Comme le phare dans la tempête, laissons la lecture éclairer l’été nos enfants. Suivons d’abord un jeune gardien de phare au lever du soleil ; puis allons à la rencontre d’un ancien qui n’a jamais quitté le sien.
Au petit matin, au moment où la lune cède sa place au soleil, le phare s’éteint et le monde s’éveille peu à peu. Le gardien du phare, qui a enfourché son vélo, après sa nuit de travail, est le témoin des petits changements qui marquent le début d’une nouvelle journée. Si la nature s’est déjà mise en mouvement, au village, tout le monde semble dormir encore, sauf le boulanger et le gardien de phare ; à moins, que quelqu’un, derrière une porte, n’ait déjà ouvert les yeux, attendant le premier bonjour.
Le temps se déroule au fur et à mesure que le gardien chemine sur son vélo et que le lecteur ou la lectrice tourne les pages. Le jour succède à la nuit. L’obscurité de la nuit laisse place à la luminosité de la journée qui commence. L’illustrateur joue avec la lumière et les couleurs (bleu, jaune, blanc) pour nous révéler toute la poésie de la nature à l’aube en bord de mer. Le texte au rythme lent donne la sensation d’un temps qui s’étire, celui d’un réveil en douceur. Dans les illustrations, peu à peu le phare s’éloigne, cédant sa verticalité à la ligne d’horizon. L’homme passe du rôle de gardien à celui de père : après avoir guidé les bateaux, il guidera son enfant. Aucun texte sur la dernière page, les mots ont laissé place à l’émotion, celle de l’enfant qui retrouve son père celui qui est toujours là pour lui, chaque matin.
Depuis toujours, Benjamin Postlethwaite est le gardien du phare de Puffin Island — l’île aux macareux. Un hiver, par une nuit de tempête, non loin de là, aux abords des côtes des îles Scilly, Benjamin assiste au naufrage d’une goélette dont les voiles et trois des quatre mâts se brisent sous la force des vents et des vagues. Ne pouvant rester les bras ballants, il monte dans sa barque, et au péril de sa propre vie, sauve trente autres vies. Parmi les naufragé·es se trouvent, le narrateur de cette histoire, Allen William, alors âgé de 5 ans. À l’abri, dans le phare, il observe le vieil homme silencieux qui les a tous sauvés, mais remarque surtout les dizaines de tableaux et dessins éparpillés. L’homme se rend compte de la fascination du petit garçon pour ces illustrations, et lui fait cadeau d’un tableau peint sur un morceau de bois. Après le sauvetage, Allen et sa mère partent vivre chez ses grands-parents, comme initialement prévu. Le souvenir de cette nuit terrible, du vieil homme et de son phare ne quittera jamais le garçonnet. Il tente même de lui écrire sans réponse. Après quelques années, Allen devient élève dans un pensionnat où il se fait vite remarquer pour son goût pour la course et le dessin. Tandis qu’il termine ses années de lycée, Allen tombe, par hasard, sur un article au sujet de celui qu’il n’a jamais oublié : le vieux gardien de phare. C’est alors que lui vient une idée.
Le phare aux oiseaux est un très beau livre, dans la lignée des romans d’aventures qui ont marqué nos enfances et l’histoire de la littérature de jeunesse. Mais au-delà de l’aventure, c’est surtout une histoire d’amitié qui nous est contée : l’amitié entre un vieil homme et un jeune garçon, liés par un drame, mais surtout par l’amour de la peinture et de la mer. Deux grands talents, tels que Michael Morpurgo et Benji Davies, qui se réunissent, c’est forcément une belle histoire qui naît. Le texte et les illustrations qui se mêlent habilement, le format et le thème en font un livre idéal pour les jeunes lecteurs et lectrices qui font leurs premiers pas dans la lecture de romans. En tournant les pages jusqu’à la toute dernière, le lecteur ou la lectrice pourra également se rendre compte que la frontière entre réalité et fiction est parfois mince ; l’une inspirant l’autre. En effet, ce livre est un bel hommage de l’auteur à Allen Lane, qui a fondé la maison d’édition Penguin/Puffin, célèbre maison britannique qui a fêté ses 80 ans en 2020.
Premier bonjour ![]() Texte de Claire Lebourg, illustré par Mickaël Jourdan Rouergue, dans la collection Rouergue albums 15 €, 190×270 mm, 36 pages, imprimé au Portugal, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le phare aux oiseaux![]() Texte de Michael Morpurgo (traduit de l’anglais par Diane Ménard), illustré par Benji Davies Gallimard jeunesse, dans la collections Albums junior 16,50 €, 176×244 mm, 104 pages, imprimé en Italie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.




