La mare aux mots
Parcourir le tag

Tziganes

De très beaux albums

Par 23 février 2015 Livres Jeunesse

Il y a un point commun entre les albums de la chronique du jour, ce sont de magnifiques ouvrages qui m’ont particulièrement touché (et pour certains, le mot est faible).

Ianos et le dragon d'étoilesEn ce temps-là, la vie était difficile, tout le monde mourrait de faim. Un dragon en était la cause, il avait dévoré les étoiles et la lune et s’attaquait maintenant au soleil. Ianos, un jeune Tsigane, savait qu’un jour il irait combattre le dragon pour délivrer les étoiles et ramener la lumière. Un jour, il prit la route.
Ianos et le dragon d’étoiles est un magnifique conte tsigane. Sorti dans la collection Contes du monde chez Didier Jeunesse (gage de qualité), il nous raconte l’histoire d’un jeune homme prêt à tout pour tuer un dragon qui fait régner la terreur sur la Terre. Jean-Jacques Fdida est un conteur et, comme toujours, son texte est particulièrement bien écrit, les mots semblent choisis, la langue est belle, le texte est un régal à lire à haute voix. Les illustrations de Régis Lejonc accompagnent parfaitement les mots de Jean-Jacques Fdida et le grand format du livre met en valeur les planches au pastel sec.
Un magnifique conte sorti dans une des plus belles collections de contes du monde.

Arlequin ou les oreilles de VeniseArlequin était victime de moqueries à cause de ses oreilles… Il faut dire qu’elles étaient particulièrement grandes ! Mais ce défaut a aussi un avantage : on entend TOUT ! Alors bien sûr on entend les quolibets, mais on est aussi très fort pour accorder les instruments de musique. Arlequin devint donc le meilleur accordeur de Venise. Un jour, un homme très riche le fit venir. Quel allait être l’instrument que pouvait posséder le propriétaire d’un tel palais ? Arlequin allait être bien surpris.
Quelle magnifique histoire d’amour ! Je retrouve la poésie, la beauté des mots qui m’avaient tant plu dans L’épouvantail qui voulait voyager du même Hubert Ben Kemoun, un de mes albums préférés (chroniqué ici). Il faut dire aussi que comme dans ce dernier, les illustrations d’Arlequin ou Les oreilles de Venise sont superbes et accompagnent merveilleusement le texte. Ici, elles sont signées Mayalen Goust.
Cet album sortit en 2012, qui ressort ici en petit format (donc à petit prix), est sélectionné au prix des Incorruptibles cette année (sélection CE2-CM1)… et mériterait de le gagner !

YllavuIl y avait un pays où les gens vivaient heureux, en harmonie. Mais un jour, des pierres brillantes apparurent sur le sol et tout le monde voulut en posséder. Les Hommes commencèrent à vivre en regardant par terre, dans l’espoir de trouver une de ces pierres. Ainsi, génération après génération, les corps se modifièrent et bientôt on naissait courbé vers le bas, incapable de regarder ailleurs que vers ses pieds. Mais un jour, un homme tomba dans un trou et vit quelque chose qu’il n’avait jamais vu, dont on parlait uniquement dans les histoires : le ciel.
Yllavu est un des plus beaux albums de ma bibliothèque, un album que je chéris, un bijou. Les éditions HongFei le rééditent dans un format mieux adapté au lectorat (j’avais chroniqué l’ancienne version ici). Le texte (et surtout ce qu’il raconte) est absolument magnifique. On y parle de la cupidité, de vivre pour accumuler des richesses sans rien voir d’autre. On y parle de ceux qui découvrent la beauté du monde et de la façon dont ils sont perçus. Écrit par un moine bouddhiste, ce texte est mis en image par un de nos illustrateurs les plus doués : Samuel Ribeyron. Les planches sont absolument superbes. Un bijou je vous dis !
La réédition dans un nouveau format de l’un des plus beaux livres de la littérature jeunesse.

Quelques pas de plus…
On a déjà chroniqué des livres de Jean-Jacques Fdida (Contes d’Afrique, Cendrillon ou La Belle au soulier d’or, La barbe bleue ou Conte de l’Oiseau d’Ourdi, Le Petit Chaperon rouge ou La Petite Fille aux habits de fer-blanc et La belle au bois dormant ou Songe de la vive ensommeillé), de Régis Lejonc (La boîte à joujoux, Loup ?, La mer et lui, Le petit chaperon rouge ou La petite fille aux habits de fer blanc et Obstinément Chocolat), d’Hubert Ben Kemoun (La fille seule dans le vestiaire des garçons, Le nouveau doudou, La pire meilleure journée de ma vie, Seuls en enfer et L’épouvantail qui voulait voyager ), de Mayalen Goust (Le roi maladroit et Le prince amoureux) et de Samuel Ribeyron (Ce n’est pas très compliqué, Les plus belles chansons anglaises et américaines, 38 perroquets, Le grand papa et sa toute petite fille, Super Beige, Super Beige, le retour, Beau voyage, Yllavu, Pi, Po, Pierrot et Salade de fruit. Et aussi les films Et 10,11,12 Pougne le Hérisson, L’hiver de Léon, Le printemps de Mélie et L’été de Boniface). Retrouvez aussi nos interviews d’Hubert Ben Kemoun et de Samuel Ribeyron.

