Voici deux livres ingénieux pour jouer avec les mots. Aussi drôles qu’astucieux, ils plairont autant aux enfants qu’aux adultes, parce que rien n’est plus agréable que de prendre un peu de liberté avec les mots et de s’amuser avec !
Amimots est un petit livre au format carré. Un papier épais, facile à manipuler, une mise en page simple qui permet de comprendre immédiatement le principe : à gauche, un mot, à droite, un dessin (qui représente le mot écrit en face). Trois couleurs : du bleu, du vert, du blanc. C’est un imagier, me direz-vous. Oui, mais un imagier pas comme les autres. Car la page de gauche comporte un rabat, et le mot est écrit à cheval sur les deux parties. En dépliant la partie mobile, les lettres se transforment… et c’est un tout autre mot qui apparaît. Le tour ne s’arrête pas là, puisque la page de droite, celle avec l’illustration, comporte le même système de rabat à mi-dessin. Et le dessin représentant le premier mot laisse place au dessin représentant le second mot. Magique ? Non, mais très astucieux !
Grâce à un dessin simple et percutant, ainsi qu’à une police de caractères spécialement créée par les graphistes Alis, Raphaële Enjary et Olivier Philipponneau de l’Atelier 3œil, vous verrez ainsi les lettres du GRILLON se transformer en SPHINX, une OIE se changer en ORC, un OUISTITI en SORCIERE, etc., le tout en parfaite cohérence avec le dessin ! Seize transformations à découvrir pour se régaler et s’étonner à chaque page. Car le principe a beau être le même à chaque fois, on s’émerveille que cela fonctionne aussi bien ! La réussite du livre tient aussi beaucoup à une maquette épurée : le mot et le dessin au centre de la page, une palette de couleurs resserrée, rien de plus. La lecture est ainsi totalement centrée sur le jeu et la manipulation. La simplicité du pliage donne envie de tenter soi-même ses propres transformations… alors à vos feuilles et à vos stylos !
Amimots est un imagier pas comme les autres, un livre-jeu ingénieux pour jouer à la fois avec les mots et l’illustration. Un travail graphique et typographique précis et complet, un superbe ouvrage !
Un prince charmant, c’est forcément un garçon bien élevé, raffiné et courageux. Non ? Dans le monde de Guillaume Guéraud et d’Henri Meunier, évidemment, il n’en est rien. Car si l’on commence par nous raconter qu’il « porte une veste d’uniforme toujours propre, mannequin parfait et modeste, sans moustaches, [qu’] il possède plusieurs baignoires pour se laver partout », dès la page suivante, ça ne va plus du tout… un petit malin (l’auteur !) a barré des mots et des syllabes sur le texte. Et tout d’un coup, « le prince charmant est un ours qui fait des taches noires partout »… Et voilà notre héros téméraire et absolument parfait qui dégringole un peu plus à chaque page de son statut de prince charmant.
En page de gauche, un petit texte qui donne toute sa grandeur au personnage : « il n’est pas un peureux, il pense sauver le monde en pourchassant les dragons sans pleurnicher. Il danse entre les monstres embrasés de flammes et les sataniques sorcières amères. » L’illustration en page de droite le montre d’ailleurs dans cette noble posture. Mais lorsqu’on tourne la page… c’est sous son nouveau (vrai ?) jour qu’il se montre : « il a peur du noir. Le soir il se sauve pour pleurnicher dans les bras de sa mère. » Et sur la page de droite, l’illustration n’est plus si lisse, et le prince devient tour à tour ridiculement petit, la tête à l’envers, la couronne de travers, le nez rouge, ou même carrément en colère. Et nous, lecteurs et lectrices, petit·e·s ou grand·e·s, on rit aux éclats de cette transformation (ou plutôt de cette révélation). Car à la fin, ce que nous disent les auteurs, c’est que le prince charmant est finalement juste comme tout le monde. Le rire naît du décalage entre ce que l’on veut à tout prix faire de la figure du prince charmant, et ce qu’il est peut-être vraiment.
Un album impertinent à souhait qui jette sur la table tous les clichés sur le prince charmant, et qui s’amuse à les démonter. C’est très malin, impressionnant dans le travail avec la langue et les mots, et sacrément gonflé. On adore !
Amimots![]() ![]() d’Alis, Raphaële Enjary et Olivier Philipponneau Albin Michel Jeunesse dans la collection Trapèze 14 €, 160×160 mm, 38 pages, imprimé en Chine, 2019. |
La Face cachée du Prince charmant![]() ![]() Texte de Guillaume Guéraud, illustré par Henri Meunier Le Rouergue 15 €, 170×220 mm, 36 pages, imprimé au Portugal, 2019. |

« Un instant, un seul, lui fait déserter son corps : le temps des livres. Le corps de l’enfant qui lit n’est plus qu’un tas de vêtements qu’il a jetés n’importe où. Le livre est ouvert sur la moquette. Les vêtements glissent du lit ou font les pieds au mur. Il est en train de lire. […] Il n’y a plus personne dans la chambre. L’enfant est très loin de là, dans un corps plus ample, au milieu des vagues, loin de nous. » Timothée de Fombelle, Neverland.


