Aujourd’hui, nous tournerons les pages de deux albums d’une douceur infinie qui oscillent entre nostalgie et petits instants précieux de l’enfance.
Avant la sortie du four d’un gâteau qui fait pétiller palais et papilles, le chemin parcouru jusqu’au ravissement gustatif est souvent oublié au profit de l’instant gourmand.
L’héroïne de cet album prend avant l’heure tant attendue du goûter, une bouffée de nature et court à travers bois et champs en compagnie de son chien fou de joie à l’idée de partager cet instant bucolique. Panier à la main, elle se lance cheveux au vent en foulant les herbes hautes et en laissant le soleil effleurer ses joues rosées. Cette balade est alors l’occasion de laisser s’échapper la voix enthousiaste et comblée d’un narrateur reconnaissant et plein de gratitude envers une nature flamboyante, terre nourricière par excellence.
À travers l’écho d’un merci anaphorique, l’on se réjouit de ce que la nature abrite avec soin, de ce qu’elle prend le temps de laisser pousser, croître, fructifier. On prend le temps d’apprécier ce qu’elle offre à l’homme et de ce qu’il en fait.
Ici, la vision tranche avec les romans qui alertent ou dénoncent ce que l’être humain fait de la planète. Il règne ici une harmonie et un équilibre vers lequel il serait bon de tendre. Cette sérénité et cette délicatesse sont portées par le trait rond des crayons de couleur et des pastels de la talentueuse Geneviève Godbout qui portent en eux toute la beauté de cet album. Face à l’extrême concision du texte de Dawn Casey, le vrai coup d’éclat est incontestablement graphique. Lumineux, absolument délicat et d’une infinie douceur. Et l’on ne résistera pas à l’envie de jouer les apprentis cuisiniers en préparant la recette du gâteau livrée à la fin de l’histoire. (Et si vous testez, on veut les photos à défaut de pouvoir goûter !)
Une lecture comme une délicieuse madeleine de Proust.
Nous pourrions les nommer. Dresser des listes, cumuler les instants. Nous pourrions faire des colonnes de ce qui plait, de ce qui blesse, de ce qui égratigne, de ce qui grandit. Béatrice Alemagna en a fait des doubles pages entre lesquelles un calque s’est glissé. Entre la page de gauche et celle de droite, quelque chose aura changé, disparu. Quelques poux qui démangent les crânes chevelus, le sommeil qui nous quitte au petit matin, les petites bulles de savon qui éclatent, la fumée qui danse au-dessus d’une tasse de thé trop chaud…
Derrière ces petits riens consignés, des gestes anodins, des moments singuliers, des douleurs à dompter. Une fois la page tournée, les choses qui s’en vont offrent la possibilité d’aimer les après ou de regretter les avant. Si le ton se veut parfois léger, certaines pages nouent la gorge, griffent, et rappellent combien il peut être bon de profiter sans attendre de ce qui un jour, inévitablement, nous échappera. Et si les émotions nous gagent au fil des pages, elles nous disent également que ce qui s’éloigne ou disparaît, peut aussi trouver durablement une place au creux de nous. Poétiques à souhait, les images et les mots valsent harmonieusement sous notre regard attendri pour réveiller nos souvenirs et nos émotions enfouies. Un bijou de tendresse qui encourage à profiter aussi des choses ou des gens qui restent.
Un album doux comme du coton.
Gâteau aux pommes![]() Texte de Down Cosey (traduit de l’anglais par Séraphine Menu), illustré par Geneviève Godbout La Pastèque 15 €, 216 x 270 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2019. |
Les choses qui s’en vont![]() ![]() de Béatrice Alemagna Hélium 15,90 €, 160 x 250 mm, 70 pages, imprimé en Belgique, 2019 |

J’aime les gens qui doutent, aller voir ailleurs si j’y suis, oublier le temps dans une librairie, boire du vin et du thé, entretenir mon goût démesuré pour les petites listes… Amoureuse du cinéma de Miyazaki, des chansons de Pierre Lapointe, des pinceaux de Mélanie Rutten, des BD de Renaud Dillies, de la poésie de Vinau, des livres illustrés et des romans qui bousculent avec de jolis mots.


