La mare aux mots
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Xavier Salomó

Je crois qu’il va y avoir un bébé…

Par 5 février 2018 Livres Jeunesse

Thématique souvent abordée, voici trois nouveaux livres sur l’arrivée d’un bébé. Vu par une aînée, par un chat et même par le bébé lui-même !

Juste un petit peu
Texte de Yûko Takimura (traduit par Fédoua Lamodière), illustré par Nagako Suzuki
Nobi Nobi ! dans la collection 1,2,3 Soleil
12,50 €, 196×268 mm, 32 pages, imprimé en Roumanie, 2017.
Une drôle de petite soeur
de Kaya Doi (traduit par Manon Debienne)
Nobi Nobi ! dans la collection 1,2,3 Soleil
10,50 €, 146×194 mm, 40 pages, imprimé en Roumanie, 2017.
Quand je t’attendais – Ton histoire dans le ventre de Maman en taille réelle
Texte de Meritxell Martí (traducteur·trice non crédité·e), illustré par Xavier Salomó
Gautier Languereau
20 €, 265×265 mm, 12 pages, imprimé en Chine, 2018.

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Les invité.e.s du mercredi : Laurent Moreau, Xavier Salomó, Meritxell Martí et Justine de Lagausie (+ concours)

Par 25 mai 2016 Les invités du mercredi

Laurent Moreau fait partie de ces illustrateurs dont le travail me transporte, m’enchante. Je ne connaissais absolument pas la personne qui se cache derrière ces superbes illustrations, j’ai eu envie de savoir qui il était, il a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est avec Xavier Salomó, Meritxell Martí et Justine de Lagausie (des éditions Seuil Jeunesse) que nous avons rendez-vous pour la rubrique Parlez-moi de… Ensemble, il et elles reviennent sur leur album très original, L’histoire Perdue. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Laurent Moreau

Laurent MoreauComment êtes-vous devenu illustrateur ? Parlez-nous de votre parcours
Comme beaucoup d’enfants, j’aimais beaucoup dessiner. Je ne dessinais pas forcément mieux que mes copains, mais en grandissant je ne me suis jamais arrêté de dessiner. Après le collège, j’ai fais des études professionnelles en industries graphiques. J’ai appris le métier d’imprimeur durant 6 ans. J’aime beaucoup les techniques d’impressions comme la gravure, la sérigraphie… J’adore observer un livre, toucher le papier, sentir l’encre, regarder les trames… Aujourd’hui, dans mon travail d’illustrateur ou de graphiste, lorsque je réalise une image, je sais comment elle va être imprimée et quelles sont les contraintes à prendre en compte. Mon travail aussi est influencé par mon goût pour l’imprimerie : couleurs restreintes, petits points, importance de la typographie… À la suite de cette formation, je me suis orienté vers le graphisme et l’illustration. J’ai eu la chance de pouvoir suivre les cours de l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg. C’est là que j’ai vraiment découvert le métier d’illustrateur.

Laurent MoreauQuelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Je travaille presque exclusivement à la main, je ne suis pas très à l’aise avec l’ordinateur… Donc, je dessine aux crayons, je peins à la gouache, je découpe, je colle… Les techniques varient… Je dessine beaucoup dans des carnets, des idées, des recherches, des dessins personnels qui me servent ensuite pour mes projets de livres. Dans ces carnets, je m’amuse à utiliser différents outils. Je n’ai pas vraiment de technique préférée, j’aime la spontanéité, le geste, la ligne, les petits points… J’ai tout de même axé mon travail autour de l’utilisation de la couleur à la gouache.

Qui attend quiPouvez-vous nous parler de Qui attend qui ?, l’album qui vient de sortir chez Père Castor ?
C’est Laure Dufresne, l’éditrice, qui m’a proposé d’illustrer le texte de Jo Hoestlandt. J’avais déjà eu l’occasion de rencontrer Jo sur des salons et j’avais beaucoup apprécié nos échanges. Son texte m’a plu. Je le trouve extrêmement doux et j’aime beaucoup cette fin un brin cruelle. C’est l’éditrice qui a suggéré l’idée des volets à soulever. C’était une très bonne idée. Cela sert parfaitement le propos. Concernant le travail d’illustration, il s’agissait pour moi de ma première publication pour de très jeunes lecteurs, j’ai cherché à composer des illustrations très simples, graphiques et colorées, dans un univers assez symbolique et hors du temps.

