En cet hiver glacial, deux albums splendides qui font la part belle à la magie. Dans le premier, vous rencontrerez un sorcier terrifiant qui déteste les femmes, tandis que le second vous propose de découvrir un mystérieux magicien doux et clément.
Il était une fois, dans un pays de froid et de glace, une forêt profonde qui abritait une chaumière où vivaient un vieil homme et ses trois filles. Une nuit, un étrange visiteur s’y présenta et ensorcela l’aînée. Ce maléfique sorcier en fit sa femme et l’emmena chez lui, dans un somptueux château, l’enfermant dans une prison dorée. Un jour, il partit en voyage et lui confia un trousseau de clefs ainsi qu’un œuf immaculé. La consigne était claire : elle ne devait ni ouvrir une petite porte ni salir l’œuf. Trop curieuse, la jeune fille rompit le serment et fut tuée. Idem pour sa cadette qui subit le même sort. La benjamine brisera-t-elle le maléfice ?
Merveilleuse réécriture de Barbe-Bleue, L’oiseau-merveille et le maître sorcier se dévore. Marie Diaz développe ici tout son talent de conteuse en nous plongeant dans une ambiance des plus gothiques. Tout y est : la forêt inquiétante, le sorcier maléfique, les jeunes filles naïves jusqu’à l’arrivée de la dernière, qui, elle seule, pourra conjurer le sort. Si l’atmosphère est particulièrement bien réussie, l’écriture de l’autrice, ciselée et imagée, se prête particulièrement à une lecture à voix haute. L’album est superbement mis en valeur par les illustrations de Seng Soun Ratanavanh. Son utilisation de l’encre et du crayon (plus sombre que d’habitude) nous transporte dans un univers effrayant et onirique où les jeunes filles d’apparence fragile se révèlent redoutables et mettent fin à la cruauté des hommes.
Dans une montagne isolée vit un sorcier que certain·es disent redoutable : Krakonoche. Tellement redoutable que les habitant·es des villages alentour ne l’ont jamais vu. Dans cette même montagne vivent Milena et sa grand-mère. Pour survivre, les deux femmes tissent et brodent des foulards qu’elles vendent au marché. À la veille de Noël, la petite fille part vendre ses carrés de tissu, mais, à cause de la neige, elle arrive trop tard et est contrainte de repartir. Elle croise la route d’un étrange vieillard et l’invite à venir fêter Noël dans sa chaumière.
Krakonoche est un conte de Noël d’inspiration tchèque. Si dans les légendes populaires Krakonoche est un sorcier terrifiant, ici, Claude Clément prend le parti d’en faire un homme doux et bon — à condition que l’on se montre hospitalier·e et généreux·se à son égard. C’est bien là la conclusion de ce bel album qui fait de la solidarité et de l’accueil des valeurs primordiales. Car, vous l’aurez compris, le vieil homme que la petite Milena croise sur son chemin n’est autre que cet étrange magicien qui ne se montre que rarement. En lui proposant de se joindre à elle pour fêter Noël, Milena ne sait pas encore qu’elle se prépare à passer une fête inoubliable. Tout le conte est empreint de bienveillance : les personnages sont doux, chaleureux, et la montagne enneigée apparaît comme un havre de paix. Les illustrations de Magali Dulain participent à cette ambiance chaleureuse. Réalisées à l’aquarelle et aux crayons de couleur, elles dépeignent un univers rassurant, tout en rondeur et en couleur.
L’oiseau-merveille et le maître sorcier ![]() ![]() Texte de Marie Diaz, illustré par Seng Soun Ratanavanh La Martinière Jeunesse 14,90 €, 177×232 mm, 64 pages, imprimé en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Krakonoche![]() ![]() Texte de Claude Clément, illustré par Magali Dulain Les éditions des éléphants 15 €, 225×292 mm, 32 pages, imprimé en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.




