Aujourd’hui, on s’intéresse à deux petites filles qui sont confrontées à un tas de problèmes grâce à deux albums géniaux : La grande inconnue de Pog et Maurèen Poignonec et Le vide d’Anna Llenas.
C’est l’histoire d’une petite fille comme les autres. Une petite fille charmante qui habite une non moins charmante maison à la lisière d’un bois. Ici, elle se sent bien. Tout le monde vit en harmonie : les animaux de la forêt comme les humains. La frontière est tellement mince entre le jardin et le bois, que personne ne sait d’ailleurs où s’arrête son « chez soi ». Jusqu’au jour où le papa de notre jeune héroïne décide d’installer une clôture pour protéger sa famille de « la grande inconnue »…
La grande inconnue est un très bel album qui traite d’un thème lourd et grave avec une certaine légèreté. Car, vous l’aurez compris « la grande inconnue » est une métaphore de « l’étranger » d’aujourd’hui. Un étranger stigmatisé partout. D’ailleurs, c’est après avoir écouté les informations à la télévision que notre papa protecteur décide de poser sa clôture… L’histoire est bien ficelée, drôle et émouvante. Les dessins et aquarelles de Maurèen Poignonec sont particulièrement réussis et accompagnent extrêmement bien le texte de Pog. En nous plongeant dans un univers coloré et foisonnant, Maurèen Poignonec prend le contre-pied de ce thème sombre. La force de l’ouvrage réside dans son traitement de « la grande inconnue ». Car cette dernière est loin d’être terrifiante… Bien au contraire ! En prenant le parti de la représenter sous les traits d’une grande girafe, un peu gauche et terriblement attachante les auteur.e.s réussissent le tour de maître de transformer la vision courante de « l’Autre ». Cet ouvrage est rempli d’espoir, et si la petite fille – et tout le monde autour d’elle – se pose des questions sur la dangerosité présumée de cette grande girafe, elle ne va néanmoins pas se laisser berner par toutes les rumeurs…
Un formidable album qui parle tolérance et solidarité ! On en redemande…
Julia a tout pour être heureuse, et elle l’est ! Jusqu’au jour où elle ressent un grand vide qui la transperce de part en part. Fini le bonheur, finis la joie, finie la légèreté. Dans ce vide, Julia sent passer le froid, des monstres terribles qui se débattent et la bouleversent et surtout qui aspirent toutes les angoisses. Alors Julia va tenter par tous les moyens de boucher ce vide : en s’empiffrant de gâteaux, de sucettes et de sucreries en tout genre, en se lovant contre un petit chat ou bien en tombant amoureuse… Mais si ce vide ne pouvait être comblé que par elle-même ?
Le vide est un magnifique objet qui parle tout simplement… de la vie ! Car notre Julia qui vit dans un univers protégé découvre du jour au lendemain les tracas du quotidien : les pertes d’êtres chers, les grandes questions que l’on se pose, les angoisses qui nous submergent… Anna Llenas ne nous indique pas clairement quel est le problème de sa petite héroïne. Ce n’est pas le but de son album. Ce qui intéresse l’auteure, c’est de parler résilience, d’expliquer comment surmonter ses douleurs. Ici, c’est le texte qui accompagne les illustrations. Anna Llenas nous plonge dans un univers fait de collages, de cartons et de papiers abondant et prolifique ! L’ouvrage est divisé en deux parties : dans la première, Julia tente de combler son vide – symbolisé par un ÉNORME trou dans son ventre – en consommant : de l’amour, des bonbons, des objets divers… tandis que dans la deuxième l’héroïne réalise que le “vide” ne se comblera pas par des objets extérieurs : Julia va devoir plonger au fond d’elle-même où elle va découvrir des univers fabuleux qui vont l’aider à s’en sortir…
Un très bel album qui parle de l’importance de l’imagination pour aller de l’avant ! Une belle célébration de la vie !
La grande inconnue![]() ![]() Texte de Pog, illustré par Maurèen Poignonec Maison Eliza 13,90 €, 195×246 mm, 32 pages, imprimé en France, 2016. |
Le vide![]() ![]() d’Anna Llenas (traduit par Jude des Chênes) Les 400 coups 18 €, 238×285 mm, 75 pages, imprimé en France, 2016. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


