Aujourd’hui, place au voyage ! On ira d’abord à Sabor, le pays torturé de Merciful Crows, puis on fera un arrêt par la savane africaine, la banquise arctique et les plaines américaines avec Le livre extraordinaire des animaux en danger.
Fie est une Corbeau. Avec son clan, sa famille, elle sillonne les routes de Sabor en guettant les fumées noires qui annoncent la peste. Fie, comme son père, est une sorcière ; elle est destinée à devenir cheffe. C’est elle qui devra trancher les gorges des mourant⋅es quand son père lui passera le flambeau, elle qui devra les brûler, elle qui devra calmer ses camarades quand ils et elles se font insulter, cracher dessus, par les villageois⋅es qui les ont appelé⋅es. Fie ne veut pas de cette vie-là, dans la peur. Alors, lorsque son clan est appelé au palais royal de Sabor pour en extraire les corps du prince héritier et de son garde du corps, et que ceux-ci se révèlent bien vivants et en danger de mort, son père et elle prêtent serment. Donnant-donnant.
Un serment qu’elle tiendra coûte que coûte, malgré les trahisons, les complots, les batailles.
Ce premier tome se dévore littéralement. L’écriture est entraînante, les images qu’elle convoque dans notre esprit sont aussi brutales que délicates. Fie est un personnage au caractère fort ; comme les autres personnages, elle est incarnée, attachante. L’intrigue, pleine de rebondissements, nous tient en haleine, mais c’est surtout les personnages et l’univers dans lequel ils et elles évoluent qui valent le coup. Celui-ci est incroyablement réaliste, tout en comportant une part importante de magie et de folie. La présence de sorcier⋅ères n’est pas un obstacle au côté réaliste, palpable, du monde de Sabor, au contraire : ce livre nous les rend plus réel⋅les que jamais. C’est rare, et c’est génial. La bande de Fie, sa famille de Corbeaux charitables, a ses failles, ses problèmes, les « gentil⋅les » ne sont pas parfait⋅es. Jamais de manichéisme, personne n’est totalement clair, pas même l’héroïne. Ce premier tome de Merciful Crows (Les Corbeaux de la charité en anglais) emporte, loin, longtemps, dans un monde où les dents peuvent chanter et où les gens peuvent mourir. À lire sous n’importe quelle latitude, n’importe quelle météo ; dès les premières lignes, ce qui nous entoure n’existe plus.
Vous voulez savoir l’essentiel sur l’hippopotame ? Connaître la taille de la baleine bleue comparée à celle de l’être humain moyen ? Et, surtout, vous vous demandez comment faire pour protéger les animaux mis en péril par les activités humaines ? Des informations choisies sur chaque espèce, elle-même soigneusement sélectionnée pour son charme ou la fascination qu’elle inspire, une fiche descriptive et des illustrations qui ressemblent à des photos : avec cet imagier d’un genre nouveau, cet étrange crustacé qu’est le nautile n’aura plus de secrets pour vous !
Le livre extraordinaire des animaux en danger est à la fois un voyage et une immersion. Chaque nouvelle page tournée frappe d’abord par la taille et la beauté de l’illustration, qui plonge tout de suite le lecteur et la lectrice dans l’univers de l’animal, puis on s’amuse à lire les anecdotes, mélangées aux informations, qui nous en apprennent plus sur les animaux que l’on tue. Qui voudrait que disparaisse l’élégant monarque, la sublime baleine bleue, l’impressionnant thon rouge ? Après avoir lu cet album, nous n’avons tous⋅tes qu’une envie : qu’ils et elles restent en vie, encore longtemps, le plus longtemps possible. On dit souvent que l’ignorance est le pire des maux, que c’est elle qui nous pousse à nous délecter de poisson sans imaginer que la mer meurt, que c’est elle qui nous pousse à empiéter toujours plus sur l’espace terrestre et maritime, sans considération pour ceux et celles qui étaient là avant, comme si l’esprit colonisateur devait maintenant s’appliquer s’appliquer aux autres espèces animales. Grâce à cet imagier à la fois magnifique et très complet, on apprend, on chasse l’ignorance, on rêve à ces grands espaces et à ces grands animaux mystérieux, et soudain on a plus envie de voir nager le thon rouge (jusqu’à 72 km/h !) que de le manger.
Merciful Crows – T.1 – La voleuse d’os![]() de Margaret Owen (traduit de l’anglais par Cécile Chartres) PKJ 19,90€, 142×226 mm, 448 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le livre extraordinaire des animaux en danger![]() ![]() Texte de Geneviève Morgan (traduit de l’anglais par Emmanuel Gros), illustré par Val Walerczuk Little Urban 23€, 278×380 mm, 80 pages, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »



