Aujourd’hui, je vous présente trois super romans pour ados. On commence par une dystopie haletante où magie et politique s’entremêlent, on continue avec une histoire d’amour sur fond de lycée américain, et l’on se remet de nos émotions dans le cabinet d’un psy !
Abi, dix-huit ans et Luke, seize ans, vivent dans une Angleterre alternative où la majeure partie de la population doit donner dix ans de sa vie en esclavage. Seuls les Égaux, une élite dotée de pouvoirs magiques et à la tête du gouvernement, échappent à cette règle. Abi, bien décidée à ne pas passer dix ans dans la ville industrielle où se font normalement les jours d’esclavage, parvient à trouver une place au service d’une des familles les plus puissantes du pays. Accompagnée de ses parents et de sa jeune sœur, elle va découvrir un monde aussi luxueux que dangereux, et aussi fascinant que troublant. Pour son frère Luke, qui a été mystérieusement exilé dans la ville industrielle de Millmoor, les choses sont tout autres : dans un environnement brutal et rongé par la pollution, un travail éreintant l’attend, mais également la perspective d’une société très différente, que certain.e.s sont prêt.e.s à remettre en cause…
Voilà un premier tome très prometteur ! Porté par une écriture solide, Les puissants nous offre une histoire très dense et pleine de suspense qui mêle politique et fantastique avec beaucoup de talent. Si l’on y retrouve les éléments habituels dans les romans du genre (héros adolescents au destin particulier, paysage industriel, méchants faisant partie de l’élite à la tête du pays…), le roman sait faire preuve d’originalité et se distingue à bien des égards par la complexité de ses personnages et de son intrigue. Enfin cette dernière, qui n’est pas sans rappeler la réalité, donne envie de se révolter et de se questionner, ce qui par les temps qui courent n’est certainement pas une mauvaise idée !
Coup de cœur pour ce roman riche et passionnant, dont on attend la suite avec impatience !
Capucine (Puce pour les intimes) a dix-sept ans et vit aux États-Unis depuis qu’elle a trois ans. La jeune Franco-américaine nous raconte son quotidien à travers son blog, qu’elle rédige en français pour un peu plus de confidentialité vis-à-vis de ses ami.e.s américain.e.s. D’article en article et de jour en jour, elle nous fait le récit de sa dernière année au lycée privé très côté qu’elle fréquente dans le Delaware. Rythmée par les cours et la tonne de devoirs qui les accompagne, son travail au fast-food et les longues discussions avec ses amis, sans oublier toutes les traditions qui accompagnent une année de terminale aux États-Unis, la vie de Capucine est bien remplie. Entre impatience et nostalgie face à la fin du lycée qui se profile, les jours de Puce s’écoulent tranquillement, jusqu’à un matin particulier, où arrive la tornade, le cataclysme, le grand chamboulement. Elle s’appelle Aiden, elle a des dreadlocks, un look bien à elle et une passion pour le dessin, et elle va apporter à Capucine toutes les couleurs de l’arc-en-ciel…
Erwan Ji réussit parfaitement à retranscrire le ton de l’adolescence, entre insouciance, questionnements intenses et premiers émois. Difficile de ne pas s’attacher à Puce et à sa personnalité bourrée d’humour et d’intelligence, dont l’écriture survoltée est pleine de bonnes trouvailles. Si le grand intérêt du roman réside dans son adorable héroïne, l’univers dans lequel elle évolue est aussi étonnamment passionnant. On découvre dans le quotidien du lycée tout un petit monde avec ses codes et son ambiance très particulière, rythmé par un ensemble d’évènements tous plus surprenants les uns que les autres. Malgré quelques clichés, que l’on peut peut-être expliquer par le point de vue adopté par le texte, J’ai avalé un arc-en-ciel nous offre un beau roman sur l’adolescence et sur le passage à l’âge adulte, mais aussi une très jolie histoire d’amour. Vous l’aurez sûrement deviné, il s’agit ici d’amour entre personnes du même sexe, à travers lequel sont évoqués les questionnements que cela peut amener à un âge où l’on cherche qui l’on est. Le sujet y est traité avec justesse, légèreté et juste ce qu’il faut de romantisme, et l’on referme ce livre avec une pointe d’émotion, et l’impression d’avoir fait une belle rencontre.
Un joli roman d’amour et d’adolescence aux personnages particulièrement attachants.
Sauveur est de retour ! Nous avions rencontré dans les deux précédents opus ce psychologue à la vie personnelle aussi chargée que son agenda professionnel. On le retrouve une nouvelle fois dans son cabinet d’Orléans, séparé par une simple porte de son domicile. Et ce dernier n’a jamais été aussi plein ! Car sous son toit se côtoient désormais son fils, Lazare, ainsi que Gabin, un adolescent qu’il a pris sous son aile, mais également Jovo, un vieux sans domicile fixe au caractère bien trempé, et selon les jours une petite amie et ses deux enfants… Pas facile de s’y retrouver au milieu de tout ce petit monde, d’autant que côté cabinet, les patient.e.s continuent de défiler : on y retrouve Monsieur Kermartin, qui se croit observé par des caméras, la petite Maïlys, qui se tape la tête contre les murs dans l’espoir d’attirer l’attention de ses parents, ou encore la jeune Ella, harcelée sur les réseaux sociaux pour s’être travestie. De rendez-vous en rendez-vous, Sauveur tente de leur apporter son aide, et dévoile pour cela des trésors d’humour et de perspicacité.
Je vous avais déjà dit ici tout le bien que je pensais des deux précédentes saisons, je ne peux résister à vous présenter la troisième, tout aussi réussie ! On retrouve avec beaucoup de bonheur Sauveur et ceux et celles qui l’entourent. Avec une infinie justesse, Marie-Aude Murail excelle une nouvelle fois à dépeindre, à travers tous ces patients, notre société actuelle : dépendance aux écrans, incapacité à communiquer, harcèlement scolaire… Son roman est à la fois universel (difficile de ne pas se reconnaître dans nombre de ses personnages) et extrêmement actuel. Dans ce tome l’actualité fait d’ailleurs irruption à travers l’évocation des attentats du Bataclan, sur lesquels elle parvient à mettre des mots justes et indispensables. On trouve de tout dans ce roman : de la tendresse, de la douleur, de l’amour et de l’angoisse… Bref, la vie ! Mais la vie selon Marie-Aude Murail : du genre qui se finit toujours sur une pointe d’humour, et avec le cœur un peu plus léger.
Une nouvelle saison pleine de tendresse pour cette série toujours aussi… salvatrice !
Les puissants, Tome 1 : Esclaves![]() de Vic James Nathan 17,95 €, 230×160 mm, 440 pages, imprimé en France, 2017. |
J’ai avalé un arc-en-ciel![]() d’Erwan Ji Nathan 16,95 €, 152×225 mm, 396 pages, imprimé en France, 2017. |
Sauveur et Fils, saison 3![]() de Marie-Aude Murail l’école des loisirs 17 €, 150×220 mm, 320 pages, imprimé en France, 2017. |
Aime les crêpes et les animaux rigolos.

