Quel enfant ne s’est jamais senti, à un moment ou un autre, ignoré, oublié, abandonné ? Comment faire avec le regard des autres ? Aujourd’hui, deux albums qui nous parlent de la timidité pour mieux nous faire découvrir que l’on peut réussir à l’apprivoiser.
Camille, le jour d’école qu’elle préfère, c’est celui de la photo de classe. Et ce qu’elle souhaiterait le plus au monde, c’est de ne plus être en bas à droite, mais au beau milieu, l’ardoise à la main. Le jour où la maîtresse a annoncé que ce jour-là serait le lendemain, Nestor a fabriqué une trompette en papier pour sonner le clairon. Toute la classe lui a emboîté le pas. Mais pas Camille. Elle, elle n’a pas osé. Parce qu’elle est timide. Camille aimerait bien être punie, elle aimerait être le gendarme, ou même le voleur, elle aimerait babiller avec les autres sur les coiffures de telle ou telle. Mais personne ne l’entend, personne ne la voir ni ne la remarque. Elle a l’impression de n’être personne. Alors lorsqu’elle voit le portail de l’école entrouvert, elle décide de prendre la poudre d’escampette. Après tout, qui le remarquera ?
Camille, c’est la discrétion incarnée. C’est simple, elle est transparente. Et c’est ainsi qu’elle est représentée. À peine une silhouette qu’on distingue avec difficulté. Il lui faudra disparaître vraiment pour prendre conscience de son existence, et de son importance aux yeux des autres. C’est avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse qu’est abordée ici la souffrance que peut générer la timidité. Les illustrations, très douces, sont magnifiques, dans des couleurs sépia, et transcrivent avec beaucoup de justesse ce sentiment d’invisibilité. Qui mieux qu’un caméléon pouvait incarner l’invisible Camille ?
Un très bel album, délicat et émouvant.
Ici, c’est une petite fille qui nous raconte son histoire. Elle veut dire sa timidité. Elle se demande d’où celle-ci peut bien venir, si elle est née comme cela ou bien si elle l’est devenue. Et pourquoi. Elle, pourtant, elle admire ces grandes personnes qui parlent fort et qui chantent à tue-tête. Elle n’est pas ainsi, sa voix est toute fluette et on l’entend à peine. Elle a honte d’elle. Elle a peur aussi. Du regard des autres, de leur jugement. Mais elle essaye de toutes ses forces de surmonter ce sentiment. Elle a mis au point des stratagèmes : jouer de la musique, s’ouvrir aux autres, leur parler et les écouter surtout. C’est comme cela qu’un jour elle comprend que cette timidité fait partie d’elle et qu’elle n’a pas à la cacher ou à la vaincre, mais peut-être, tout simplement, à l’accepter et à apprendre à vivre avec.
À travers ce récit introspectif à la première personne, Élodie Perrotin nous livre un très beau texte sur le chemin vers l’acceptation de soi. Ici aussi, c’est à travers le regard que les autres portent sur elle que la narratrice apprend à domestiquer sa timidité, en l’acceptant et en en faisant une force. Les illustrations au trait, épurées, mettent en valeur et enrichissent le texte, tout en le dédramatisant.
Un magnifique récit en forme de témoignage pour se réconcilier avec soi-même. À lire aux petits comme aux grands.
Camille est timide![]() Texte de Baum, illustré par Dedieu Seuil jeunesse 12,90 €, 190×270 mm, 40 pages, imprimé en France, 2015. |
Timide![]() ![]() d’Élodie Perrotin La Palissade 13,50 €, 230×175 mm, 32 pages, imprimé en France, 2016. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !


