Aujourd’hui je vous propose deux albums intelligents qui nous content avec tendresse des histoires pleines d’humanité (et d’ours) : Grand Blanc d’Adèle Tariel et Jérôme Peyrat et Le fils de l’ours d’Isabelle Wlodarczyk et Minji Lee Diebold.
Aujourd’hui, une tempête menace la banquise… Mais cela n’empêchera pas une grande Ourse d’aller chasser… Voilà près de quatre jours qu’elle n’a rien mangé, son ventre cri famine et elle n’a plus de lait pour ses petits… Dans un village, tout près, une petite Inuk est excitée, car aujourd’hui, elle a l’autorisation d’aller pêcher des poissons… En espérant que la tempête ne se lève pas !
Grand Blanc est un très bel album qui nous conte la rencontre surprenante entre une petite fille inuit et une grande ourse polaire borgne, toutes deux recherchant le même objectif : pêcher. C’est la fin d’un monde que nous décrivent et dépeignent Adèle Tariel et Jérôme Peyrat, un univers qui se voulait hors du temps mais qui est rattrapé par la folie du monde moderne. Car Ourse — éreintée, fatiguée et qui ne trouve pas de nourriture pour cause de banquise déserte — comme la petite fille sont deux « espèces en voie de disparition ». Les ours polaires comme les Inuit voient leur mode de vie menacé par le changement climatique. C’est un combat silencieux qu’offre l’ourse blanche, déterminée à manger, même si elle est épuisée. Un combat qu’elle va néanmoins mener avec l’enfant. Alors que la tempête fait rage, elle décide toutefois de se blottir contre la petite fille pour la protéger… En échange celle-ci lui offre des poissons. Bouleversant… L’histoire est belle et les illustrations de Jérôme Peyrat, nous offrent à voir un monde silencieux, où l’on imagine seulement les bruits de la neige qui craquent sous les pas de l’ours… Tout est beau, le format de l’album renforce ce sentiment d’immensité, notamment lorsque l’illustrateur dépeint la course de l’Ourse blanche en quête de nourriture… On referme l’album, intimement persuadé d’une solidarité possible entre les êtres… humains, comme animaux !
Azar est un petit orphelin. Recueilli par un montreur d’ours autoritaire, il doit vite apprendre les rudiments du métier et est envoyé sur les routes avec Nemo, son ours brun. Ces deux âmes solitaires, orphelins tous les deux, recréent une famille… Mais la haine des hommes n’est jamais loin…
C’est un grand album que proposent Isabelle Wlodarczyk et Minji Lee-Diebold. Un album profondément humain et sincère. Le fils de l’ours nous raconte le destin de deux exilés, deux orphelins pris au piège dans un monde cruel et obligés de se débrouiller pour survivre. Azar et Nemo errent de ville en ville, se produisant devant des spectateurs dans l’espoir d’obtenir quelques pièces pour manger. Mais un jour, l’accueil est glacial… Nemo est capturé et Azar se retrouve définitivement seul. L’histoire est puissante, faisant l’éloge du courage et de l’imagination face à la haine de la société. Marginaux et seuls, Nemo et Azar n’en restent pas moins déterminés à vivre libres. Si le texte bouleverse (la fin est particulièrement dure, néanmoins elle est porteuse d’espoir), les illustrations contrastent par leur douceur : nulle violence, nulle brutalité… Page après page, se déroule l’histoire d’une amitié forte entre deux êtres très différents mais indissociables. Réflexion sur la « marge », la norme mais également la notion de sauvagerie, Le fils de l’ours est un album qui questionne… Car ceux et celles que l’on considère comme « barbares » et « sauvages » ne sont peut-être pas ceux et celles que l’on croit…
Grand Blanc![]() ![]() Texte d’Adèle Tariel, illustré par Jérôme Peyrat Père Fouettard 16 €, 250×350 mm, 36 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le fils de l’Ours![]() ![]() Texte d’Isabelle Wlodarczyk, illustré par Minji Lee-Diebold D’Eux 13 €, 311×250 mm, 32 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.