ALMAJ’aimerais que vous nous parliez d’un de vos albums qui m’a particulièrement marqué, le superbe Alma.
C’est assez rare pour moi d’illustrer le texte d’un auteur. Je travaille principalement sur des projets personnels. Mais de temps en temps j’ai un coup de cœur ! Le texte de Stéphane Audeguy en fait partie ! J’ai été ému à la lecture de son texte et j’ai eu tout de suite envie de l’illustrer. En fait, je crois même que j’ai envisagé cette histoire comme si c’était moi qui l’avais écrite. Ça peut paraître étrange, mais je pense que c’est ce qui m’a permis de prendre énormément de plaisir à composer et réaliser les illustrations.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Je n’étais pas un grand lecteur… Mais quelques lectures m’ont marqué. Enfant, j’ai adoré l’univers foisonnant de Richard Scarry. Adolescent, j’ai été subjugué par Laurent Moreaul’écriture de Charles Bukowski. Aujourd’hui, je suis un grand fan de Charles Schulz et ses Peanuts.

Et quel.le.s sont les illustrateurs.trices qui vous inspirent aujourd’hui ou dont le travail vous séduit, tout simplement ?
J’admire beaucoup d’illustrateurs aux univers variés… Je peux en citer certains : Atak, Blexbolex, Benoît Bonnemaison-Fitte, Katrin Stangl, Geoff McFetridge, Rachel Levit… Je pourrais en citer encore beaucoup, je vais m’arrêter là !

Quels sont vos projets ?
Je travaille sur l’écriture d’un nouveau projet d’album. Il s’agit d’un grand imagier panorama du monde. laurent MoreauUne déambulation d’un jeune garçon autour du monde. Ce personnage va traverser de grands paysages sans réellement les apprécier et les contempler…

Une dernière question, si quelqu’un qui ne vous connaît pas lit cette interview et veut vous découvrir avec un seul de vos ouvrages, lequel lui conseilleriez-vous
Je crois que je conseille de lire le livre Après paru chez Hélium. Je pense qu’il s’agit de l’ouvrage le plus personnel, autant pour le texte que pour les illustrations. Bonne lecture !

Laurent Moreau

Retrouvez Laurent Moreau sur son site : http://zeroendictee.free.fr.

Bibliographie sélective :

  • Qui attend qui, illustration d’un texte de Jo Hoestlandt, Père Castor (2016).
  • Le livre de la jungle, illustration d’un texte de Véronique Ovaldé d’après Rudyard Kipling, Gallimard Jeunesse, (2016).
  • Dans la forêt des masques, une histoire à raconter, texte et illustrations, Hélium (2015).
  • Ma famille sauvage, texte et illustrations, Hélium (2013).
  • Après, texte et illustrations, Hélium (2013).
  • Alma n’est pas encore là, illustration d’un texte de Stéphane Audeguy, Gallimard Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Nuit de rêve, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2012).
  • À quoi penses-tu ?, texte et illustrations, Hélium (2011).
  • Mini Rikiki Mimi, illustration d’un texte de Christine Beigel, Benjamins Média (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Valentin…, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2010).
  • L’enfant dans la tempête, texte et illustrations, Rouergue (2009).
  • Jour de pêche, illustrations, Actes Sud Junior (2008).

Concours :
Grâce aux éditions Père Castor, l’un.e de vous va pouvoir gagner Qui attend qui, le superbe dernier album de Laurent Moreau. Pour participer, il vous suffit juste de laisser un commentaire sous cet article. Le gagnant ou la gagnante sera tiré.e au sort parmi tous les commentaires. Vous avez jusqu’à mardi 20 h. Bonne chance à tous et à toutes !


Parlez-moi de… L’histoire perdue

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur, son illustrateur.trice et/ou son éditeur.trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a plu. Cette fois-ci, c’est sur L’histoire perdue (chroniqué ici), un bel album plein d’humour mais surtout un album totalement original. Son auteure (Meritxell Martí), son illustrateur (Xavier Salomó) et son éditrice (Justine de Lagausie, des éditions Seuil Jeunesse) ont accepté de nous en parler.

Meritxell Martí, auteure :
L’histoire perdue est née de nos « luttes de créativité ».
Xavier et moi travaillons en tandem, il nous faut donc une bonne coordination des jambes pour choisir les décisions à prendre. Très souvent, nous allons dans le même sens. Pourtant, parfois, nous avons des doutes : On tourne à gauche ? Tu es sûre ? Je crois que oui. L'histoire perdue (croquis préparatoires)Et toi ? Non, c’est mieux par là…
Faire un album à deux, c’est un peu comme monter à deux sur une bicyclette. C’est vrai qu’il vaut mieux décider a priori où l’on va, mais c’est en avançant que l’on découvre de nouveaux chemins – des sentiers à demi cachés –  que l’on a envie d’emprunter. Et il n’est pas certain au départ que l’autre a aussi envie d’y aller.
On sait que les chemins bien tracés, bien définis, ne sont pas toujours ceux qui nous donnent la plus grande joie. Alors, laissons l’imprévu nous guider et nous inspirer ! L'histoire perdue (croquis préparatoires)C’est comme cela qu’Eva, l’héroïne de L’histoire perdue, perd le fil du récit. Et en le perdant, en se perdant, elle nous mène dans une autre histoire, cachée, perdue et – nous l’espérons – surprenante.
L’histoire perdue raconte ces expériences du duo qui, au final, se terminent bien, après avoir suscité des heures d’hésitation et de désaccord. Heureusement, pendant ces luttes, on s’amuse bien !

Xavier Salomó, illustrateur :
L’histoire perdue est l’album le plus difficile que nous ayons fait jusqu’à présent. Un vrai défi ! En fait, nous avons réalisé quatre maquettes avec quatre histoires différentes. L'histoire perdue (croquis préparatoires)Le plus rigolo, c’est que la deuxième histoire avait convaincu l’éditeur et que c’est nous qui avons dit « non ». Parce que nous voulions aller plus loin ! C’est ainsi que, deux semaines après avoir fini la maquette, nous avons refusé la proposition de l’éditeur et avons entamé une histoire encore mieux.
Je pense que, pour s’engager dans la création d’un album, il faut y être vraiment attaché, car c’est un travail énorme, surtout pour l’illustrateur (mais je ne voudrais pas commencer une nouvelle dispute avec l’auteure, ha, ha, ha !). Je croyais au départ qu’il suffisait que l’auteure écrive une histoire et l’illustrateur fasse ce que bon lui semble pour l’illustrer. Mais, pendant la construction de ce livre, 15-16_couleurnous nous sommes rendus compte que ce qui serait vraiment intéressant, ce serait de construire une histoire cachée que le lecteur ne découvrirait pas jusqu’à la fin, et dans laquelle toutes les pièces se réuniraient et prendraient soudain sens. C’est pour cela que nous avons travaillé et retravaillé beaucoup cet album… Enfin bref, j’espère que les lecteurs vont aimer cette histoire perdue.

Justine de Lagausie, éditrice :
J’adore travailler avec Xavier et Meritxell : ils ont un enthousiasme communicatif et chacun de leur nouveau projet est le résultat d’une sorte de ping-pong créatif d’où jaillissent sans cesse de nouvelles idées. 19-20 croquisIls ont un très grand respect de leurs lecteurs et cherchent toujours à leur offrir des albums soignés où aucun détail n’est laissé au hasard.
Quand j’ai reçu la première maquette de L’Histoire perdue, j’ai tout de suite été emballée par le projet : mettre en scène un dialogue conflictuel (et comique !) entre l’auteur et l’illustrateur, quelle bonne idée ! L'histoire perdue (croquis préparatoires) L’effet de surprise est immédiat et le lecteur se demande dès le début où tout cela va le mener.
La première version racontait une histoire très différente, avec moins de péripéties, mais le principe était déjà là, et il était suffisamment original pour donner envie d’avancer.

L'histoire perdue (croquis préparatoires)

Couv’ refusée

histoire perdue couv finale
L’histoire perdue
Texte de Meritxell Martí, illustré par Xavier Salomó.
Sorti au Seuil Jeunesse (2016).
Chroniqué ici.

