Aujourd’hui on suit des enfants qui se posent des questions métaphysiques, philosophiques, et parfois très pragmatiques grâce à deux magnifiques albums Moi, mon ombre d’Evelyne Mary et Sébastien Joanniez et Peut-on tout dire aux chats ? de Katrin Stangl… Bonne lecture !
Un petit garçon se réveille doucement et commence sa journée par un rituel très bien rodé : le « lever d’ombres ». Dans toutes ses activités quotidiennes, son ombre est là, à ses côtés. Elle le suit dans la douche, sur le chemin de l’école. Mais parfois elle s’échappe… sans aucune raison…
Moi mon ombre est un album formidable, poétique et métaphorique. On suit les questionnements d’un petit garçon face à cette ombre qui l’accompagne toute la journée, disparaît mystérieusement avant de revenir sans explications… « Est-ce que mon ombre sait qu’elle a un moi ? » s’interroge notre héros. « Quand je suis seul avec mon ombre, est-ce que je suis seul » ? Autant de questions que se posent les plus jeunes… L’album est construit selon une succession de situations (le réveil, la douche, le chemin de l’école…) où l’on voit évoluer ce drôle de couple (le héros et son ombre). Les illustrations, de splendides linogravures, d’Evelyne Mary nous plongent dans un univers onirique. On quitte le quotidien pour entrer au cœur de l’imaginaire et des rêveries du jeune garçon au fur et à mesure de sa quête de savoir. Tout sonne juste dans cet album : le texte, bref et ciselé qui traduit bien les réflexions d’un jeune enfant sur le monde qui l’entoure et sur cette drôle de chose qui le suit de manière permanente : peut-on considérer l’ombre comme un « moi » à part entière, comme une vraie personne, a-t-elle une véritable identité ? Moi, mon ombre est une première initiation à la philosophie pour enfants… et ça marche !
Un album poétique et fort sur les premières interrogations philosophiques des enfants !
Quand est-ce que ça cligne des yeux, une poupée ? Et est-ce que le rouge a meilleur goût que le bleu ? Est-ce que lorsqu’on est tout nu on danse mieux ? Les ours en peluche doivent-ils se laver tous les jours ? Et surtout… Peut-on tout dire aux chats ?
Avec Peut-on tout dire aux chats Katrin Stangl nous propose un album hilarant et très réaliste ! À chaque page on découvre des enfants en train de se poser des questions E-X-I-S-T-E-N-T-I-E-L-L-E-S. Au choix : à deux sur les toilettes, ça ne fait pas trop ? Dormir avec des bottes en caoutchouc, c’est bien ? Les illustrations sont très drôles et mettent en scène les enfants dans ces situations plus ou moins catastrophiques (au risque d’en décevoir certains : le rouge n’a pas meilleur goût que le bleu…). Les questions s’enchaînent et se succèdent, les situations burlesques et cocasses également. L’album est vif, coloré et rythmé.
On se prend au jeu de ces questionnements loufoques (qui rappelleront des souvenirs aux « grands enfants » et donneront peut-être des idées aux plus jeunes…). Peut-on tout dire aux chats nous décrit les premières interrogations sur le monde qui nous entoure, les premières expériences plus ou moins risquées… Mais l’album n’est pas seulement drôle, il est aussi sensible et poétique et interroge l’imaginaire des plus jeunes et leur vision du monde. En le refermant, on serait prêt·e à regoûter du rouge… Juste pour être sûr !
Un très joli album drôle et surprenant !
Moi, mon ombre![]() ![]() Texte de Sébastien Joanniez, illustré par Evelyne Mary L’étagère du bas 16 €, 180×280 mm, 56 pages, imprimé en France, 2019. |
Peut-on tout dire aux chats ?![]() ![]() de Katrin Strangl Albin Michel Jeunesse 14,50 €, 210×277 mm, 32 pages, imprimé en France, 2019. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


