Avis aux curieuses et curieux ! Aujourd’hui, je vous propose deux titres passionnants dans lesquels une maison joue un rôle central… Toc ! Toc ! Toc ! À vous de tourner les pages comme l’on ouvrirait une porte vers l’aventure !
Alors que leur père est en déplacement professionnel, Dimitri et Tessa n’ont d’autre choix que d’accompagner leur mère dans la maison d’un grand-oncle décédé. Il faut bien admettre qu’iels s’attendaient à autre chose pour des vacances improvisées. En arrivant dans la vieille demeure, leur curiosité est piquée au vif. Face à elleux, des dizaines de pièces fermées à double tour et un immense trousseau de clés à leur disposition. Dès lors, les jours à venir ont subitement le goût du mystère et autant dire que la réputation de leur farfelu oncle Eustache ne fait qu’entretenir cette impression grisante. Des bruits courent depuis longtemps dans le village et l’on y raconte bien des histoires à son sujet… Cela aurait-il un rapport avec l’attitude de leur mère très susceptible et fermée lorsqu’il s’agit d’évoquer son enfance passée entre ces murs ? Peut-être que Daphnée, la petite voisine curieuse, saura les éclairer à ce sujet…
Qu’on se le dise, La Maison aux 36 clés est un roman qui se lit d’une traite et vient joyeusement titiller notre curiosité. En tournant ces pages, nous replongeons en enfance et partageons avec les protagonistes l’euphorie des jeux de piste qui exigent d’être à l’affût du moindre indice ! Nadine Debertolis nous livre ici une histoire de famille mêlée à une enquête au cœur d’une demeure qui dévoile peu à peu ses mystères et ses trésors. Son regard sur la famille est à la fois tendre et amer et c’est avec beaucoup de finesse qu’elle évoque sans fard les failles et faiblesses de la vie d’adulte. Elle y aborde également la question des amitiés déçues et des souvenirs qui hantent avec plus ou moins de douleur. Cette belle aventure romanesque donne assurément envie de se perdre dans un manoir plein de secrets…
La maison dans laquelle vit Marinka est des plus singulières. Hébergée depuis son plus jeune âge chez sa grand-mère, elle doit obéir à certaines règles très strictes. En effet, la vieille dame est une yaga, une gardienne faisant passer les mort·es vers un autre monde que le nôtre. Dans ces conditions, l’existence de cette maison « passage » doit être tenue secrète et rares sont les occasions pour cette maison mobile de s’installer très longtemps quelque part. Marinka souffre de cette situation et peine à accepter l’idée de devoir rester entre ces quatre murs sans jamais dépasser la barrière du jardin… Elle est en manque cruel d’amitiés durables et chaque rare rencontre se voit trop souvent écourtée. Son destin lui impose de prendre la relève de sa grand-mère et elle ne semble pouvoir échapper à cette mission familiale, à regret. Portée par son envie folle de vivre comme tous·tes les enfants de son âge, elle va malencontreusement payer cher les conséquences de sa désobéissance. La liberté fantasmée vaut-elle la peine de sacrifier les traditions au risque d’y perdre bien trop pour pouvoir revenir en arrière ?
Quel magnifique roman que celui de Sophie Anderson! Nous plongeons avec un plaisir fou dans un univers folklorique qui dépayse et suscite sans cesse la curiosité. On trouve entre ces pages un peu de la magie qui nous vient des contes slaves et l’on aime définitivement cette atmosphère qui rappelle Le Château ambulant de Miyazaki. Le choix de l’autrice, dans sa façon habile de déployer l’intrigue, est également à souligner. Nous ressentons corps et âme le tiraillement cornélien de l’héroïne perdue entre le nécessaire respect des traditions familiales et son besoin viscéral d’émancipation. Le récit – captivant à souhait et loin d’être avare de rebondissements – se veut une très belle parenthèse de lecture durant laquelle l’enchantement et les désillusions n’ont de cesse de s’entremêler avec talent. Il pose aussi, avec une délicatesse évidente, un regard incroyablement beau sur la mort et les adieux qui peuvent aussi être une fête et une belle manière, parfois, de tirer sa révérence.
La Maison aux 36 clés![]() Texte de Nadine Debertolis, illustré par Antonin Faure Magnard Jeunesse 13,50 €, 141×215 mm, 221 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La Maison qui parcourait le monde![]() Texte de Sophie Anderson (traduit de l’anglais par Anne de Béru), illustré par Elsa Paganelli L’École des loisirs, dans la collection Médium 15,50 €, 147×218 mm, 309 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

J’aime les gens qui doutent, aller voir ailleurs si j’y suis, oublier le temps dans une librairie, boire du vin et du thé, entretenir mon goût démesuré pour les petites listes… Amoureuse du cinéma de Miyazaki, des chansons de Pierre Lapointe, des pinceaux de Mélanie Rutten, des BD de Renaud Dillies, de la poésie de Vinau, des livres illustrés et des romans qui bousculent avec de jolis mots.



