. C’est un album très poétique, très beau. Le genre de livre qu’on repose ému et dans lequel on a envie de se replonger. La fin est dure et belle. C’est vraiment un gros gros coup de cœur.

 

Une grenouille recherche un lion. Elle doit lui remettre une lettre qui sent bon l’herbe et les fleurs fraîchement cueillies. Elle va questionner plusieurs animaux pour savoir où le trouver, leur répétant à tous la même phrase. Mais tous lui apprennent que le lion est parti pour essayer de sauter sur la lune. Où est finalement le lion et que contient la lettre ?

Vous l’aurez compris il s’agit ici aussi d’un texte plein de poésie. Un très joli conte dont les illustrations de Géraldine Alibeu (Alexandra avait déjà parlé d’elle pour son album La bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup sorti chez HongFei) ne feront pas l’unanimité, elles sont particulières avec ses animaux qui ont parfois des traits humains. Mais si on rentre dans cet univers on est très vite captivé par l’histoire. L’album est très esthétique : certaines doubles pages ne contiennent pas le moindre texte, les premières lettres de chaque page sont dessinées avec les attributs de l’animal présent à ce moment de l’histoire, un enfant absent du texte mais présent dans les illustrations parcourt avec nous le récit. Le livre se conclut par une très belle histoire d’amour.

 

 Pour vous, comme pour moi, le blanc c’est blanc ! Pas pour cet esquimau. La trace blanche laissée par son traineau n’est pas du même blanc que le blanc des ours, celui des nuages ou celui de l’iceberg.

C’est ici un texte très court, un bel album pour les plus petits. Le thème même de l’histoire (le fait que les esquimaux perçoivent plusieurs nuances de blanc là où nous ne voyons qu’une seule couleur) est original et, encore ici, très poétique. Ici les illustrations sont faites de collages et le blanc domine. Il y a un vrai travail, une vraie recherche sur la typo, la mise en page. L’album a reçu un prix en 2009 en Espagne… et ce n’est pas bien étonnant !

 

Coquet le coq a pour souhait de se marier avec Juliana, la laitière. La vache Régine va d’ailleurs l’aider à y arriver. Le mariage est annoncé, tous les animaux sont heureux… tous sauf la Renarde de la Pinède car elle est amoureuse de Juliana et elle sait que Coquet le coq n’a des idées derrières la tête en ce qui concerne ce mariage… Mais comment convaincre Juliana et comment la la séduire quand on ne connaît pas la galanterie, qu’on est sale et qu’on ne possède rien ?

J’ai tout de suite craqué sur les illustrations de Natalie Pudalov. Je trouve le livre magnifique esthétiquement et l’histoire ne m’a absolument pas déçu ! Quelle histoire d’ailleurs ! Alors forcément ce livre ne plaira pas à tout le monde (des histoires d’amour entre animaux et humains… et entre filles !) moi j’ai adoré ce côté décalé, poétique (oui encore !) et drôle. Les personnages sont de vrais personnages, je veux dire par là qu’ils ont des vrais traits de caractères, ils sont vivants, on les imagine bien. Ils sont hauts en couleurs, tant dans les illustrations que dans le texte, on pense à la commedia dell’arte. En lisant le livre j’imaginais un spectacle avec des marionnettes ou une pièce de théâtre. Le vaniteux coq est caché derrière un masque (qui est-il vraiment…), la petite petite fille avec ses longs cheveux et sa pâleur est toute innocente… Une fable originale et réjouissante !

 

J’espère que ces quatre ouvrages vous auront donné envie d’en savoir plus sur les éditions OQO. Moi en tout cas j’ai envie de connaître d’autres albums édités par eux. J’aime quand on sent une vraie cohérence dans une maison d’édition, qu’on sent un vrai travail de l’éditeur. Je ne me rendais pas tellement compte avant de me passionner pour la littérature jeunesse qu’il y avait comme ça des valeurs sûres en édition (comme HongFei par exemple). Des éditeurs qui systématiquement sortent de beaux livres (bon il y en a aussi qui ne sortent que de livres moches mais c’est un autre débat !).

Le cœur du tailleur de Txabi Arnal, illustré par Cecilia Varela
As-tu vu le lion ? d’Armando Quintero, illustré par Géraldine Alibeu
Les mille blancs des esquimaux d’Isabel Minhos Martins, illustré par Madalena Matoso
Le mariage de Coquet le coq de Juan Alfonso Belmontes, illustré par Natalie Pudalov
Tous chez OQO (allez faire un tour sur le site de l’éditeur, la présentation de chaque livre est complète), le premier coûte 15€, les suivants 13€50
Public : A leur lire / Lecteurs débutants (l’éditeur indique 4 ans pour Les mille blancs des esquimaux et Le mariage de Coquet le coq, de 3 à 7 ans pour As-tu vu le lion ? et + 8 ans pour Le cœur du tailleur)

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A part ça ?

Antoine Guilloppé expose en ce moment, du 1er au 31 décembre, à la Galerie Carole Kvasnevski à Paris dans le 17ème. Le vernissage est ce soir à 19h… et je vais tenter d’y passer (enfin si je n’y vais pas ce soir j’irai de toutes façons voir l’expo. Plus d’info : http://www.artcok.com/crbst_57.html

Gabriel

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