Aujourd’hui, on découvre deux beaux albums qui évoquent des sujets graves avec beaucoup de finesse.
Dans sa petite maison toute blanche, tout immobile, une petite vieille attend la mort. Mais quand celle-ci arrive, un léger contretemps retarde le départ. Puis deux, puis trois… Alors la Mort s’attable et s’attarde, le temps d’une tasse de thé et de quelques délicieux sablés. Mais en même temps que la Mort, ne serait-ce pas un peu de vie qui est entré ?
Stéphane Servant réussit le tour de force d’aborder un sujet très lourd avec beaucoup de légèreté. Son récit, simple et tendre, parvient à nous émouvoir sans jamais trop en faire. Ici pas de clichés, pas de pathos : ainsi Madame la mort n’est pas une faucheuse terrifiante, mais une élégante dame à talons hauts, avec une belle auto et de bonnes manières. Les illustrations d’Irène Bonacina, tout en délicatesse, illustrent parfaitement l’ensemble : au fil de l’histoire, elles se font de plus en plus grandes, de plus en plus colorées, à mesure que la vie reprend le dessus. On finit par se faire emporter un peu par surprise par ces personnages qui semblent virevolter de page en page, et par avoir très envie de plonger avec eux dans le tourbillon de la vie !
Un vrai coup de cœur pour ce très bel album que l’on referme avec la larme à l’œil et le sourire aux lèvres.
Bien enfouie dans son grand lit, la petite Lisa ne trouve pas le sommeil. Alors entre deux berceuses, sa mère, la grande Nina Simone, lui conte son histoire. Celle de son enfance, de sa découverte du piano et de son premier concert, dans un monde où quand on a la peau noire, il faut laisser sa place aux blancs.
Alice Brière-Haquet mêle petite et grande Histoire avec beaucoup de subtilité. En découvrant la ségrégation raciale à travers les yeux de la petite Nina, on perçoit également le talent et la force de caractère de cette dernière qui, alors que sa mère doit céder sa place lors de son premier concert, refuse de commencer à jouer. L’analogie entre les touches blanches et noires du piano et la couleur de peau des personnages est très parlante, et permet d’évoquer ce sujet complexe en peu de mots, tout en restant accessible aux plus jeunes. Malgré la violence des évènements évoqués, l’ensemble dégage beaucoup de douceur, et le texte, simple et beau comme une berceuse, nous emporte vite avec lui. Les très belles illustrations de Bruno Liance viennent l’enrichir de nombreux détails à plusieurs niveaux de lecture. On retrouve même, à deux reprises, de magnifiques doubles-pages qui viennent marquer une pause dans le récit, comme des silences sur une partition. Enfin, le choix du noir et blanc revêt ici toute sa pertinence, d’autant plus qu’il permet à l’illustrateur de jouer sur les nuances au fil de l’histoire, pour en faire un livre simple en apparence, mais bien plus complexe qu’il n’y paraît.
Un magnifique album, empreint de poésie, à lire sur fond de Nina Simone !
Cinq minutes et des sablés![]() ![]() Texte de Stéphane Servant, illustré par Irène Bonacina Didier Jeunesse 13,10 €, 200 x 265 mm, 32 pages, imprimé en France, 2015. |
Nina![]() ![]() Texte d’Alice Brière-Hacquet, illustré par Bruno Liance Gallimard Jeunesse dans la collection Giboulées 14,90 €, 270 x 220 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 2015. |
Aime les crêpes et les animaux rigolos.



Merci pour cette chronique intéressante sur 2 albums que j’ai aussi beaucoup apprécié.
Nina est vraiment un bel album pour les plus grands. Je me demande même si ça n’est pas plus pour un public adolescent.