Aujourd’hui, on commence par deux histoires pour frissonner, et l’on finit en beauté avec un court roman très émouvant !
Dans la quatrième ville la plus ennuyeuse d’Angleterre habite Hector, un petit garçon à la vie pas vraiment palpitante. Jusqu’au jour où, sans crier gare, le temps s’arrête. La ville entière se fige… mais pas lui ! D’abord grisé par tout ce que lui permettent ces « pauses », Hector réalise vite que le temps lui est compté : car à chaque interruption, de terribles monstres arrivent pour semer la terreur…
Ce roman de Danny Wallace est déjà un gros succès en Angleterre et on comprend vite pourquoi ! Avec une écriture qui déborde d’humour et de créativité, l’auteur nous embarque dans un univers complètement délirant qui n’est pas sans rappeler celui de Roald Dahl. Mais Hector et les pétrifieurs de temps est aussi un vrai roman d’action : les péripéties s’enchaînent sans temps mort et avec pas mal de frissons, car on appréhende chaque fois un peu plus la venue des créatures repoussantes qui envahissent la ville. Enfin, les illustrations de Jamie Littler apportent un vrai plus au texte, en donnant vie aux personnages farfelus qui le peuplent. L’ensemble est vraiment drôle et délicieusement absurde.
On en redemande !
Rien n’est simple dans la tête de Marcus. Constamment persuadé que quelque chose de terrible va arriver, il se livre à toutes sortes de rituels pour tenter de conjurer le sort. Quand sa famille, accompagnée d’un couple d’amis et de leurs enfants, part faire du deltaplane dans une cabane perdue au milieu des forêts de l’Oregon, c’est une nouvelle épreuve qui s’annonce pour lui. Après un début de vacances marqué par les tensions familiales, les parents partent en randonnée dans la montagne, et ne rentrent pas de la soirée. Marcus s’interroge : y est-il pour quelque chose ? Quels sont ces mystérieux tremblements qu’il ressent dans la nuit ? Et ce livre qu’il n’a pas le droit de lire, évoquant une inquiétante légende indienne ?
Ses griffes et ses crocs est un roman prenant, à l’intrigue très originale. Servi par des personnages attachants et par l’écriture très cinématographique de Mathieu Robin, il fait la part belle à la psychologie de son petit héros et de ceux qui l’entourent. Il a également le mérite d’aborder un sujet rarement évoqué en littérature jeunesse (et en littérature tout court), les TOC, en les intégrant comme un élément de l’intrigue sans jamais trop en faire. Même si j’ai personnellement moins apprécié la fin (il faut dire que le début avait placé la barre très haut !), Ses griffes et ses crocs est néanmoins un très bon roman, qui sort des sentiers battus et nous offre de beaux moments de suspense, d’action et de tension !
Dans la famille d’Amandana, on ne parle pas des choses qui fâchent. Tout y est propre et lisse comme le linge qui ressort du Lavomatique tenu par sa mère. Mais dans le cœur de la jeune fille naissent des sentiments qui ne peuvent se dire tout haut : son amour pour une camarade de classe, Marie-Line. Contrainte à taire ce désir qu’elle découvre, Amandana ne trouve du réconfort que chez ses voisins, un couple d’hommes qui la comprennent et l’entourent de bienveillance, et dans un opéra de Purcell, qu’elle s’apprête à chanter avec Marie-Line lors d’un projet pédagogique. Ensemble, elles seront Didon et Enée. Mais autour d’elles, les sorcières rôdent…
Ce livre est un très, très grand coup de cœur. Ce qui frappe d’emblée à la lecture, c’est la puissance de l’écriture de Marion Muller-Colard. Avec une simplicité impressionnante, l’auteure parvient à dire énormément de choses et à faire passer tout un flot d’émotions. Il n’y a pas un mot de trop dans ce petit roman, et tout y est si beau qu’on aurait envie de citer chaque phrase. Si l’homosexualité y est abordée sans clichés et avec beaucoup de douceur, le texte décrit également très bien la naissance du désir. Les sentiments de l’héroïne y sont constamment mis en écho avec l’histoire de Didon et Enée, dont elle répète l’opéra avec sa bien-aimée, et évoquent ainsi avec pudeur toute la tragédie des premiers émois adolescents.
Bouche Cousue est un roman précieux, qui se lit d’une traite et qui vous hante longtemps une fois refermé.
Hector et les pétrifieurs de temps![]() Texte de Danny Wallace (traduit par Marie Leymarie), illustré par Jamie Littler Gallimard Jeunesse 14,50 €, 140 x 205 mm, 320 pages, imprimé en France, 2016. |
Ses griffes et ses crocs![]() de Mathieu Robin Actes Sud Junior 13 €, 135 x 215 mm, 166 pages, imprimé en France, 2015. |
Bouche cousue![]() de Marion Muller-Colard Gallimard Jeunesse dans la collection Scripto 7 €, 130 x 200 mm, 112 pages, imprimé en Italie, 2016. |
Aime les crêpes et les animaux rigolos.


Merci pour cette chronique.
Je viens de finir ses griffes et ses crocs. J’ai eu la même impression d’écriture cinématographique (film catastrophe).
Ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman c’est qu’il ose des choses : faire mourir des personnages qui ne sont pas des vieillards, un style fantastique qui dupe le lecteur.
Je regrette juste que l’auteur ne soit pas allé encore plus loin. La fin est un peu décevante par rapport au reste du livre.
Toutefois cela reste un bon roman à conseiller. Une lecture vraiment prenante.
J’ai très envie de lire bouche cousue grâce à vous, surtout que Scripto est une collection que j’apprécie.
Quant à Hector je vais plutôt le conseiller à mes enfants. Roald Dald est un auteur qu’ils apprécient beaucoup, ils devraient y trouver leur compte.