Aujourd’hui, je vous propose une chronique animalière ! Dans le premier livre, Oskar le chat est tiré au sort pour aller combattre un terrifiant comte qui terrorise son village. Dans le second, un poulailler est en émoi devant Agathe, une poule vraiment trop stylée !
Il était une fois une contrée lointaine sur laquelle régnait un cruel comte. Celui-ci avait jeté un sort à un village peuplé de chat·tes. Pour défaire la malédiction, les félin·es n’avaient qu’une solution : envoyer chaque année un·e des leurs combattre le comte Krokula. Seulement voilà, après choisi le plus beau, le plus fort et le plus intelligent — et qu’aucun d’eux ne soit revenus —, le choix du village se tourna vers Oskar qui n’était ni le plus beau, ni le plus intelligent, ni le plus fort mais possédait un atout de taille : il était fromager.
Voici donc Oskar, anti-héros par excellence, choisi par tirage au sort dans son village pour combattre un comte terrifiant. Oskar est le candidat·e idéal·e : il vient d’arriver au village, s’il meurt, il ne manquera à personne ! Sauf que, l’horrible et ignoble comte qu’il doit combattre n’est autre qu’une petite souris désireuse de se trouver un mari. Mais Oskar et la comtesse partagent une passion commune : le fromage. Jean-Baptiste Drouot nous offre une délicieuse histoire (surtout pour celles et ceux qui aiment la raclette et le Saint-nectaire), dont chaque rebondissement apparaît plus farfelu que le précédent. C’est aussi et surtout une formidable parodie des contes et autres mythes : Oskar est une sorte de Thésée moderne, la comtesse une Méduse à grandes oreilles pétrifiant sur place les prétendants qu’elle juge indignes, tandis que, à l’instar de Shéhérazade dans les Mille et Une Nuits, Oskar réussit à séduire la souris grâce au fromage. Oskar et le comte séduit autant par son propos que par les illustrations sur fond noir : les expressions des animaux anthropomorphes sont absolument délicieuses et participent au pastiche général !
Au poulailler, on ne parle que d’elle : Agathe. Elle est tellement cool et lookée que toutes les poules veulent lui ressembler. C’est vrai qu’avec ses chaussures roses, son écharpe et son chapeau, elle a l’air d’une star. Alors, toutes se pressent pour s’habiller comme elle et devenir sa copine. Toutes sauf une : Léonie qui aime les chaussures noires et avoir une crête sur la tête !
Avec Une chouette poulette Françoise Johnen et Françoise Rogier nous proposent une histoire drôle et malicieuse sur les phénomènes de mode. Agathe, c’est la poule dont tout le monde raffole, tout ce qu’elle porte devient instantanément iconique et en voulant lui ressembler, toutes les poulettes en viennent à se ressembler : les pages dépeignant ce phénomène de dépersonnalisation sont particulièrement exquises, l’illustratrice s’amusant à croquer des poules que l’on peine à différencier. C’est la question de l’imposition d’une norme qui est au cœur de l’album. S’approcher d’Agathe (tant dans son style que de sa personne) se transforme en une quête éperdue pour les autres volatiles. Seule Léonie résiste : poulette punk, elle en vient à se singulariser davantage et à s’affirmer. La fin de l’album nous fait comprendre qu’Agathe — star malgré elle — est étouffée par ce trop-plein d’amour superficiel et qu’elle-même jalouse la liberté et l’originalité de Léonie. Une belle ode à la différence et à l’affirmation de soi !
Oskar et le comte![]() ![]() de Jean-Baptiste Drouot Les fourmis rouges 14,90 €, 179×245 mm, 48 pages, imprimé en France, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Une chouette poulette![]() ![]() Texte de Françoise Johnen, illustré par Françoise Rogier À pas de loups 15,50 €, 230×300 mm, 32 pages, imprimé en France, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.




