Aujourd’hui je vous propose deux beaux albums qui nous racontent l’émancipation de deux héroïnes résolument modernes… Peau d’Âne réinterprétée par Cécile Roumiguière et Alessandra Maria et la biographie illustrée de Marie Shelley, Mary auteure de Frankenstein de Linda Bailey et Julia Sarda. Bonne lecture !
Dans une contrée lointaine, un roi veuf décide de se remarier. Mais celui-ci a fait une promesse à son épouse décédée… Il ne s’unira à une femme que si et seulement si, cette dernière est plus belle et mieux faite que sa première compagne… Personne ne trouve grâce à ses yeux… Sauf une jeune femme qui s’avère être sa fille…
Peau d’Âne fait partie de notre imaginaire collectif. Chacun·e de nous connaît ce conte classique de Grimm, mis en mouvement et en musique par Jacques Demy en 1970. Et pourtant, cette princesse belle et rebelle mérite d’être redécouverte une fois de plus !
Adapter une fois de plus Peau d’Âne… Quel intérêt ? C’est une question qui peut venir à l’esprit… Que peut-on raconter de nouveau ou de plus ? Ces interrogations disparaissent dès que l’on ouvre le magnifique ouvrage de Cécile Roumiguière et Alessandra Maria. Ce qui frappe en premier lieu, ce sont les illustrations magnétiques et puissantes de l’illustratrice qui nous plongent dans un monde onirique où le végétal est mis à l’honneur. Cécile Roumiguière nous propose une réécriture intelligente et originale de Peau d’Âne. Tout en respectant à la lettre les codes du conte elle fait de la princesse une héroïne résolument moderne, bien décidée à prendre son destin en main. L’autrice dépeint avec subtilité la lâcheté des hommes. Alors que les habitant·e·s du royaume prohibent l’inceste, ils et elles décident néanmoins de rester muet·te·s face à la décision du Roi, au nom d’une supposée « raison d’État ». Face à la médiocrité humaine, la nature apparaît comme un refuge, un lieu « pur » ou la jeune fille va se ressourcer et se reconstruire. L’autrice nous décrit des personnages puissants et lumineux (en témoigne la fameuse marraine la Fée, vivant dans les milieux aquatiques et passionnée de botanique). On ressort de cet album bouleversé·e et ému·e, comme si l’on avait fait un beau voyage dans une contrée lointaine qui, par certains aspects, nous rappelait notre monde…
Une magnifique adaptation de Peau d’Âne, bouleversante et poétique ! Un coup de cœur !
Voici l’histoire d’une jeune fille rêveuse et solitaire : Mary. Née à la fin du XVIIIe siècle, d’un père philosophe et d’une mère féministe, la jeune Mary a révolutionné le roman noir en écrivant à 18 ans le fameux Frankenstein. Mais comment naît le désir d’écrire ? Et comment s’émancipe-t-on lorsqu’on est une jeune fille de la bonne société anglaise du début du XIXe siècle ?
Dans l’introduction de Frankenstein ou le Prométhée moderne, publié en 1831, Mary Shelley a raconté la genèse de cette histoire. Au début du XIXe siècle, la société anglaise se scandalise qu’une jeune fille ait pu fabriquer une histoire aussi sombre et noire… Avec ce très bel album, Linda Bailey rend hommage à cette grande autrice en racontant sa vie, son enfance, son adolescence tumultueuse, ses
amitiés, ses amours… L’ouvrage est formidablement bien construit. Au travers de cette histoire ; l’autrice nous montre un processus créatif à l’œuvre et l’histoire d’une émancipation féminine. Les illustrations de Jùlia Sardà nous plongent dans un univers digne des Hauts de Hurlevent, elles sont à la fois simples et stylisées. L’ouvrage est intelligent et didactique et prouvera aux plus jeunes, qu’une fois de plus, la rêverie et l’imagination peuvent déplacer des montagnes !
Une très belle biographie illustrée, un coup de cœur qui revient sur la vie romanesque de Marie Shelley !
Peau d’Âne![]() ![]() Texte de Cécile Roumiguière, illustré par Alessandra Maria Albin Michel 19,90 €, 225×310 mm, 64 pages, imprimé en France, 2019. |
Mary, auteure de Frankenstein![]() ![]() Texte de Linda Bailey (traduit par Éric Fontaine), illustré par Jùlia Sardà La Pastèque 18 €, 201×300 mm, 52 pages, imprimé en France, 2019. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


