Aujourd’hui, je vous propose une petite sélection de beaux albums. Il sera question de création, d’enfant né dans une pêche, de père absent, de solidarité familiale et d’un pantin de bois.
Un maître et son disciple vivaient ensemble, dans une modeste maison sur le flanc d’une montagne. Depuis vingt ans, Otonashi passait ses journées à peindre la montagne bleue pendant que son disciple le regardait en silence. Ses peintures étaient célèbres et l’on venait de loin pour les voir. Mirzu, le disciple, avait eu le temps d’observer son maître auprès de qui il vivait depuis ses cinq ans, il peignait aussi, mais ne montrait à personne ses œuvres. Mais les yeux du vieil homme fatiguaient…
C’est une magnifique histoire sur la transmission que nous propose Isabelle Wlodarczyk, vous l’aurez sans doute compris, le disciple succédera bientôt au maître, ce sont ses toiles qui seront admirées. On y parle du partage, de la succession, de ce que nous laissent nos aîné.e.s, de l’art. L’auteure s’est inspirée des peintures japonaises médiévales pour créer ce très beau conte qu’on croirait directement venu du Japon.
Un très bel album sur la transmission.
Un jour, une femme sans enfant trouva une énorme pêche, dans la rivière. Elle s’empressa de rejoindre son mari pour la partager avec lui, mais alors qu’ils allaient la couper elle s’ouvrit en deux et un minuscule enfant en sortit. Ils l’appelèrent Momotaro (« enfant de la pêche » en japonais). Très vite, l’enfant grandit et sa force était si extraordinaire qu’au palais on lui confia une mission : combattre les démons qui régnaient sur l’île d’Onigashima et rapporter leur trésor. Sur le chemin, il rencontra un chien, un singe et un faisan qui devinrent ses amis grâce à sa générosité. Et c’est bien connu, l’union fait la force…
Même si j’avoue avoir eu du mal avec l’écriture (le texte est entièrement au présent et à la première personne), l’histoire de La légende de Momotaro et surtout ses illustrations sont superbes. Paul Echegoyen a fait un très beau travail sur les dessins de cet album (on trouve d’ailleurs quatre pages sur les étapes de ses illustrations en fin d’album). On parle donc ici d’amitié, de partage, de solidarité… mais on parle surtout de vivre en communion avec la nature et les animaux.
Un magnifique album avec de très belles illustrations.
Toc toc toc, c’est un bruit qui lui est familier, c’est son père qui frappe à sa porte. Et tous les matins, l’enfant joue le même scénario, il fait semblant de dormir avant de se jeter dans les bras de son père pour lui crier « bonjour, papa ! » et son père lui répond qu’il l’aime. Mais un matin, ce petit jeu s’arrête, son père ne vient plus, il n’est plus là pour l’aider pour les devoirs. Mais où est passé ce père qui avait tant encore à apprendre à son fils ? C’est une lettre qui lui donnera la réponse, une lettre de celui qu’il ne voit plus.
C’est un magnifique album que nous proposent les éditions Little Urban, un album qu’il est difficile de lire sans être profondément touché, sans avoir les poils des bras qui se dressent et le coin de l’œil humide. On parle ici d’un père incarcéré, mais au-delà de ça on parle de la relation forte entre un père et son enfant et de l’absence. Les illustrations, mélange d’aquarelle et de collage, sont absolument superbes. Au fur et à mesure de l’ouvrage, l’enfant devient un homme, et même père à son tour.
Un album plein d’émotion pour évoquer la relation père-enfant et l’absence.
Chez Félicien, il y a des photos, des images d’une famille qu’il ne connaît pas. Ses grands-parents, ses oncles et ses tantes. Avec ses parents ils formaient un grand orchestre, mais l’orchestre n’existe plus, Félicien n’en connaît pas la raison. Dès qu’il demande pourquoi il ne voit plus sa famille, la réponse est toujours que ça ne le regarde pas. Mais un jour, la mère de Félicien reçoit un courrier et après avoir fait un bout de chemin il rencontre enfin ceux qui étaient sur les photos ? L’un d’eux a besoin d’aide et la famille, c’est fait pour ça, non ?
Ce qui frappe d’emblée dans le grand album Félicien et son orchestre c’est la beauté des illustrations. Elles sont d’ailleurs particulièrement bien mises en valeur grâce à la taille de l’album et au fait que certaines planches occupent des doubles pages sans texte (et un poster est même offert). On pense à des dessins animés, à des story bord, il se dégage une vraie ambiance dans les dessins d’Étienne Friess si bien qu’on a l’impression
d’entendre la musique, il y a plein de vie dans ces planches. Les éditions Margot ont même fait un beau travail au niveau de la maquette, le papier semble froissé par endroits. L’histoire est belle également, on parle ici de solidarité et bien sûr de musique.
Coup de cœur pour ce grand et magnifique album dont les illustrations sont superbes.
Et puisqu’on parle de beaux livres et de belles histoires, un des plus beaux classiques est ressorti il y a peu dans une magnifique version : Pinocchio. Le pantin de bois insupportable qui veut devenir un petit garçon, mais qui va rencontrer sur sa route des tas d’ennuis est ici mis en image par un grand illustrateur italien, Roberto Innocenti. Ces planches sont somptueuses, je vous invite à découvrir des extraits ici. Pinocchio est une immense aventure, une histoire pleine de rebondissements, que j’avais lue à ma fille, chapitre par chapitre, quand elle avait 7 ans (et qu’elle avait adoré). C’est très loin d’être lisse comme la version qu’en a faite Disney (en même temps, forcément, Disney…), c’est parfois cruel, le personnage est une véritable tête à claques. Même si c’est par moment un peu trop moral, mais ça reste une des plus belles histoires de la littérature jeunesse. Ce grand album est une réédition d’un ouvrage de 1985, il est destiné aux enfants à partir de 10 ans (d’après l’éditeur).
Les yeux d’Otonashi![]() ![]() Texte d’Isabelle Wlodarczyk, illustré par Sacha Poliakova Didier Jeunesse 14,20 €, 247×312 mm, 40 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2016. |
La légende de Momotaro![]() ![]() Texte de Margot Remy-Verdier, illustré par Paul Echegoyen Marmaille & Compagnie 15 €, 247x327mm, 44 pages, imprimé en Union Européenne chez un imprimeur éco-responsable, 2016. |
Toc Toc Toc. Papa, où es-tu ?![]() ![]() Texte de Daniel Beaty (traduit par Véronique Mercier-Gallay), illustré par Bryan Collier Little Urban 10,50 €, 225×290 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2016. |
Félicien et son orchestre![]() ![]() Texte de Sébastien Pérez, illustré par Étienne Friess Éditions Margot 19,90 €, 250×365 mm, 44 pages, imprimé en France, 2015. |
Les aventures de Pinocchio![]() ![]() Texte de Carlo Collodi (traduit par Nathalie Castagné), illustré par Roberto Innocenti Gallimard Jeunesse 25,40 €, 214×288 mm, 192 pages, imprimé en Chine, 2015. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !




Merci beaucoup pour cette lecture des Yeux d’Otonashi! Et belle journée!