Aujourd’hui, je vous présente des livres qui racontent à leur manière les complexités et les contradictions de nos réalités : le monde hanté par le virus et la métamorphose de Wilder Girls et celui, envoûtant et amer, de Malamour.
Six mois que la Tox a commencé. Six mois que Reese, Hetty et Byatt sont confinées dans leur pensionnat de l’île de Raxter avec les autres adolescentes de cette école pour jeunes filles. Déformées par la maladie quand celle-ci ne les tue pas. On leur a dit d’attendre, que l’aide viendrait, un vaccin, des médecin⋅es, des ressources. Elles attendent. Elles survivent. Elles survivent… pour combien de temps, encore ?
Wilder Girls se dévore. J’ai adoré ce livre, ces personnages, leur histoire. Roman sombre et prenant, il vous emmènera au cœur d’une île envoûtée par la Tox et le brouillard, où tout est difforme et vorace, où des monstres crèvent la surface de la terre et de l’eau comme des peaux, celles des humaines qui se métamorphosent derrière le grillage du pensionnat. Une ambiance fantastique et terriblement réaliste nous entraîne dans le sillage des trois amies, dans leur course à la vie. À ce stade, on a dépassé le bien et le mal, on est ailleurs, au-delà, on survit, on aime, on tue, on meurt, et surtout, on survit (encore). Le temps qu’il reste. Le temps qu’on peut. Quand une des trois amies disparaît, avalée par la nuit, se met en place une dynamique infernale qui pourrait bien vous briser dans ses crocs. Wilder Girls se dévore et vous ne l’oublierez pas de sitôt.
Que s’est-il passé à la soirée de Tolède ? Pourquoi l’image Olivier ne cesse de repasser devant ses yeux, ensanglanté, blessé ? Oscar, suite à un *quelque chose* qui s’est passé à cette soirée, est envoyé passer l’été chez sa tante, à la campagne. Là-bas, il espère que son œil au beurre noir n’attira pas l’attention. C’est sans compter sur ses jeunes voisin⋅es, qui l’abordent rapidement, et viennent fouiller son histoire… d’Olivier ou d’Oscar, qui ment ?
À mi-chemin entre l’amour et la haine, le garçon doit recomposer avec lui-même et ce qu’on lui a fait… ou ce qui lui a fait. Un été pour se remettre d’une soirée, mais aussi pour envisager des potentialités futures… Les personnages, celui d’Oscar, de sa tante, de ses voisines, forment un petit cosmos travaillé et incarné qu’on n’a pas envie de quitter. À la fois perturbant, grâce à une mise en page particulière et pertinente — on a parfois des suites de mots étalées sur la double-page, dont on ne peut pas s’échapper, de la même manière qu’Oscar le narrateur est piégé dans ses pensées — et doux-amer, Malamour raconte le mal d’aimer, le mal-amour, et parle, aussi, un peu (beaucoup), d’homosexualité — et de se retravailler pour moins se détester.
Wilder Girls![]() de Rory Power (traduit de l’anglais par Frédérique Le Boucher) Robert Laffont, dans la collection R 17.90 €, 135×215 mm, 443 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Malamour![]() de Rémi Giordano Thierry Magnier 13,90 €, 141×220 mm, 240 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »

