Il n’y a parfois pas besoin d’en dire trop pour faire passer des émotions, des sensations et même raconter des histoires. Deux albums sortis récemment en sont les preuves parfaites !
Deux jeunes filles qui vivent au pied d’un massif montagneux s’ennuient. Passionnées par les fleurs et surtout les plus rares, elles décident de partir à l’aventure à la recherche de l’une d’elles qui ne pousse que sur les cimes. Une carte, une corde, des jumelles, des provisions : les voilà en route pour l’ascension ! Le voyage — comme tous les voyages — sera semé de petites joies et d’embûches. D’autant qu’au même moment, un yéti s’ennuie lui aussi et décide de partir rêvasser sur les crêtes de la même montagne. Leurs chemins se croiseront-ils ?
Cette histoire que je viens de vous résumer en plus d’une centaine de mots, Marie Mignot ne l’a écrite qu’en quelques verbes : s’ennuyer, se rencontrer, s’amuser, se préparer, admirer… Dans Cache-cache Yéti, ce sont des images muettes qui racontent l’aventure des personnages. Elles fourmillent de détails et suffisent, avec les verbes déjà mentionnés, à mettre en scène une narration passionnante et pleine de surprises (une page, une illustration, un verbe). Trois parties se suivent dans cet album. La première déroule le point de vue des deux fillettes, la deuxième celui du yéti et la troisième les réunit. Ce procédé permet de se rendre compte que nous ne connaissons jamais vraiment toutes les facettes d’un événement et que les apparences peuvent parfois être trompeuses. Par exemple, alors que les deux héroïnes pensent que le yéti les attaque, nous comprenons dans la deuxième histoire qu’il était simplement curieux et qu’il pensait jouer avec elles. C’est finalement l’accueil et le partage qui permettront à tout le monde d’accomplir la quête de la fleur sauvage. Le format étroit mais haut de l’album s’adapte parfaitement à l’ascension montagnarde des personnages et les illustrations de Marie Mignot y déploient toutes leurs nuances, notamment dans la neige, l’eau du lac, le ciel et les aurores boréales. Un beau cadeau pour tous·tes les escaladeur·euses en herbe !
Du noir, du blanc, quelques traits et toutes les sensations du monde qui s’éveillent au cœur de votre cerveau !
Avec Touché, l’auteur chinois Woshibai réalise une petite prouesse : nous faire ressentir des sensations physiques rien qu’avec des dessins au minimalisme déconcertant. Il doit y avoir un nom scientifique pour décrire ce phénomène, mais je ne le connais pas. Puisqu’il est question de perceptions très concrètes, il est difficile de parler de ce livre, mais je vais tenter de vous donner quelques exemples. Une main, l’index en avant et une bulle de savon : voilà tout ce qu’il y a sur la page et pourtant déjà on ressent l’éclatement de la bulle et les gouttes d’eau qui retombent sur le sol. Une main feuillette un livre, le dessin est statique mais le bruit des pages qui tournent à toute allure nous emplit les oreilles. L’image montre un trait tracé par un doigt sur une fenêtre sale et nous ressentons la couche de poussière s’agglutiner sur notre propre doigt, le petit crissement de la peau contre la vitre. Il semblerait que les ressentis diffèrent en fonction des personnes, mais pour moi l’expérience a été très forte, énième preuve de la puissance et de l’universalisme des images. Que l’on perçoive plus ou moins fortement les situations représentées, chacune évoque quelque chose que nous avons déjà touché, regardé à travers nos doigts, attrapé, caressé… Un livre pour éveiller autant les plus petit·es que les déjà grand·es.
Cache-cache yéti![]() de Marie MignotAlbin Michel jeunesse 18 €, 190 x 330 mm, 48 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur écoresponsable, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Touché![]() ![]() de Woshibai Les Grandes personnes, dans la collection Périscope 15 €, 247 x 177 mm, 48 pages, imprimé en Chine, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aime tellement parler des livres qu’elle en a fait son métier et son hobby ! Libraire généraliste la semaine, Manon écrit pour plusieurs médias le week-end et monte sur des volcans endormis en Auvergne dès qu’il lui reste cinq minutes.




de Marie Mignot