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Des héroïnes comme on les aime

Par 28 mars 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous présente Éva, Julia et Lola, trois héroïnes comme on les aime.

L’histoire perdue
Texte de Meritxell Martí, illustré par Xavier Salomó
Seuil Jeunesse
13,50 €, 285×220 mm, 40 pages, imprimé en Espagne, 2016.
Julia et les monstres perdus
de Ben Hatke (traducteur.trice non crédité.e)
Dargaud
7,95 €, 245×182 mm, 32 pages, imprimé en Belgique chez un imprimeur écoresponsable, 2015.
Les tourterelles
Texte de Karine Guiton, illustré par Maurèen Poignonec
La palissade
13,50 €, 218×280 mm, 28 pages, imprimé en France chez un imprimeur écoresponsable, 2016.

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Ça grince

Par 18 mai 2015 Livres Jeunesse

Ernest Maître du mondeIl est minuscule, il est moche, il est mal élevé… et pourtant c’est le maître du monde ! Ernest est un microbe. Il ne vous fait pas peur ? Et bien, vous devriez ! Vous devriez même trembler, vous cacher. Sinon il va vous arriver la même chose qu’au professeur Plöck et ça, croyez-moi, vous n’en avez pas envie ! Je ne suis même pas certain que vous vouliez savoir ce qui est arrivé au professeur Plöck, mais si c’est le cas lisez Ernest Maître du monde d’André Bouchard… mais je vous aurai prévenu !
J’aime décidément beaucoup l’humour grinçant d’André Bouchard. Ici encore, l’auteur-illustrateur nous embarque dans une histoire loufoque et décalée où un microbe accomplit ses méfaits avec un grand sourire. Les situations qu’il provoque sont tout simplement hilarantes et feront rire tous les amateurs d’humour noir (parents comme enfants). La chute, elle, est totalement irrésistible et interpelle le lecteur qui devient un personnage du livre. Gros coup de cœur.
Un personnage drôlement méchant dont je suis vraiment fan.
Le même vu par Sous le feuillage et par Enfantipages.

Cherche nounouDans une petite rue où tout semble bien se passer une annonce est posée sur un arbre. On cherche une baby-sitter. À l’adresse indiquée, une femme se prépare à recevoir les candidats, elle leur a préparé un thé et des gâteaux. Sur le canapé passent une tortue qui semble trop âgée, un éléphant qui manque peut-être d’agilité ou même un vautour qui ne rassure pas vraiment. Aucun ne semble être le candidat recherché. Ah, attendez, il se peut bien que…
La chute, totalement inattendue, risque de vous surprendre et de bien faire rire, là encore, ceux qui aiment l’humour grinçant. On doit ce bel album à un duo qu’on aime beaucoup sur La mare aux mots, Meritxell Martí et Xavier Salomó  et on les retrouve ici avec plaisir.
Un album idéal pour les amateurs d’histoires un peu cruelles.
Des extraits sur le site de l’éditeur.
Le même vu par Délivrer des livres.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres d’André Bouchard (Y a un louuuuhouu !, L’abominable sac à main, Avant quand y avait pas l’école et Quand papa était petit il y avait des dinosaures), de Meritxell Martí (Les trois petits cochons et Le petit chaperon rouge) et de Xavier Salomó (Les trois petits cochons, Le petit chaperon rouge, OFF, Range ta chambre ! et Atchoum). Retrouvez aussi notre interview de Xavier Salomó.

Ernest Maître du Monde
d’André Bouchard
Seuil Jeunesse
13,50 €, 240×310 mm, 48 pages, imprimé en France, 2015.
Cherche nounou
de Meritxell Martí et Xavier Salomó 
Sarbacane
13,90 €, 260×210 mm, 32 pages, imprimé en Malaisie, 2015.

À part ça ?

