Aujourd’hui, je vous propose deux livres dans lesquel·les les héro·ïnes vont devoir faire face à leur destin. Destin tout tracé ou destin difficile, chacun·e à leur manière, ils et elles vont esquisser leur propre voie.
Le jour de ses deux cents ans, le dragon, narrateur et héros de l’histoire, doit quitter sa famille pour voler de ses propres ailes. Comme le veut la tradition chez les dragons, il devient gardien de trésor dans une montagne. Mais autant dire que ce destin tout tracé ne le ravit pas ! Au début de l’histoire, il prend même le lecteur et la lectrice à partie pour lui faire comprendre à quel point, ce travail est désagréable. Se faire déranger en permanence par des chevaliers, sorciers ou autres lutins, respirer de la poussière d’or, vivre dans la saleté des montagnes… Quelle plaie ! Mais le pire de tout, c’est l’ennui ! Or, un matin, réveillé par une petite créature, une fillette appelée Margot, le dragon se voit obligé de sortir de sa torpeur. À partir de ce jour-là, la vie de l’animal ne fut plus jamais comme avant : il avait une amie.
Avoir son destin tout tracé, rien de plus facile. Vivre dans une prison dorée, cela ne doit pas être si mal, après tout. Et puis, l’argent doit faire le bonheur, non ? Autant d’idées convenues, que cette histoire, écrite comme un conte, envoie valser en quelques pages. Sans en avoir l’air, le récit amène le petit lecteur ou la petite lectrice à réfléchir au sens de la vie et à sa vision du bonheur. Le format du livre et son découpage en petits chapitres inciteront à une lecture (et un questionnement) partagée avec un adulte, mais peuvent aussi convenir à une première lecture en solitaire. Les illustrations à l’encre noire agrémentée de jaune d’or habillent délicatement le récit de ce livre de belle qualité.
Vivant à Alger dans les années 50-60, Fatima voit peu à peu son quotidien et celui de sa famille bouleversés par la guerre. D’abord, il y a les contrôles et les manifestations. Puis son père disparaît. Lors d’émeutes dans la ville, la jeune fille est blessée. N’ayant aucune nouvelle des siens, elle est envoyée en France, sans avoir son mot à dire. Elle y sera adoptée par un couple, peu soucieux de son bonheur et de sa condition. Fatima n’aura donc plus qu’une envie : retrouver l’Algérie et sa famille.
Près de 60 ans après le traité d’Évian, mettant fin à la guerre d’Algérie, les événements liés à cette période restent encore très peu évoqués jusqu’alors ; bien que la date anniversaire oblige, peut-être davantage, les langues à se délier, ces dernières semaines. En tout cas, pour ma part, c’est la première fois que je lis un roman ado ayant la guerre d’Algérie, comme toile de fond (mais Gabriel en a déjà chroniqué un, que vous pouvez retrouver ici). Même si à dire vrai, la guerre, dans ce roman, est bien plus qu’un décor. Ce livre, c’est autant l’histoire de Fatima, que celle de toute une époque. Lire un roman, c’est bien souvent se mettre à la place de son personnage. Ici, avec Fatima, on ressent la douleur, l’incompréhension et l’inquiétude. L’auteur ne porte pas de jugement ; simplement, il raconte la vie d’une adolescente dans la tourmente, comme il dut y en avoir tant durant cette guerre. Le texte est construit sur des allers-retours incessants entre les époques. Cela donne sens et relief au texte, mais requiert l’attention d’un lecteur ou d’une lectrice aguerri·e. Soulignons le travail particulièrement réussi de première de couverture, avec l’illustration mettant en avant la violence et le déchirement, et le titre, comme un cri, fil rouge de l’histoire.
Un trésor lourd à porter ![]() de Maxime Derouen Grasset, dans la collection Les p’tits reliés 14,50 €, 158×217 mm, 72 pages, imprimé en Espagne, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Baba !![]() de Christophe Léon La joie de lire, dans la collection Encrage 13,90 €, 143×211 mm, 155 pages, imprimé en Allemagne, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.


