Dans le premier album, pas de texte. Dans le second, il sera question de la parole.
Une échographie dans une main, iels se prennent dans les bras. Voilà que l’enfant est là et regarde ses parents par la vitre de la nursery de la maternité. Bientôt, c’est dans un lit au milieu de jouets qui jonchent le sol d’une chambre que l’enfant regarde le monde, puis ce sera depuis sa chaise haute. L’enfant s’élance maintenant vers l’adulte qui lui tend les bras et vient l’heure de la première rentrée…
Viceversa est un album sans texte qui raconte la vie d’une famille à travers le regard d’une personne. L’album s’ouvre sur un couple qui va avoir un enfant, puis on verra cet enfant grandir, devenir adulte et avoir à son tour un enfant qui à son tour deviendra adulte. L’album se termine comme il a commencé, par un couple qui s’enlace, reprenant l’image du début. Quand je dis qu’on verra l’enfant grandir, ce n’est pas tout à fait vrai, puisque c’est à travers le regard de l’enfant qu’on découvre les choses. Le seul élément que l’on verra du personnage ce sont les bras tendus vers l’adulte, la nourriture ou, plus tard, un carton de déménagement ou un dessin d’architecture en pleine réalisation. Le temps qui défile nous permet de voir aussi l’évolution du monde, des objets. Si l’on aperçoit un Kiki® et le célèbre téléphone Fisher Price® sur les premières pages, dans la chambre de l’enfant du premier personnage on reconnaîtra des jouets en bois et des affiches très graphiques qui montrent que l’époque a changé dans la chambre du second (enfant du premier personnage, donc). Petit à petit, les écrans font leur apparition, les vêtements changent tout comme le mobilier, etc. C’est un album extrêmement touchant, car on voit la vie à travers les yeux du personnage et à travers cet album sans texte les auteur·rices parlent de bien des choses (la différence entre être parent et être grand-parent, le monde qui change, le temps qui passe…). Le livre est un très bel objet : couverture non vernie (et deux sortes de papiers différents), papier épais qui met en valeur les belles illustrations… C’est vraiment un très bel ouvrage, à tout point de vue.
Il est là depuis longtemps, presque toujours. Il est partout. Partout dans le monde, mais aussi partout autour de nous, y compris ici, sur notre site. On le voit, on l’entend, on le touche. On l’apprend dès la naissance, parfois on l’oublie en vieillissant. Il peut être doux, mais il peut être aussi violent. Il nous rend humain. C’est le langage.
Quand on commence à lire Ce qui nous rend humain on ne comprend pas de qui l’on nous parle, et petit à petit les choses s’éclairent (oui, je vous ai divulgâché la fin, mais c’est difficile de vous parler de l’album sans vous dire de quoi il s’agit). Dans cet album, Victor Dias De Oliveira Santos et Anna Forlati rendent donc hommage au langage. Rappelant que certaines langues évoluent et d’autres disparaissent. Que le langage prends des tas de formes (oral, écrit, avec des caractères comme ceux que nous employons ou avec des formes qui nous semblent plus étranges, ou même en relief comme le braille), qu’il est important et que quand une langue disparaît l’humanité perd quelque chose. Ce qui est tout de même dommage dans ce texte, c’est que les langues et le langage sont deux choses différentes, et ici tout est entremêlé créant parfois une confusion entre les deux, voire des contrevérités. Publié en partenariat avec l’UNESCO (qui ajoute un petit texte à la fin de l’ouvrage), cet album, magnifiquement illustré, parait alors que l’Assemblée générale des Nations unies a proclamé la période 2022-2032 « Décennie internationale des langues autochtones ».
Viceversa![]() ![]() Scénario de Stefania Agostini et Luca Mostarda (AMArchitecture), illustré par Catherine Cordasco Matita 19 €, 205×265 mm, 52 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Ce qui nous rend humain![]() ![]() Texte de Victor Dias De Oliveira Santos (traduit du portugais par Marie-Andrée Dufresne), illustré par Anna Forlati Les 400 coups, dans la collection Carré Blanc 14,50 €, 228×288 mm, 40 pages, imprimé au Canada chez un imprimeur éco-responsable, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !




