Les deux albums du jour parlent de sujets graves, le premier de la Seconde Guerre mondiale, le second du génocide des arménien·nes.
Un vieil homme regarde par la fenêtre, il se souvient. Il se souvient de Traudi qui était arrivée avec une valise en carton à la main, dans un habit de mauvaise qualité. Il se souvient de la guerre dans son pays, la Hollande. Il se souvient des Allemands qui avaient occupé une partie de sa maison alors qu’il avait 11 ans. Il se souvient des vélos réquisitionnés, du manque de chaussures, des radios confisquées… Il se souvient des bombardements et de cet Allemand qui pleurait en regardant une photo de ses enfants. Et il se souvient d’elle, qui était arrivée juste après, petite fille venant d’Allemagne, Traudi.
Chère Traudi est une longue lettre qu’un vieil homme écrit à celle qui est arrivée un jour chez lui, frêle et fragile, rescapée de la guerre. Une lettre comme écrite à la main, magnifiquement illustrée. Ici, on parle donc de la guerre, vue par un enfant. Un enfant qui se rend compte que les choses ne sont pas aussi simples que « les gentils d’un côté et les méchants de l’autre ». Ici, il est dit beaucoup de choses, parfois rudes, mais toujours sans aucune lourdeur, sans que ça soit totalement plombant. L’album est basé sur une histoire vraie, celle d’un homme qui a raconté son histoire dans les écoles et qui a fini par retrouver l’enfant qui était venue chez lui (une lettre de la croix rouge en fin d’ouvrage en témoigne). Un album fort et marquant.
Parce qu’il avait de nombreuses chutes de tissu, un tailleur avait fabriqué une poupée. Son habit fait de volants de chemise, dentelles de chemisier et de reste de laine de manteau était magnifique. Il avait parié qu’elle ne resterait pas une semaine dans la vitrine avant d’être vendue… ce fut le cas dès le lendemain ! Il fallait lui donner un nom, il avait calligraphié sur son dos, Mayranouche. La famille de l’enfant qui l’avait adoptée avait dû fuir, la poupée fut oubliée et fit bientôt le bonheur d’une autre famille qui fuyait elle aussi. Mais il y avait deux petites filles et chacune voulait la poupée, elle fut donc coupée en deux.
Difficile de résumer Mayranouche tant cette histoire est dense… Mais à travers le destin d’une poupée, on découvre l’exil des Arménien·nes et, dans la préface, le génocide dont ils et elles ont été victimes. Ici, les choses sont tout juste évoquées, on comprend que les gens doivent fuir, on voit qu’ils sont entassés dans des wagons à bestiaux (le génocide n’est expliqué que dans la préface comme je le disais), c’est surtout le destin incroyable d’une poupée qui nous est raconté. Mais cette histoire permettra d’évoquer (ou de raconter) aux enfants les peuples persécutés en général et la persécution des Arménien·nes en particulier. Dans cet album au petit format, Jean Villemin illustre très joliment son texte avec illustrations très particulières.
Chère Traudi![]() ![]() d’Anne Villeneuve Les 400 coups, dans la collection Carré Blanc 15 €, 220×284 mm, 50 pages, imprimé au Canada, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Mayranouche![]() ![]() de Jean Villemin Petra 16 €, 170×130 mm, 56 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !



