Dans les livres pour enfants, la relation d’amitié entre un personnage humain et un chien est courante. Aujourd’hui je vous parle de deux très belles histoires, au cœur desquelles se trouve ce lien fort.
Noun vit dans un immeuble presque entièrement vidé de ses habitant·e·s. Seule sa famille vit encore là, et « la dame du cinquième » avec son chien, que Noun croise tous les jours dans les escaliers. Noun aime beaucoup le chien de la dame, qu’il a baptisé Boby, et avec qui il s’imagine déjà pouvoir jouer dehors. Mais la dame quitte l’immeuble à son tour, abandonnant Boby. Le chien s’élance à la poursuite de la voiture, et Noun le perd de vue… Commence alors une quête pour le petit garçon, qui va déambuler dans la ville à la recherche du chien. En chemin il croisera un oiseau, une chatte et ses chatons, présences réconfortantes dans cette ville fantôme. Finalement, Noun retrouvera Boby et ils ne se quitteront plus.
Praline Gay-Para dédie ce livre « pour tous les enfants qui un jour ont dû partir », et « pour tous les enfants qui un jour ont dû rester ». Et l’on relit l’album avec un œil nouveau, devinant à travers quelques signes que la ville de Noun et de Boby, désertée, est en réalité une ville en guerre. Au loin c’est un toit d’immeuble arraché, ici ce sont des fils électriques qui pendent, là c’est une fenêtre barricadée… Dans les rues, quelques gravats, des barbelés, des meubles renversés, l’ombre d’un avion sur le sol. Et l’on comprend aussi que la dame du cinquième, comme les autres habitant·e·s, n’a peut-être pas eu d’autres choix que de fuir. La double-page (sans texte) qui montre le chien resté seul derrière le taxi, la silhouette de la dame s’éloignant, avec Noun qui le regarde sur les marches de l’immeuble, est bouleversante. Elle dit beaucoup de la tristesse, de l’incompréhension et de l’injustice de devoir quitter un endroit et les siens. La ville est grise et terne. Seuls Noun, avec son t-shirt rouge, et le chien, blanc, donnent de la lumière dans les premières pages. La couleur reviendra à la fin de l’album, quand Noun aura trouvé et sauvé les quelques animaux qu’il a croisés sur son chemin.
Un album sobre et subtil sur la force de l’espoir et sur l’amitié entre un enfant et un animal. Bouleversant.
C’est dimanche, jour du grand départ en vacances pour Cora, une petite chienne blanche, et son ami humain, l’homme au béret. Lundi, il est temps de découvrir les environs. Cora est trop heureuse de pouvoir se dégourdir les pattes. Malheureusement, elle se blesse en pourchassant un lièvre… C’est à partir de ce moment-là que l’histoire va prendre une tournure un peu plus fantaisiste : le jour suivant, Cora, ne pouvant toujours pas courir avec sa patte blessée, se voit pousser… des ailes ! Facile pour poursuivre les pigeons, et emmener son ami faire un tour dans les airs. Et c’est avec une pierre de lune que nos deux compères reviendront de ce périple. Le jour suivant, c’est sur la plage que les vacances continuent, en compagnie d’un espadon et d’une baleine. Et c’est avec un cadeau de la mer que Cora et l’homme repartiront. Le lendemain, la patte de Cora est guérie, les promenades peuvent reprendre. Visite d’une ancienne villa romaine, qui vaudra à Cora une rencontre bien singulière et hors du temps ! La semaine touche à sa fin et il va falloir rentrer, mais les souvenirs de cette semaine sont gravés dans les esprits de nos deux ami·e·s.
Ce petit roman traduit de l’italien a le parfum des doux instants des vacances dans lesquels les enfants se projetteront avec une grande facilité : des aventures fabuleuses que l’on aimerait vivre en compagnie de la chienne Cora, dont on adore les expressions à la fois tendres et malicieuses. Le livre possède le charme un peu désuet de nos histoires d’enfance : le petit format, les illustrations réalisées à l’aquarelle, le choix de la typographie… On peut en plus voir un clin d’œil à un Jules Verne pour les plus petit·e·s dans les aventures vécues par le duo de vacancier·ère·s.
Un court roman illustré très sympathique, qui fait la part belle à l’imagination et aux petits moments qui restent gravés quand on part à l’aventure et que l’on s’invente mille vies.
Noun et Boby![]() ![]() Texte de Praline Gay-Para, illustré par Lauranne Quentric Didier Jeunesse 12,90 €, 220×250 mm, 34 pages, imprimé en France, 2019. |
Les Aventures de Cora![]() ![]() de Giovanni Manna (traduit de l’italien par Notari et Justine Rousset) Notari, dans la collection L’oiseau sur le rhino 10 €, 160×110 mm, 45 pages, 2019. |

« Un instant, un seul, lui fait déserter son corps : le temps des livres. Le corps de l’enfant qui lit n’est plus qu’un tas de vêtements qu’il a jetés n’importe où. Le livre est ouvert sur la moquette. Les vêtements glissent du lit ou font les pieds au mur. Il est en train de lire. […] Il n’y a plus personne dans la chambre. L’enfant est très loin de là, dans un corps plus ample, au milieu des vagues, loin de nous. » Timothée de Fombelle, Neverland.