COUV BREVE-COPIES-DU-BAC-T2-Vous ignorez certainement que comme les fleuves ont tendance à descendre ils se jettent dans la Méditerranée, que les riches quittent la France à cause de l’IVG, qu’avec le GPS les homosexuels peuvent faire des enfants sans femmes, que les États-Unis font leur 14 juillet le 4 pour se faire remarquer ou que ce que nous devons à l’état c’est 760 € ! Et bien vous l’apprendrez (et des tas d’autres choses encore) grâce à Brèves de copies de Bac 2 sorti chez Chifflet & Cie. C’est parfois drôle, parfois affligeant, parfois désespérant, parfois touchant. On passe un bon moment. Brèves de copies de Bac 2, 10 €, Chifflet & Cie.

Gabriel

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Les invité-e-s du mercredi : Xavier Salomó et Jessie Magana (+ concours)

Par 18 février 2015 Les invités du mercredi

Aujourd’hui je suis heureux de recevoir Xavier Salomó, auteur et illustrateur dont j’aime beaucoup le travail. J’avais envie d’en savoir plus sur lui. À la suite de cette interview vous pourrez d’ailleurs tenter de gagner un de ses albums, le superbe OFF. Ensuite, c’est à Jessie Magana que j’ai proposé de venir nous livrer son coup de cœur et son coup de gueule. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Xavier Salomó

Xavier SalomóParlez-nous de votre parcours ?
Je voulais être peintre, mais à l’École Massana de Barcelone j’ai découvert l’Illustration comme profession et c’était une vraie révélation : je pouvais faire en même temps les deux choses que j’aime le plus, lire et dessiner.
Après avoir fini les études, j’ai travaillé comme graphiste dans quelques boîtes. Puis, dans la publicité, et enfin, j’ai plongé dans l’illustration. D’abord dans des livres scolaires, et de plus en plus dans des albums.
Les quatre dernières années ont été les meilleures, même si c’était les plus risquées, car je n’ai fait presque que des albums, la plupart, des projets personnels avec ma complice habituelle, Meritxell Martí.

Crayonné OFF

Dessin préparatoire de l’album OFF

Quelle(s) technique(s) utilisez-vous pour vos illustrations ?
Je ne travaille qu’avec l’ordi, et s’il s’agit de couleur directe, j’aime toujours l’aquarelle.
Pourtant, avant de faire les images définitives, je dessine dans des carnets, qui sont pleins de crayonnés et de story-boards.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Surtout la BD classique (Astérix, Tintin), puis le manga (Akira, Dragon Ball, Satoshi Kon), et la littérature universelle : Edgar Allan Poe, Stevenson, Orwell, Huxley.
Pendant les années scolaires (et encore aujourd’hui), j’étais très, très fan de Roald Dahl.

Y a-t-il des illustrateur-trice-s actuel-le-s que vous aimez particulièrement ?Ben oui, il y en a plein ! Des classiques comme Quentin Blake, jusqu’à Anne Herbauts, Suzy Lee, David Wiesner, John Klassen. J’adore aussi l’architecture narrative des livres de Max Ducos,c’est magnifique.

Range ta chambreVous êtes catalan, vous publiez en Espagne et en France, remarquez-vous une différence entre la littérature jeunesse chez vous et la littérature jeunesse française ?
À mon avis, la différence la plus remarquable c’est qu’en France on peut proposer des livres plus risqués. OFF, par exemple.En même temps, nous sommes dans un marché globalisé, et les livres qui marchent bien peuvent être traduits. De plus en plus, les éditeurs travaillent en coéditions. Nous avons pas mal de livres qui sortent ailleurs en même temps.

Parlez-nous de votre collaboration avec Meritxell Marti.
C’est ma moitié. On travaille ensemble depuis dix ans. On a grandi l’un à côté de l’autre. C’est mon auteure. Nous avons eu les meilleures idées ensemble, en regardant un film ou pendant une promenade. Tout cuit très lentement. Au début, il y a une idée qui nous touche, puis il y a une conversation, un petit texte ou des petits dessins, et finalement un projet. Je me sens toujours à l’aise avec ses idées et ses remarques. Nous sommes dans la même vibration et l’on partage l’idée d’offrir de beaux livres aux autres.

