Les deux romans du jour mettent en avant, chacun à leur manière — et vous comprendrez que j’ai préféré l’un des deux —, des personnages gay.
Lors d’un stage BAFA, Léopold a rencontré des ami·es. Trois garçons et trois filles qui sont devenu·es sa bande. La Coterie comme iels se sont surnommé·es. Et puisqu’une personne du groupe a proposé un stage d’approfondissement, toute la bande s’est reformée. Du bus, Léopold voit un garçon débarquer. Lui, il ne le connaît pas, et de suite il est troublé. De suite, il remarque son regard fiévreux, sa douceur, sa silhouette. Il se présente, il s’appelle Matthieu. Un prénom que se répète Léopold dans sa tête… Matthieu…
Ce qui happe directement dans le roman de Guillaume Nail, c’est son écriture. L’auteur, dont j’aimais déjà la plume, est dans ce roman beaucoup plus lyrique qu’à son habitude. On entend la voix de Léopold dans notre tête et l’on a presque l’envie de dire certaines phrases à voix haute, comme lorsqu’il parle de son désir pour Matthieu, quand il s’adresse à lui dans ses pensées. Dans ce roman, particulièrement troublant, s’il est question d’amour, c’est surtout du désir dont on parle, chose que l’auteur décrit avec énormément de poésie et de délicatesse. Guillaume Nail parle aussi du fait de ne pas oser, d’avoir peur des autres, de l’autre. Que se passerait-il si Léopold avouait ses sentiments à Matthieu ? s’il l’embrassait ? s’il le touchait ? Comme souvent, l’auteur parle aussi de l’injonction à la virilité, de l’effet de groupe (que ça soit la pression exercée par le groupe sur chacun, mais aussi des actes commis pour ne pas en être exclu). Dans ce roman qui sonne particulièrement juste (dans ce qu’il se passe, mais également par son langage actuel, qui ne fait pas « faux jeune » comme dans tant de romans pour ados), il parle aussi de la bêtise et de la lâcheté. C’est un roman fort, qu’il est difficile de lâcher avant de l’avoir terminé.
Jun, un lycéen gay surprend un jour l’une de ses camarades de classe en train d’acheter un manga homoérotique. Comme le jeune garçon connaît maintenant la passion de la lycéenne pour cette littérature (ce qui fait d’elle une « fujoshi », littéralement « fille pourrie », doux surnom donné aux filles qui lisent des manga de catégorie boys love) une complicité se noue, mais très vite, la jeune fille tombe amoureuse de Jun. Celui-ci n’ose pas lui avouer qu’il aime les garçons et qu’il vit une relation (plus sexuelle qu’amoureuse) avec un homme qui a l’âge d’être son père.
Parce que je n’avais encore jamais lu de roman LGBTQI+ qui se passe au Japon, et comme on prépare une suite à notre webzine sur ce sujet (et tout simplement parce que j’aime lire des histoires queers), j’ai été attiré par ce roman. La société japonaise, très éloignée de la nôtre, a ses codes, ses règles. Je trouvais donc intéressant de voir un autre aspect de l’homosexualité. De lire la vie d’un jeune gay dans une culture différente de la nôtre. J’avoue ne pas avoir été totalement séduit par l’écriture (ou est-ce un souci de traduction ?) à tel point que je me suis posé plusieurs fois la question de savoir si j’avais envie de terminer ma lecture. Tout comme j’ai été dérangé par certaines choses racontées ici (notamment le fait que l’amant de Jun couche avec lui parce qu’il lui rappelle son fils et qu’il est excité par celui-ci…). Alors, pourquoi vous en parler ? Parce qu’au final, comme je le disais, peu de romans japonais traduits en français, à ma connaissance, parlent d’homosexualité et je pense que c’est important de découvrir le quotidien de personnes LGBTQI+ dans d’autres cultures (et être homosexuel dans la société japonaise n’est pas une chose facile). Parce que, finalement, je n’ai pas détesté cette lecture, et je l’ai même trouvée intéressante. Enfin, parce qu’il y a de nombreuses scènes et situations qui m’ont touché : par exemple le personnage avec qui Jun entretient une relation épistolaire (certains passages avec ce personnage m’ont ému aux larmes), le fait que le personnage principal ne soit pas lisse (il est clairement antipathique par moments) ou la critique de la société hétéronormée (encore plus forte au Japon qu’ici). Donc j’aurais trouvé dommage de passer sous silence ce roman. Une dernière précision : certaines scènes sont clairement explicites, le livre est donc destiné à un public averti.
Ton absence![]() de Guillaume Nail Rouergue, dans la collection doado 12,80 €, 140×205 mm, 152 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Je ne suis pas un gay de fiction![]() de Naoto Asahara (traduit du japonais par Jordan Sinnes) Akata, dans la collection Young Novel 14,99 €, 142×206 mm, 320 pages, imprimé en France, 2019. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !


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