Ianos et le dragon d’étoiles
Texte de Jean-Jacques Fdida, illustré par Régis Lejonc
Didier Jeunesse dans la collection Contes du monde
14,20 €, 200×260 mm, 40 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-reponsable, 2015.
Arlequin ou Les oreilles de Venise
Texte d’Hubert Ben Kemoun, illustré par Mayalen Goust
Père Castor dans la collection Les p’tits albums du Père Castor
5,50 €, 170×210 mm, 32 pages, imprimé en France, 2015 (première édition : 2012).
Yllavu
Texte de Gambhiro Bhikkhu, illustré par Samuel Ribeyron
HongFei
12,70 €, 40 mm, 187×246 pages, imprimé en République Tchèque, 2015.

À part ça ?

Cram Cram 30Le nouveau Cram Cram ! est sorti ! Le numéro 30 du magazine jeunesse qui voyage nous propose un voyage au Burkina Faso (grâce à la famille Derrien) ! On trouve, comme toujours, des blagues, un animal du mois (l’oryctérope), une grande histoire (un conte burkinabé), le jouet de Grand-Père Daniel (le poussoir africain), des idées et une recette (le milk shake burkinabé) ! Comme d’habitude c’est sans pub (tout en étant seulement à 5,90 € et avec un beau papier). On adore Cram Cram ! et on vous invite à soutenir leur action pour le faire rentrer dans les classes ici.
Cram Cram ! numéro 30, 5,90 € ou par abonnement.

Gabriel

You Might Also Like

Pendant la guerre… en France…

Par 16 août 2013 Livres Jeunesse

Qui se souvient de Paula ?Paula est une jeune fille, juive d’origine polonaise. Elle vit à Paris, nous sommes en 1942. 1942 c’est l’année de la rafle du Vel d’Hiv’. Paula doit fuir, toujours fuir, se cacher, faire attention à ne pas se faire remarquer.

Qui se souvient de Paula ? est un magnifique roman entre roman historique et polar. On est très vite pris dans le suspense du récit, on tremble pour Paula. Romain Slocombe a découpé son histoire en trois parties : une longue lettre de Paula, son récit et une partie plus contemporaine (d’où est tiré le titre). Romain Slocombe rappelle aux lecteurs cette période d’une violence inouie et surtout il rappelle le rôle qu’a joué la France et la police française (dans la rafle du Vel d’Hiv mais même au-delà), pour ne pas oublier que les salauds ne sont pas d’un seul côté. Un roman captivant, qu’on n’arrive pas à lâcher avant la fin, très bien écrit mais que personnellement j’aurai du mal à conseiller, comme l’éditeur, à des enfants de 13 ans (mais je ne me rends peut-être pas bien compte). Certaines scènes sont très violentes (comme l’a été la guerre), marquantes. Un roman pour se rappeler. Un roman qui marque.

A la croisée des cheminsSandro a dix ans, il vit avec sa famille dans une roulotte. Au-dessus des chemins passent parfois des avions qui bombardent, il vit dans la peur. Dans la peur et dans la haine car partout où il passe c’est le même regard qu’il croise, un regard plein de dégout et d’animosité. Petit à petit ses droits diminuent, bientôt parqué en compagnie d’autres familles dans leurs roulottes puis dans un camp… Et tout ça sans l’intervention d’allemands, juste la police française qui obéit au gouvernement de Pétain.

À la croisée des chemins de Janine Bruneau est un très beau roman sur le sort des tsiganes, manouches, gitans,… pendant la guerre. Ici on parle aussi du fait que les français n’ont pas forcément eu le beau rôle, que le gouvernement français a parfois participé plus qu’on ne le lui demandait au programme d’Hitler. Et c’est à travers les yeux d’un enfant, épris de liberté que l’on voit toutes ces humiliations, ces privations, ces horreurs (même si le roman ne parle pas de scène de torture ni rien de traumatisant pour les enfants). Un enfant qui voit son père pleurer pour la première fois, qui ne comprend pas pourquoi tout ça se passe et continue de se rassurer en se répétant qu’avec les français il ne risque rien, heureusement que ce ne sont pas les allemands… Il croisera quand même des Gadje (non tsiganes) plus bienveillants. Un roman fort sur un épisode peu glorieux de notre pays et qu’il ne faut absolument pas oublier, pour que l’histoire ne recommence pas (car, aujourd’hui encore, ces peuples doivent subir des regards haineux voire pire…).

Quelques pas de plus…
Déjà, même si je sors de notre « cadre habituel », sur le même sujet qu’À la croisée des chemins je ne peux que vous conseiller le magnifique film du génial Tony Gatlif, Liberté.
Retrouvez l’avis d’Enfantipages sur Qui se souvient de Paula ?.

Qui se souvient de Paula ?
de Romain Slocombe
Syros dans la collection Rat Noir
14,50€, 142×212 mm, 217 pages, imprimé en France chez un éditeur éco-responsable, 2013 (première édition 2008).
À la croisée des chemins
de Janine Bruneau
Oskar éditeur dans la collection Histoire
14,95€, 130×210 mm, 195 pages, imprimé en Europe, 2013.

Gabriel

You Might Also Like

Secured By miniOrange