OFF Pouvez-vous nous dire quelques mots sur OFF, un album sans texte sorti l’année dernière ?
OFF est né d’une somme de faits. D’abord, la catastrophe de Tchernobyl. J’avais 10 ans et c’était la première fois que j’ai eu peur d’un danger invisible : la radioactivité.
Beaucoup de temps après, Fukushima m’a fait revivre cette peur silencieuse. J’ai donc commencé à travailler sans objectif avec les images d’un garçon et d’un cerf. Après, la question est venue : comment un enfant et un cerf pourraient vaincre une centrale nucléaire ?

J’ai travaillé et retravaillé le projet. J’ai montré les aquarelles à Meritxell qui m’a donné quelques conseils. Puis j’ai montré à mon agent, Justine de Lagausie, le projet un peu plus fini, et finalement, après quelques petites modifications, le Seuil l’a accepté.

OFF crayonnés

Dessins préparatoires de l’album OFF

Ce n’était pas un projet facile, je le savais : Un livre sans mots, qui parle des dangers du nucléaire, une palette un peu sombre… publié dans le deuxième pays le plus nucléarisé du monde ! C’était risqué, mais je pense que la poésie de l’histoire est si puissante qu’on va s’y reconnaître, même si l’on est pour l’énergie nucléaire. OFF est un livre ouvert, plein de détails qui propose des lectures différentes.
Parfois, ça m’arrive : je ne voulais pas finir le livre, je me sentais très à l’aise. Je suis d’ailleurs en train de travailler dans un univers pareil à celui d’OFF. On va voir ce qui va se passer…

Pressé de le découvrir ! D’autres projets ?
Avec Meritxell, on vient de publier chez Sarbacane un album très drôle qui s’appelle Cherche Nounou : j’aime beaucoup la construction de l’histoire de cet album, c’est une petite bombe !
Chaperon rouge et trois petits cochons, SalomoOn est aussi en train de faire un album pour le Seuil très très beau, qui sera publié en 2016, je crois.
En même temps, j’ai sur ma table le troisième tome des aventures de Pam et Paul (après L’île aux 160 erreurs et Au pays des 260 sosies) chez Sarbacane. Ce sont des livres très exigeants. Pourtant j’adore travailler dessus.
Puis, Bayard en France et Combel en Catalogne et Espagne vont publier deux autres minipops (Cendrillon et Boucle d’Or). J’adore ces pop-up’s. En plus, cette collection marche très bien.
Finalement, il y a une nouvelle collection très marrante, et un autre projet en solitaire…

Bibliographie (française) sélective :

Le site de Xavier Salomóhttp://xaviersalomo.blogspot.fr.

Concours :
Comme je vous le disais avant cette interview, grâce au Seuil Jeunesse je vais pouvoir offrir à deux d’entre vous le bel album OFF (que nous avions chroniqué ici). Pour participer au tirage au sort, dites-moi, en commentaire, qu’est-ce qui mériterait, d’après vous, un bouton OFF. Je tirerai au sort parmi vos réponses. Vous avez jusqu’à mardi 20 h, bonne chance à tous !


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Jessie Magana

Régulièrement, un acteur de l’édition jeunesse (auteur, illustrateur, éditeur…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché, ému ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé. Cette semaine, c’est Jessie Magana qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Les ateliers d’écriture

