Aujourd’hui, je vous propose deux BD pour voir la mythologie et ses héros autrement.
Alcibiade est encore un jeune garçon lorsqu’il part de chez lui, à l’Est, pour trouver le Grand Sage. Il veut connaître son destin. Mais la route est dangereuse, et il doit passer par Valleraugue pour y rencontrer un forgeron qui lui donnera une armure. Mais la route est longue et traverse un désert. Heureusement qu’en chemin, il rencontre Assatour le vautour qu’il réussit à détourner de sa première idée, le manger et qui le prendra sur son dos pour voler jusqu’à sa destination. À Valleraugue, Alcibiade trouve Akim le forgeron qui lui vend une armure magique, une armure qui grandit avec son porteur. Le voilà le paré, mais il n’est pas au bout de ses peines. Il lui faudra encore affronter le colosse des montagnes de Lapages, un Minotaure gardien d’un labyrinthe de glace, et partir à l’assaut de la cité céleste. Ce n’est qu’après toutes ces épreuves qu’il pourra rencontrer le Grand Sage, qui lui révélera le secret du destin de chacun.
Récit initiatique, Alcibiade entremêle avec bonheur mythologies, Bible, Odyssée et contes moyenâgeux. L’histoire est des plus classiques, brodant sur le thème de la quête, avec son lot d’épreuves à surmonter, mais Rémi Farnos y introduit une dimension temporelle en faisant vieillir son héros au fil du temps. À ce brassage des genres répond une forme très travaillée, à la fois BD et puzzle. Les cases sont très petites, certaines se suivent répondant à la chronologie de l’histoire, d’autres forment une seule image qui occupent toute la page. Chaque case fourmille de détails mais fait aussi partie d’un ensemble plus vaste, ce qui nous oblige à adapter notre regard. Le sens même de la lecture (de gauche à droite) est bouleversé puisque c’est le chemin d’Alcibiade que l’on suit à travers à page. Au prime abord un peu déstabilisant, cet album presque expérimental est une vraie réussite !
Une magnifique BD dans laquelle s’égarer pour mieux trouver son chemin !
Le dieu Râ a bien du mal avec ses enfants. Il a beau essayer de les occuper, ils n’en ratent pas une ! Leur dernière trouvaille ? Nout et Geb ont décidé de se marier en secret. Râ est décidé à remettre bon ordre dans sa famille. Trop tard, Nout est déjà enceinte, et pour couronner le tout, de quadruplés ! Nout, la déesse du ciel, est bannie de la terre, tandis que Geb, dieu de la terre, est condamné à ne jamais la quitter. Ainsi, la Terre et le Ciel sont à tout jamais séparés, 360 jours par an car une année ne comptait alors que 360 jours. Shou, le dieu de l’air, est chargé de veiller à ce que la volonté de Râ soit respectée. Nout ne supporte pas la séparation, et pleure sans discontinuer. Que faire ? Quand on est un dieu, on ne s’embarrasse pas de petits détails. Après une âpre négociation avec la lune, Nout parvient à lui faire créer cinq jours supplémentaires par an, le temps d’accoucher. Ainsi naquirent Osiris, Seth, Isis et Nephtys. Et c’est ainsi que le panthéon égyptien s’agrandit. Râ n’était pas sorti de l’auberge, non seulement il doit continuer à vaincre Apopis, le dieu de la destruction, tous les jours, mais il doit aussi gérer ces quatre nouveaux enfants, dont le pire qu’il soit, Seth, dieu du mal.
4 scarabées dans le vent est le deuxième tome de la série de Matthieu Roda Râ et Cie qui revisite la mythologie égyptienne, avec une sacrée dose d’humour. Le texte déborde de jeux de mots, d’allusions culturelles et de blagues, c’est donc une BD qui peut se lire à différents niveaux. Le dessin est franc, et haut en couleur ; et bien sûr les personnages sont tous dessinés de profil, s’inspirant largement des bas-reliefs égyptiens. C’est drôle, plein d’énergie, et tout à fait trépidant, tout en restant très proche des mythes originels.
Un album qui nous fait revisiter tambour battant la mythologie égyptienne.
Alcibiade![]() ![]() de Rémi Farnos La joie de lire 10 €, 250×190 mm, 38 pages, imprimé en Chine, 2016. |
Râ et Cie, tome 2 : 4 scarabées dans le vent![]() de Matthieu Roda Sarbacane 12,50 €, 290×210 mm, 48 pages, imprimé en France, 2016. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !


