Aujourd’hui, je vous propose deux albums qui traitent de la question animale avec facétie et subtilité. Le premier, très poétique, est un plaidoyer contre la chasse et questionne la notion de sauvage, tandis que dans le second, les animaux se mettent en grève et refusent désormais d’être utilisés par l’être humain.
Au cœur d’une forêt lointaine vit un lynx. Celui-ci est le maître des lieux. Il protège les autres animaux et veille sur son territoire. Sauf que, tapi dans l’ombre, un chasseur attend. Inlassablement, il traque le lynx. Terrifiés, les autres animaux de la forêt décident de se rendre chez la couturière, une femme vivant à la lisière du bois, pour lui demander de confectionner un manteau pour le lynx. Grâce à cela, le gardien pourra se rendre invisible à son braconnier.
Avec beaucoup de subtilité et de poésie, Mathilde Poncet nous plonge dans un univers à la lisière du fantastique. Et c’est au cœur de cette forêt magique, riche et dense que l’autrice-illustratrice plante son décor et nous conte l’histoire de cette traque. Album polyphonique, La peau du lynx nous fait rentrer littéralement dans « la peau » du lynx, des animaux de la forêt, de la couturière, mais aussi dans celle du chasseur. Conte contemporain car traitant d’un sujet brûlant d’actualité – la chasse-, l’ouvrage se veut toutefois nuancé. Car c’est grâce au concours de la couturière (donc d’un être humain) que les animaux vont pouvoir se soustraire à l’appétit féroce du chasseur. De plus, Mathilde Poncet fait évoluer le personnage du chasseur. Ce géant terrifiant qui surgit des bosquets arme à la main, convaincu du bienfondé de sa mission, se retrouve finalement à aider sa sœur – la couturière – à broder des manteaux pour tous les animaux de la forêt. À la fois drôle et sensible, l’album questionne l’animalité en chacun·e de nous. Car ce chasseur, pourtant digne représentant de l’espèce humaine, n’en demeure pas moins un être brutal, sanguinaire et colérique. Face à lui, le peuple des forêts composé d’oiseaux et de mammifère semble bien plus uni et fraternel. Finalement, un personnage parvient à faire cohabiter ces deux mondes : la femme couturière, un être magique et hybride qui comprend les animaux et parvient à maîtriser la férocité de son frère.
Ça commence comme ça : un matin, alors que Marcelin le boucher mange tranquillement son steak devant la télévision, voilà qu’il apprend que les animaux sont en grève. Ils veulent briser leurs chaînes et dénoncent le système esclavagiste dans lequel ils sont enfermés ! Alors que le village est en ébullition du fait des débats entre êtres humains et animaux, dans les bois, les loup·ves se lèchent les babines, espérant se régaler d’un festin. Heureusement, les animaux et les humain·es arrivent à sceller une alliance… mais peut-être au risque d’opprimer d’autres espèces ?
C’est un formidable album que Nos amies les bêtes. Avec la subtilité et l’humour qu’on lui connaît, Marie Colot nous embarque dans une aventure hilarante où les animaux décident de manifester et de faire une révolution contre l’exploitation à laquelle ils sont soumis. On prend un grand plaisir à contempler les grandes planches colorées qui se dévoilent page après page et où évoluent des animaux revendicatifs et des humain·es un peu dépassé·es. Cette grève est relayée par les médias (mention spéciale pour les Unes de Libération, du Monde ainsi que pour les slogans mordants créés par Françoise Rogier) et prend de l’ampleur. Jusqu’à ce que les animaux et les humain·es décident de faire la paix. Encore une fois, voici un album qui parle d’une actualité certaine : la question du bien-être animal au sein de notre société. C’est avec beaucoup d’intelligence que l’autrice et l’illustratrice prennent le temps de poser le problème : la grève, la colère et la fureur des animaux, aussi légitime soit-elle doit aussi ensuite se sceller par un pacte avec l’espèce qui opprime. L’album se termine d’ailleurs par une jolie pirouette, très subtile, qui fera réfléchir nos jeunes lecteurs et lectrices à la question de l’alimentation : si, un jour, les légumes, les fruits et les céréales venaient à se mettre en grève ?
La peau du lynx ![]() ![]() de Mathilde Poncet Les fourmis rouges 17 €, 225×276 mm, 48 pages, imprimé en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Nos amies les bêtes![]() ![]() Texte de Marie Colot, illustré par Françoise Rogier À pas de loups 16,50 €, 230×300 mm, 40 pages, imprimé en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.



