Aujourd’hui, je vous propose deux ouvrages, une bande dessinée et un grand album, où il sera question de deux bibliothèques bien différentes, mais où le pouvoir des livres reste identique.
Dans les années 30, Edita Adlerova, dite Dita, vit à Prague avec ses parents. C’est une passionnée de littérature : les livres sont tout pour elle, au point que son père la surnomme sa « petite critique littéraire ». À l’arrivée des nazis en Tchécoslovaquie, la vie de la famille Adlerova est brutalement et irrémédiablement bouleversée : le père perd son travail, tous et toutes doivent porter l’étoile jaune, puis partir. En effet, iels sont juif·ves et comme un grand nombre de personnes de leur communauté de Prague, iels sont conduit·es au ghetto de Terezin avant d’être transféré·es dans le camp d’Auschwitz. Dita et ses parents sont parqués au Block BIIb, lieu « vitrine » pour les nazis, où les familles ne sont pas séparées et où les individus peuvent garder leurs vêtements et leurs cheveux. C’est là, grâce à Fredy Hirsh, le leader du Block, que Dita va occuper la fonction de bibliothécaire. Son rôle sera de préserver, de cacher et de faire circuler aux détenu·es les quelques ouvrages qui ont échappé aux soldats du camp.
La bibliothécaire d’Auschwitz est l’histoire vraie d’Edita Adlerova qui a d’abord été racontée par Antonio G.
Iturbe dans un roman de plus de 600 pages. Salva Rubio et Loreto Aroca ont relevé le défi de l’adapter en bande dessinée Les lecteur·rices qui ont déjà lu le roman retrouveront l’héroïne qu’ils connaissent et resteront peut-être « sur leur faim » ; les lecteur·rices qui découvrent le récit feront connaissance avec Dita et auront probablement très envie de lire le roman. Pour celles et ceux moins à l’aise avec les romans de plusieurs centaines de pages, cette version BD permettra, malgré tout, d’accéder à ce pan de l’Histoire. Quoi qu’il en soit, nul·le ne pourra rester insensible face aux horreurs vécues par les déporté·es et à leur volonté farouche de préserver les livres, bravant ainsi encore un peu plus la mort. Les dessins, leur coloration, le jeu sur les plans, la mise en page des cases sont autant d’ingrédients qui participent à retranscrire la violence et les émotions. On appréciera la postface qui situe l’histoire dans son contexte et apporte quelques éléments relatifs à la création.
Encore un jeudi ! C’est le jour de bibliothèque et Timmi a, comme d’habitude, laissé traîner son livre toute la semaine dans le fond de son cartable. La maîtresse va demander de le présenter, il ne saura pas quoi dire et cela lui pèse sur l’estomac. Il l’avait choisi, car il y avait une bille sur la couverture. Alors que la cloche de l’école se fait attendre, c’est cette couverture qui l’attire à nouveau. Il décide donc de la tourner et plonge littéralement dans le livre de jeux. On pourrait même dire qu’il se prend au « jeu », réinventant le cerf-volant des dernières pages. Quand la sonnerie retentit enfin, la journée de classe est terminée, Timmi ne l’a pas vue passer. L’album finit de nouveau dans son cartable, mais cette fois, son cœur est plus léger.
Voici un livre vraiment original ! Comme Timmi avec le sien, nous nous demandons où il va nous mener pour se laisser finalement complètement happer. L’originalité de l’ouvrage réside dans la variété des illustrations et de la narration. Lorsque Timmi nous fait part de ses émotions, c’est l’encre plus ou moins intense qui le représente. Quand il plonge dans son livre, nous nous retrouvons à tourner les pages d’un ouvrage ancien aux planches très travaillées. Nul besoin d’un ton moralisateur pour prouver le pouvoir des mots, au contraire, dans ce grand album, l’autrice dédramatise la lecture : oubliée la sacralisation du livre et du savoir, elle laisse place à la lecture plaisir, celle qui vous embarque sans crier gare.
La bibliothécaire d’Auschwitz![]() Scénario de Salva Rubio, d’après le roman d’Antonio Iturbe (traduit de l’espagnol par Lise Gallot), dessins de Loreta Aroca (traduit de l’espagnol par Lise Gallot) Rue de Sèvres 22 €, 240×320 mm, 127 pages, imprimé en Belgique, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Encore un jeudi![]() de Laura Bellini (traduit de l’italien par Gaëlle Meguerdidjian) L’atelier du poisson soluble 22 €, 237×338 mm, 72 pages, imprimé en France, année. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.



