Aujourd’hui, je vous embarque avec moi dans deux histoires de résilience et d’affirmation de soi.
Le genre, Polly n’en veut plus. Le genre lui a pourri la vie depuis l’enfance. À sa naissance, les médecins ont décidé que Polly serait un garçon. Alors, pour le/la faire rentrer dans cette case, iels l’ont opéré·e. Plusieurs fois. Beaucoup trop de fois. Polly est intersexe et son histoire, comme celle de beaucoup d’autres enfants intersexes, est jalonnée de traumatismes. Les docteur·es le/la mutilent, lui infligent des souffrances qu’il/elle n’a jamais voulues. Polly en a marre, Polly n’en peut plus. Est venu pour lui/elle le temps de se libérer.
J’ai été frappé par ce roman graphique. Polly est le récit d’une vie douloureuse, mais aussi d’une émancipation salvatrice. Malgré toutes les difficultés, Polly se relève et écrit ellui-même sa vie. Le style de dessin, très particulier, accompagne parfaitement une narration poétique, tout aussi percutante, triste — mais pas désespérée — que sensible. Le récit est ainsi fait qu’à aucun moment on ne s’apitoie sur le sort de Polly. On est en colère à ses côtés, on veut tout casser à ses côtés. On n’a pas pitié. Polly retrouve l’agentivité et la liberté que lui avaient arrachées les médecins. C’est sa vie et personne ne peut décider à sa place de ce qu’il/elle en fera. Je vous encourage à lire ce livre, autant pour vous renseigner sur l’intersexuation et les questionnements de genre que pour découvrir l’attachant·e Polly.
Que s’est-il passé pour que Dylan et Leighton soient envoyé·es en colonie pour « jeunes en difficulté » ? Le temps d’un été, ces deux ami·es vont devoir affronter leur passé et leurs problèmes s’iels veulent aller dans un lycée normal à la rentrée. Des disputes resurgissent, des bons moments aussi, et les doutes occupent toute la place dans leurs esprits. De rencontre en rencontre, arriveront-iels à s’affirmer ?
Les questions de genre, de classe sociale et d’amitié sont au cœur des Avions de papier. Cette bande dessinée met en scène une grande variété de personnages, mais on suit principalement Dylan et Leighton. À travers des flashbacks, on découvre les moments charnières de leur amitié : iels ont grandi ensemble, côte à côte, partageant tout ou presque. Les choses se corsent quand Dylan, qui est une personne non-binaire, commence à vouloir un autre type de relation avec Leighton : iel est amoureux·se de son amie. Mais Leighton « n’aime ni les garçons ni les filles » : elle est asexuelle et aromantique. J’ai apprécié que les mots soient posés et le sujet abordé clairement. Leighton, dont, en outre, la mère est noire et le père est blanc, se sent toujours « entre-deux » et réfléchit beaucoup à la notion de nuance. La relation entre les deux ami·es est aussi fortement compliquée par la domination de classe qu’exerce Leighton sur Dylan, matérialisée de façon percutante par une scène où cellui-ci attend dans la file de la soupe populaire tandis que Leighton, elle, fait partie avec ses parents des donateur·rices. Cette histoire présente donc de nombreuses thématiques importantes, avec, au centre, une amitié aussi belle que complexe. Dylan et Leighton ont chacun·e de la profondeur et des traits qui les rendent attachant·es, ce ne sont pas, comme c’est le risque parfois, de simples valises à thématiques. Des avions de papier raconte l’adolescence dans ses hauts et ses bas et n’omet jamais les conditions sociales qui l’impactent. J’ai trouvé ça rafraîchissant : c’est la preuve qu’on peut créer une jolie histoire avec des personnages réalistes, qui ne sont pas déconnectés de la « vraie vie ».
Polly![]() Scénario de Fabrice Melquiot, dessins d’Isabelle Pralong La joie de lire 21,90 €, 172×240 mm, 96 pages, imprimé en Lettonie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Des avions de papier Scénario de Jennie Wood (traduit de l’anglais par Mathilde Tamae-Bouhon), desins de DozerdrawsJungle 16,95 €, 172×237 mm, 208 pages, imprimé en Pologne, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »

