Soutifs, culottes, chaussettes… Des dessous que je vous propose aujourd’hui de ranger dans vos bibliothèques aux étagères romans, documentaires, albums plutôt que dans le tiroir de votre armoire.
Pauline a 13 ans : l’âge de la puberté, l’âge des seins qui se forment. Mais contrairement à ses camarades, il est, pour elle, hors de question de mettre sa poitrine en avant, ni même de laisser dépasser une bretelle. D’ailleurs, pour s’acheter son premier soutien-gorge, elle ne sait pas vraiment vers qui se tourner pour l’accompagner. Elle a bien pensé à sa grand-mère, mais après avoir brûlé les siens en 68, impossible pour celle-ci de s’occuper de celui de sa petite-fille. Et Pauline ne se voit pas davantage s’adresser à sa mère, à son père ou à ses frères. Alors, c’est seule qu’elle prend la direction d’un grand magasin. Elle attrape six soutiens-gorge puis chemine vers la cabine d’essayage. Mais trop perturbée par cette histoire de sous-vêtements, elle ne parvient même pas à en essayer un. Elle les fourre donc dans son sac, et sort du commerce. Sans bien comprendre ce qui lui arrive, Pauline se fait interpeller par le vigile qui l’accuse de vol. Pour réparer sa faute, le directeur du lieu lui fait choisir entre deux propositions : l’avocat·e ou aider sa nièce pour ses devoirs. Le choix est vite fait, mais ne la réjouit guère : comme si elle n’avait pas assez de soucis ces derniers temps !
Un nouveau livre de Susie Morgenstern, ça fait toujours envie ! L’autrice d’origine américaine est devenue une telle incontournable de la littérature jeunesse en France que l’on a peu de risques d’être déçu·e. Dans ce roman junior, elle s’attaque à un sujet crucial pour les adolescent·es : celui de la puberté. Les jeunes lectrices n’auront aucun mal à s’identifier à Pauline et à son incompréhension face à ce corps qui change. Mais ne comptez pas sur Susie Morgenstern pour jouer la moralisatrice, c’est avec sa fantaisie et son humour naturels qu’elle traite le sujet. Elle n’omet pas d’agrémenter le récit des incontournables de cet âge – amitié, famille, collège – auxquels elle ajoute des aspects plus culturels, comme ça, sans en avoir l’air : féminisme et points historiques, par exemple. Enfin, n’oublions pas les illustrations de Catel Muller qui accompagnent parfaitement le texte et la compréhension.
La première chose qu’enfile une fille ou une femme, le matin en s’habillant, c’est une culotte. Mais saviez-vous qu’autrefois, elles n’en portaient pas et que celles-ci étaient réservées aux hommes, qui montaient à cheval ? Que les premières femmes à porter des culottes (appelées alors « pantalons de lingerie ») furent celles que l’on surnommait les « filles de mauvaise vie » ? L’Histoire, ce n’est pas seulement celle des rois et des guerres, c’est aussi celle des objets. Voilà comment raconter la grande Histoire à travers la petite histoire : celle de la culotte.
Dans ce documentaire, en quelques pages, Anne-Marie Desplat-Duc retrace l’histoire de la culotte de l’époque de Saint-Louis à nos jours. Plus que l’histoire de l’objet, c’est aussi l’histoire du vêtement de manière générale, de la place du corps et de l’hygiène, du rôle et de la place de la femme dans la société, de son émancipation, des relations entre les riches et les pauvres… C’est également l’occasion d’apprendre l’origine d’expressions connues comme « porter la culotte » ou « les sans-culottes ». Le texte court et le niveau de lecture facile permettent l’accès de ce documentaire aux plus jeunes, dès le début du primaire. Un livre original soutenu par Amnesty International pour son message sur l’émancipation des femmes.
C’est l’histoire de Josette qui se promène sur sa trottinette. Observant fleurs et papillons, elle en oublie de regarder devant elle et percute un lampadaire. Dans sa mésaventure, elle perd une de ses chaussettes, impossible de la retrouver. À moins que je ne me sois trompée. C’est, peut-être plutôt, l’histoire de Maurice qui fait du vélo et qui est pris d’une envie soudaine de faire pipi. Impossible pour lui de trouver un endroit tranquille jusqu’à ce qu’il aperçoive un gros rocher…
En littérature de jeunesse, la relation entre le texte et l’image est essentielle. Bien souvent leur complémentarité donne tout son sens à l’histoire. Avec cet album, Simon Priem et Henri Meunier prennent le contre-pied des ouvrages classiques : ce que l’on peut voir sur l’illustration et ce que l’on peut lire dans le nuage de texte n’ont rien à voir l’un avec l’autre. C’est avec ce décalage que les deux artistes jouent tout au long de l’album. Et pour une bonne dose d’humour, ils rajoutent les commentaires de Josette, le personnage principal. Attention, divulgâchage (selon l’expression consacrée de Gabriel) ! Dans les dernières pages de l’album, on découvre que l’histoire de Josette/Maurice est racontée par un papa escargot à son garçon. On ne sait si ce père a des problèmes de vue, est analphabète ou bien s’il a un grand sens de l’humour ; une chose est sûre, il a beaucoup d’imagination. Ainsi, jusqu’à la dernière page, grâce notamment à la « lecture » approximative du père, les récits s’enchevêtrent . C’est ainsi que l’on découvre, grâce à l’histoire dans l’histoire dans l’histoire, l’origine de ce problème de chaussette. Un livre extrêmement drôle, hommage aux histoires du soir.
Soutif![]() ![]() Texte de Susie Morgenstern, illustré par Catel Muller Gallimard jeunesse 12 €, 140×205 mm, 128 pages, imprimé en Italie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La culotte ![]() ![]() Texte de Anne-Marie Desplat-Duc, illustré par Camille Carreau Talents hauts, dans la collection La petite histoire de … 13,90 €, 160×230 mm, 40 pages, imprimé en République tchèque, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La chaussette de Josette![]() Texte de Simon Priem, illustré par Henri Meunier Sarbacane 14,50 €, 270×210 mm, 40 pages, imprimé en France chez un imprimeur-écoresponsable, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.





