Aujourd’hui, on reçoit Murielle Szac, dont l’album Le feuilleton des jeux d’Olympie en quatorze épisodes viens de sortir chez Bayard Jeunesse. Elle est l’invitée de l’interview. Ensuite, c’est l’auteur et conteur Pierre Delye, fidèle à La mare aux mots, qui est l’invité de Véronique Soulé pour sa rubrique (sonore !) Du tac au tac qu’elle réalise pour nous une fois par mois.
L’interview du mercredi : Murielle Szac
Pouvez-vous nous présenter Le feuilleton des jeux d’Olympie en quatorze épisodes, qui vient de paraître aux éditions Bayard Jeunesse ?
Le personnage fil conducteur du feuilleton est un jeune homme de vingt ans, Crissias, aussi rêveur que discret. Par les hasards d’un tirage au sort, il devient l’un des dix hellanodices, les juges-arbitres des Jeux d’Olympie. Sa fonction : sélectionner, accompagner et départager les athlètes venus de tout le pays, en veillant à garantir l’égalité des chances, la loyauté et le respect de l’adversaire. Appelé à jouer un rôle majeur dans la plus grande compétition sportive de la Grèce antique, il se trouve confronté à mille questions : comment vaincre la corruption ou la violence ? Quelle place accorder aux femmes et aux étrangers ? Dans la cité d’Olympie où brûle la flamme symbole de paix et d’unité entre les peuples, Crissias ne cesse de questionner les valeurs de l’idéal olympique.
Comment est né ce livre ?
Tout est parti de l’équipe de la MC2, la Maison de la culture de Grenoble, dirigée par le metteur en scène Arnaud Meunier. Ils m’ont sollicitée pour que je leur écrive un texte dans le cadre d’un projet théâtral intitulé « Du courage ! » labellisé Olympiades culturelles. Leur commande d’écriture était de concevoir un mini-feuilleton consacré aux origines antiques des Jeux olympiques, associé aux valeurs qu’ils souhaitaient défendre telles que le combat pour l’égalité des genres, des droits et pour la représentation et le respect des minorités. Par ailleurs, en revisitant le site d’Olympie, j’avais découvert le sort réservé aux tricheurs pendant les jeux antiques et je brûlais d’en parler. J’ai donc accepté avec enthousiasme et j’ai eu tout naturellement envie d’en faire profiter aussi mes lecteurs. Avec le petit espoir que nous regardions les JO en gardant tout cela en tête.
Quelles recherches faites-vous pour écrire vos récits mythologiques ?
Je prospecte en orpailleur des textes. Je sonde les documents, les textes anciens, les analyses, les réécritures, et je ramène dans mes filets une pépite
qui va me servir pour une scène, une situation… Je ne suis ni helléniste, ni linguiste, ni historienne ou archéologue, je me promène en poète et romancière dans une matière riche encore féconde sur laquelle peut germer mon imagination. Bien sûr, pour ce feuilleton je me suis beaucoup renseignée sur le déroulement des jeux de l’Antiquité. Je m’affranchis des chronologies, mais les contenus sont justes.
J’aimerais que vous nous parliez de votre processus d’écriture.
Pour moi tout passe par les personnages. Lorsqu’ils sont animés d’émotions, de colères, de joies ou de tristesses, bref lorsqu’ils sont vivants, alors l’écriture va fonctionner. J’essaie le plus possible que mes lecteurs plongent dans la scène, participent à l’action. Et aussi que le suspense à la fin de chaque épisode ne soit pas artificiel. Feuilletonner ne se résume pas à finir par une question… Il s’agit de mettre en route des interrogations et que chaque épisode apporte son lot de révélations mais aussi de réflexion intérieure.
Intervenez-vous sur le travail de l’illustrateur·rice ?
Nous formons un duo. Avec Olivier Balez nous avons tout de suite été complices. Lorsque j’ai un détail à signaler, il en tient compte aussitôt et le résultat est parfait. Son talent pour interpréter graphiquement une scène est immense. Il a donné à ce livre une dimension magnifique. J’ai toujours été très gâtée pour chaque feuilleton ! Pour l’avant-de dernier, Le feuilleton de Tsippora, au moment de la recherche des héros, nous nous sommes envoyé des photos, des images avec Joëlle Jolivet et nous avions le fou rire en découvrant que notre vision des personnages principaux était vraiment raccord !
Qui sont vos premier·ères lecteur·rices ?
Mon compagnon, Bruno Doucey, lui-même romancier, poète et éditeur, et Marie-Agnès Gaudrat, la directrice de la collection des feuilletons, mon inestimable partenaire dans cette aventure depuis le début.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Je joue avec les mots depuis toujours. J’ai fait des études de lettres et de journalisme. J’ai d’abord été journaliste politique, puis société, avant de bifurquer comme rédactrice en chef dans le social et enfin la presse jeunesse. J’ai aussi été réalisatrice de documentaires. En parallèle j’ai commencé à publier mes premiers romans pour la jeunesse, puis j’ai créé des collections, notamment la collection Ceux qui ont dit Non chez Actes Sud jeunesse que je dirige toujours seize ans après, et les collections Poés’histoires, Poés’idéal et Sur le fil aux éditions Bruno Doucey, une maison d’édition que nous avons fondée en 2010. Au total j’ai publié plus d’une vingtaine de livres, dont plus récemment deux romans (Eleftheria et Tosca chez Emmanuelle Collas) et un essai (L’Odyssée des femmes chez L’Iconoclaste) pour les adultes.
Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
J’étais une grande lectrice et je dévorais tout ce qui me tombait sous la main. Il n’y avait pas une grande richesse de la littérature jeunesse à l’époque, mais j’ai découvert des œuvres qui m’ont marquée pour toujours. Bien sûr Les contes et légendes du monde grec et barbare, chez Fernand
Nathan, ma première rencontre avec la mythologie, j’avais 8 ans. Mais j’étais aussi fan absolue de Peter Pan, oui, oui, un petit personnage facétieux qui avait des ailes aux pieds. Ça vous rappelle un certain Hermès ? Je crois profondément que toutes nos lectures d’enfance nous accompagnent toute la vie. Mon roman fétiche, par exemple, Il était un capitaine de Bertrand Solet, raconte l’affaire Dreyfus du point de vue d’un journaliste. Plus tard, je deviendrai journaliste, j’adorerai Zola et j’écrirai un roman sur l’affaire Dreyfus ! Quand j’étais collégienne, les livres qui m’ont le plus happée furent Le journal d’Anne Frank et Le dernier jour d’un condamné de Hugo. Jetez un œil sur ma biblio, vous en trouverez la trace partout…
Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Tant qu’un livre n’est pas né, j’ai une bête superstition qui m’empêche d’en parler. Ne le prenez pas mal, je ne suis pas cachottière… Mais pour mettre au monde un livre le processus est lent : il faut que les personnages habitent longtemps dans ma tête, avant de descendre au cœur et au ventre. Là je peux commencer à écrire. En ce moment, ça grouille de monde dans ma tête !
Bibliographie jeunesse sélective :
- La grève, roman, Le calicot (2024).
- Le feuilleton des jeux d’Olympie en quatorze épisodes, textes illustrés par Olivier Balez, Bayard Jeunesse (2024).
- Le feuilleton de Tsippora, un récit biblique en cent épisodes, textes illustrés par Joëlle Jolivet, Bayard Jeunesse (2023).
- Immenses sont leurs ailes, poèmes illustrés par Nathalie Novi, Bruno Doucet (2021).
- Le feuilleton d’Artémis. La mythologie grecque en cent épisodes, textes illustrés par Olivia Sautreuil, Bayard Jeunesse (2019).
- Berceuses & balladines jazz, livre-CD, textes de chansons interprétées par Ceilin Poggi et Thierry Eliez, illustrées par Ilya Green, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
- Jacques Prévert : Non à l’ordre établi, roman, Actes Sud Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
- Le feuilleton d’Ulysse. La mythologie grecque en cent épisodes, textes illustrés par Sébastien Thibault, Bayard Jeunesse (2015).
- Émile Zola : Non à l’erreur judiciaire, roman, Actes Sud Jeunesse (2015).
- Le feuilleton de Thésée. La mythologie grecque en cent épisodes, textes illustrés par Rémi Saillard, Bayard Jeunesse (2011).
- La maîtresse a pleuré trois fois, roman, Thierry Magnier (2010).
- Un lourd silence, roman, Gallimard Jeunesse (2009).
- Victor Hugo : Non à la peine de mort, roman, Actes Sud Jeunesse (2008).
- Le feuilleton d’Hermès. La mythologie grecque en cent épisodes, textes illustrés par Jean-Manuel Duvivier, Bayard Jeunesse (2006).
- L’expulsion, roman, Thierry Magnier (2006).
Du tac au tac… Pierre Delye
Une fois par mois, Véronique Soulé (de l’émission Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin) nous propose la capsule sonore Du tac au tac. Avec la complicité du comédien Lionel Chenail, elle pose des questions (im)pertinentes à un·e invité·e que nous avons déjà reçu·e sur La mare aux mots. Aujourd’hui, c’est Pierre Delye qui répond à ses questions.

Pierre Delye est auteur et conteur. Son dernier ouvrage, Lewis Carotte, publié par Gautier Languereau, est illustré par Philippe Jalbert. Il est sorti en mars dernier.
Bibliographie (sélective) :
- Lewis Carotte, album illustré par Philippe Jalbert, Gautier Languereau (2024).
- Le petit creux, album illustré par Pierre-Emmanuel Lyet, Didier Jeunesse (2022).
- Pétoche, le poussin froussard, album illustré par Cécile Hudrisier, Didier Jeunesse (2021), que nous avons chroniqué ici.
- T’as mal où ?, album illustré par Cécile Hudrisier, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
- Les deux grenouilles à grande bouche, album illustré par Cécile Hudrisier, Didier Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
- Sssi j’te mords… et Les musiciens de la Nouvelle-Brême, album CD illustré par Cécile Hudrisier, musique de Grégory Allaert, Didier Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
- Au dodo dis donc !, album illustré par Cécile Hudrisier, Didier Jeunesse (2015).
- Caprices, c’est fini ?, roman, Didier Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
- Ferme ton bec !, album illustré par Magali Le Huche, Didier Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
- Mais il est où ce gros matou ?, album illustré par Cécile Hudrisier, Didier Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
- La drôle de maladie de P’tit Bonhomme, album illustré par Irène Bonacina, Didier Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
- Les aventures de P’tit Bonhomme, album illustré par Cécile Hudrisier, Didier Jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
- Les musiciens de la Nouvelle-Brême, album illustré par Cécile Hudrisier, Didier Jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
- Sssi j’te mords, t’es mort ! album illustré par Cécile Hudrisier, Didier Jeunesse (2008).
- La petite poule rousse, album illustré par Cécile Hudrisier, Didier Jeunesse (2007), que nous avons chroniqué ici.
- Tour de France multicolore des contes sur le dos d’un âne, collectif, Rue du monde (2006).
- La grosse faim de P’tit Bonhomme, album illustré par Cécile Hudrisier, Didier Jeunesse (2005), que nous avons chroniqué ici.
- Le P’tit bonhomme des bois, album illustré par Cécile Hudrisier, Didier Jeunesse (2003).

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !
