Aujourd’hui, je vous propose quelques romans courts. Cette chronique sera la dernière avant une petite pause, comme vous l’avez peut-être lu dans notre newsletter ou sur les réseaux.
Éléonore est dans l’avion, elle quitte Toulouse pour une nouvelle vie. Ce n’est pas sa décision à elle, mais celle de ses parents qui ont décidé d’aller vivre sur une île, rejoindre un ami qui vit là-bas. Éléonore aurait préféré rester dans son lycée, avec ses ami·es, mais elle n’a pas le choix. Le but de ce départ ? Recommencer une nouvelle vie ! Éléonore sait que ce déménagement n’arrangera rien, que ça ne sera pas mieux sur une île, une île entourée de mer marron, qui plus est.
La mer sans le bleu, c’est le genre de roman où l’on sent dès le début que quelque chose se trame, que les choses vont mal se passer. L’ambiance est lourde, pesante, et l’on sait très vite qu’on ne va pas lire l’histoire d’une jeune fille qui s’éclate dans sa nouvelle vie sur une île paradisiaque. L’écriture de Rachel Corenblit nous emporte et ne nous lâche pas (il est d’ailleurs difficile de poser le roman avant de l’avoir terminé). Si vous ne souhaitez pas que je vous divulgâche l’histoire (mais il me semble important de dire de quoi l’on parle ici), ne cliquez pas sur le “+” ci-dessous.
Parce qu’elle est amoureuse de Quentin, Katja s’est engagée dans un chantier en Slovénie. C’était la meilleure occasion de passer du temps avec lui, loin des parents. Mais très vite, la jeune fille comprend que ce n’était pas la meilleure idée, que le garçon ne veut pas d’elle. Katja se sent mal, elle ne sait plus quoi faire, ne trouve plus de sens à rien et pense à des choses auxquelles elle ne devrait pas penser.
Comme toujours, Cathy Ytak nous accroche directement et, là encore, il va être compliqué de poser le livre avant de l’avoir terminé. Dans ce très beau roman, on fait donc la connaissance d’une jeune fille qui décide d’en finir. Alors que ce drame concerne de nombreux adolescent·es, j’ai lu peu d’histoires sur le suicide. Il faut dire que c’est un sujet casse-gueule ! Il fallait le talent d’une grande autrice pour en parler avec justesse. Bien entendu, le roman n’est pas plombant, au contraire, ici il y a de l’espoir, de l’après, de la lumière.
Il est seul sur scène, face à tout le lycée. C’est la fête de fin d’année, alors pourquoi pas en profiter pour faire un spectacle, faire rire. Parler de la vie de lycéen, des injonctions à être viril quand on est un garçon, de la vie de famille et de bien d’autres choses. Mais bientôt les rires sont moins nombreux, et le malaise s’installe…
Pour être honnête, j’ai eu énormément de mal à rentrer dans ce texte de Stéphane Servant. Ce n’est en rien une critique de ma part, cet auteur compte parmi les meilleurs auteurs français actuels. Mais c’est moi qui ai eu du mal, je pense, avec la façon dont le texte est construit (on lit donc ce que dit un jeune lycéen sur scène, à la façon d’un stand-up). Je n’ai pas réussi à rentrer dedans. Mais Stéphane Servant aborde bien des thèmes, particulièrement ce que la société attend d’un homme. Donc il aurait été dommage de ne pas vous conseiller de lire ce roman-là, pour ce qu’il dit (et pour que vous vous fassiez votre propre avis !).
Billie l’a vu, elle est sûre que c’était lui. Elle ne l’a pas vu depuis dix ans et pourtant elle l’a reconnu. L’enfant est devenu un ado, mais sa démarche, ses boucles rousses… pas de doute, c’est bien Jules, le petit frère qu’elle n’a pas vu depuis tant d’années et qui lui manque tant.
Avec Tu reverras ton frère, Séverine Vidal propose une histoire vraiment originale (en tout cas en littérature jeunesse), celle d’une disparition d’enfant. On suit ici, par chapitres alternés, d’un côté la vie d’une famille recomposée et la disparition du petit frère, de l’autre la vie de deux sœurs qui pensent avoir retrouvé le garçon dix ans plus tard. L’histoire nous scotche, on alterne les chapitres sans pouvoir poser le livre, tellement on souhaite connaître le dénouement. C’est clairement un (bon) roman pour ados, mais les parents éprouveront autant de plaisir à le lire.
Dans une chambre d’hôpital, Anouk regarde Alban, son frère qu’elle aime tant. En compagnie de sa mère, Anouk pleure. Son frère ne se réveillera plus, sa chute a été trop violente, il n’y a plus d’espoir. Mais Anouk et sa mère ne peuvent pas se réfugier dans leur chagrin, car il y a une décision à prendre et le personnel de l’hôpital attend leur réponse : sont-elles d’accord, comme le souhaitait Alban, qu’on prenne ses organes ? Décision violente à prendre, alors que le temps presse…
Là encore, c’est une histoire vraiment originale que nous propose Thomas Scotto, une histoire qui pourrait effrayer si elle n’était pas écrite par cet auteur si talentueux. Le sujet est lourd, le texte pourrait être pesant, mais ici on parle plus de la vie que de la mort. Anouk raconte son frère, observe sa mère, regrette l’absence de son père. Elle imagine l’après. Un magnifique roman sur la difficulté de prendre certaines décisions et sur le fait de suivre les dernières volontés de celles et ceux qui nous sont cher·ères.
Timothée vit dans un petit village où tout le monde se connaît. Les enfants se retrouvent souvent pour des parties de foot sur le terrain municipal. Mais voilà qu’un jour, une nouvelle famille emménage. Le petit nouveau aimerait bien jouer au foot avec les autres, mais Valentin, le meilleur ami de Timothée, n’a pas envie de ce garçon qu’il ne connaît pas, il refuse. Et quand il voit Timothée lui parler, il entre dans une colère noire. Timothée est son ami, il n’a pas à parler à d’autres.
Dans ce petit roman adressé aux jeunes lecteur·rices (l’éditeur le conseille pour les 6-9 ans), Marion Achard nous raconte donc une histoire de jalousie, de peur de l’étranger, de méfiance envers celui qu’on ne connaît pas. Les choses vont vite déraper et même aller assez loin (je dois d’ailleurs avouer que j’ai été « dérangé » par l’un des événements), mais l’autrice n’oublie pas son humour, ce qui aide à faire passer pas mal de choses.
Nouvelle école pour Geronimo… comme souvent. L’enfant fait partie de ceux et celles qu’on appelle « les gens du voyage » donc forcément il change tout le temps d’endroit. Et comme sa mère tient à ce qu’il aille à l’école, il découvre tout le temps de nouveaux établissements et surtout de nouveaux·elles camarades… mais ceux·celles-ci se ressemblent toujours, ou du moins leurs réflexions, leurs questions, leur « humour »… Ce qui change cette fois, c’est l’enseignant que va rencontrer Geronimo.
Avec Du voyage, Emmanuel Bourdier nous fait donc rencontrer un jeune garçon qui vit dans une caravane et voyage de ville en ville avec sa communauté. On parle ici des clichés et des a priori, mais surtout de l’engagement de certain·es enseignant·es à faire pour que chacun·e soit accepté tel·le qu’iel est. Même si là encore un acte un peu gratuit (Geronimo frappe un chat) m’a dérangé, j’ai aimé ce petit roman très joliment illustré par Thomas Baas.
La mer sans le bleu![]() de Rachel Corenblit IN8, dans la collection Faction 8,90 €, 120×180 mm, 90 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Si tu avances![]() de Cathy Ytak Nathan, dans la collection Court toujours 8 €, 142×210 mm, 60 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Miettes (humour décalé)![]() de Stéphane Servant Nathan, dans la collection Court toujours 8 €, 142×210 mm, 64 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Tu reverras ton frère![]() de Séverine Vidal Nathan, dans la collection Court toujours 8 €, 142×210 mm, 64 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Quelques secondes encore![]() de Thomas Scotto Nathan, dans la collection Court toujours 8 €, 142×210 mm, 64 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Un chat en travers de la gorge![]() ![]() Texte de Marion Achard, illustré par Walter Glassof Actes Sud Junior, dans la collection Lecture Solo 8,50 €, 140×190 mm, 64 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Du voyage![]() ![]() Texte d’Emmanuel Bourdier, illustré par Thomas Baas Flammarion Jeunesse 10 €, 141×191 mm, 96 pages, lieu d’impression non indiqué, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !




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