Ça monte. Doucement. Ça commence en général quelques jours avant, quand vous vérifiez votre agenda pour les semaines à venir. Ça se déploie, lentement. Combien seront-ils ? Quels visages ? Attentifs, blasés, désinvoltes, affalés ? Quelles mains ? Crispées, stylo qui marque la feuille ? Agiles, crayon virevoltant sur l’articulation du pouce ?
Et puis ça prend forme : vous révisez les exercices lus dans les manuels, et puis vous vous dites que non, c’est trop formaté, comme d’habitude, vous irez à l’instinct. vous relisez des passages de vos livres, à la recherche de ceux qui pourront servir, en tremblant de trouver ça plat, mauvais, sans intérêt.
Enfin le jour arrive. Vous avez fait attention à votre mise : pas trop apprêtée, pas trop sexy, pas trop. Nous sommes des passeurs. Se mettre à hauteur, ni trop bas, ni trop haut. Juste à la bonne hauteur, à la même table.
Avant d’entrer dans la salle, vous vous souvenez de cet homme, qui avait essuyé une larme après la lecture de son texte. Ou de cet ado, qui avait fait son coming out devant une classe entière. Ou de cet autre, fermé, qui n’avait pas écrit une ligne en deux mois, mais avait lu une phrase, une seule, écrite par une autre, le dernier jour. Ou de cette fille, petit oiseau blessé, qui ne s’était mise à écrire qu’à la condition de ne pas avoir à lire devant les autres.
Ces visages vous ouvrent la porte du prochain atelier d’écriture. C’est pour ce frisson unique, celui que l’on ressent juste avant, quand on ne sait pas encore ce qui va surgir, que j’anime ces ateliers. Au risque de décevoir les participants, je m’inspire rarement d’eux pour brosser un personnage, encore moins de leurs textes pour écrire les miens. Mais ils me nourrissent et me portent, simplement dans le plaisir partagé de l’écriture, cet acte habituellement si solitaire.
Et puis l’écriture telle que je la pratique est indissociable de l’engagement. Engagés mes textes le sont, et trouvent un prolongement, modeste, à mon niveau, dans la Cité. Animer un atelier d’écriture, c’est échanger, confronter ses points de vue, mais aussi agir. L’écriture, la création en général sont faites pour changer le monde. Les attentats de janvier nous l’ont cruellement rappelé.
C’est parce qu’il porte autant d’enjeux que l’atelier d’écriture ne saurait être perçu comme une prestation comme une autre. La plupart du temps, les auteurs jeunesse sont choyés par des bibliothécaires, des libraires ou des documentalistes passionnés. Mais trop souvent, nous sommes invités par des acteurs du monde associatif ou socioculturel, qui ne voient pas la différence entre un écrivain et un animateur. Trop souvent, on ne prend même pas la peine de lire nos livres, de préparer en amont, d’accueillir, au sens plein du mot, un auteur. Trop souvent on demande d’avancer les frais de déplacement, on paie en retard (les lourdeurs administratives que voulez-vous), on négocie les tarifs à la baisse – heureusement que la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse veille…
Et parfois, tout simplement, on annule une semaine d’atelier prévue depuis six mois faute d’avoir constitué un groupe. Par négligence ou incompétence. Bien au chaud à l’abri de sa structure financée par des deniers publics, on ne se soucie pas de savoir si l’auteur comptait sur cette rémunération conséquente pour vivre. On ne se dit pas que les jeunes éloignés de la lecture et de l’écriture auxquels il était destiné auraient pu tirer quelque chose de ces ateliers. Non, on n’a pas réussi, c’est annulé, et c’est comme ça. Et on ne se fend même pas d’un mot d’excuse.
Je devais animer cette semaine cinq jours d’ateliers. J’en attendais de gros coups de cœur et de gros coups de gueule, une émotion, que j’aurais partagée avec vous. N’en reste que cette amertume et ce sentiment de gâchis.
Mais ça va passer. Le prochain atelier se profile déjà, et les frissons ne demandent qu’à renaître au fond du ventre. Est-ce parce que je suis éditrice – je me suis lancée tardivement dans l’écriture –, qu’animer un atelier d’écriture prend autant d’importance ? Ce sentiment unique d’aider quelqu’un à accoucher d’un texte, ce rôle de sage-femme, que j’évoque souvent quand on me demande d’expliquer mon premier métier ? Trouver la bonne distance, accompagner sans faire à la place de. Voir naître un texte sous les doigts d’un autre mais se dire qu’on y est, un tout petit peu, pour quelque chose. Alors y retourner. Oublier le manque de reconnaissance, pour n’entendre que le mot « naissance ».

Jessie Magana

Jessie MaganaJessie Magana écrit et est la directrice de la collection Français d’ailleurs chez Autrement jeunesse (2006-2015).

Bibliographie :

    • Riposte ! Comment répondre à la bêtise ordinaire, Actes Sud Junior, (2014).
    • Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants, Le Baron perché (2014).
    • Les Mots indispensables pour parler du sexisme, Syros (2014), que nous avons chroniqué ici.
    • Non à l’indifférence (collectif), Actes Sud Junior, (2013), que nous avons chroniqué ici.
    • Gisèle Halimi : Non au viol, Actes Sud Junior (2013).
    • Général de la Bollardière : Non à la torture !, Actes Sud Junior (2009).

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