Aujourd’hui, nous allons parler de deux superbes albums poétiques. Une histoire douce et belle sur le désamour du corps puis un conte à deux voix, en rouge, noir et bleu.
Au pays des Quarts, quatre drôles de bonshommes (un gros, un maigre, un petit et un grand) se plaignent. Ils n’aiment pas leurs corps. Le gros n’arrive pas à fermer son pantalon, le maigre s’envole au moindre coup de vent… mais comment faire pour retourner cette triste situation ? Ils essayent les régimes, le sport, les étirements, mais rien ne marche ! Ils ont alors cette idée folle : construire chacun une machine qui leur permettra de changer ce que la nature leur a imposé. Mais ces machines à modeler ne sont pas du tout satisfaisantes. Les complexes ne font que s’inverser. Le maigre est tout à coup trop gonflé, le grand se perd dans les hautes herbes, ils sont finalement aussi mécontents qu’au commencement. Cette tentative, désastreuse, leur donne pourtant une nouvelle idée : ils s’associent pour construire de nouvelles machines bizarres…
Ce bel album est le parfait moyen d’aborder les problématiques liées aux complexes physiques. Sans pathos ni lourdeurs, les personnages représentent ces difformités inexistantes que nous lorgnons dans le miroir bien trop souvent. Les dessins sont d’une douceur onirique, tout pourrait se passer dans le subconscient d’un enfant, et même d’un.e adulte, qui se contemplerait dans une glace jusqu’à réussir à s’accepter. Il m’a semblé que l’album pouvait aussi parler de la maladie qui touche parfois celles et ceux qui refusent d’accepter ce que la nature leur a donné. Au tout début de l’album, les quatre personnages se rendent malades à force de régimes et d’exercices, ce qui pourrait être une évocation des troubles du comportement alimentaire qui font malheureusement toujours ravages.
Un album beau et engagé, sur l’acceptation du corps.
Aristote a un œil bleu et un œil rouge. Aristote est un chat, il vit le jour avec Eulalie, qui attend un marin ne rentrant pas. La nuit, il s’aventure dans la forêt, jusqu’à l’océan. Lorsqu’il est avec sa maîtresse, il imagine ce que serait sa vie si l’homme venait à rentrer. Comme le lit serait d’un seul coup plus étroit, mais beaucoup plus chaud ! En attendant, il se love dans les bottes que celui-ci a oubliées dans la maison. De son côté, Aristide, l’oiseau, a un œil rouge et un œil bleu. La journée, il est avec le marin Eustache, qui pleure une femme perdue… Eulalie. Les deux animaux se rencontrent, enfin, et avec eux, le destin de chacun de leur propriétaire.
Mais quel magnifique objet ! Tout est beau, les images, le texte, l’harmonie des deux et la notion de manque qui y est transcrite. Le texte est parfaitement intégré à l’image, très poétique et il traduit parfaitement la douleur de ces deux personnages séparés depuis trop longtemps. On trouve aussi dans cet album quelques représentations de corps presque nus (deux, pour être exacte), dont une absolument magnifique d’Eulalie contre Eustache. Les illustrations d’Éva Offredo, uniquement composées de rouge, de bleu et de noir, sont tantôt angoissantes, tantôt pleines d’espoir et de petits motifs charmants. On a envie de passer des heures à détailler chaque double page subtilement composée.
Un livre superbe à découvrir d’urgence !
![]() Quatre quartsTexte de David Guyon, illustré par Violaine Costa Talents Hauts 15 €, 250×254 mm, 32 pages, imprimé en Belgique, 2017. |
Aristide Aristote![]() ![]() Texte d’Alex Cousseau, illustré par Éva Offredo À pas de loups 15 €, 250×190 mm, 40 pages, imprimé en Belgique, 2017. |
Aime le papier bulles et les dinosaures.


Quatre quarts