Aujourd’hui, deux merveilleux albums sans texte. Dans le premier, minuscule, la pliure centrale devient presque un personnage qui a une action sur l’histoire et dans le deuxième, gigantesque, un train nous emmène pour un voyage dont on aimerait ne jamais revenir…
Ça commence avec une simple balade. Un homme, puis une laisse, avec au bout un petit chien. Tout est paisible, normal et d’un seul coup… aïe ! C’est le milieu du livre. Après cette pliure, le corps n’est plus rond et régulier mais plutôt biscornu et anguleux. À chaque nouveau passage par le centre de l’ouvrage, un nouveau pli est appliqué à la silhouette du promeneur, jusqu’à même rompre la laisse du petit chien…
Ce petit objet est vraiment atypique. Déjà, le soin apporté à sa fabrication en fait un petit volume précieux. De la simplicité élégante de la couverture à la qualité du papier, on voit que tout est pensé minutieusement pour donner aux enfants un livre qui est, finalement, presque un livre d’artiste. Mais l’élément le plus original, c’est bien évidemment l’utilisation de la pliure centrale du livre comme obstacle/personnage à part entière de l’histoire.
Grâce à celle-ci, le livre devient un laboratoire où l’illustratrice, Juliette Binet, plis et replis le corps de son personnage et fini même par jouer avec la symétrie. Ce bijou est nécessaire parce que, oui, les enfants aiment les choses belles. Et cet OVNI est parfait pour leur faire découvrir de nouveaux horizons graphiques qui réjouiront leurs yeux.
À montrer aux grands comme aux petits !
Il arrive parfois que le voyage soit une fin en soi et que la destination n’ait, du coup, aucune importante. Dans le train pour Ukiyo, les wagons sont comme autant de lieux à découvrir. On y mange, on s’y baigne, on s’y fait tailler des costumes ou on y danse au son de la musique de l’orchestre. Pendant ce temps, les saisons passent et le train avance, inexorablement. Et finalement, un bébé naît, l’hiver arrive, et le cycle de la vie continue.
Ce deuxième album sans texte est quasiment à l’opposé du précédent. D’abord par son format majestueux (le livre fait 42 cm de large) qui fait littéralement tomber le lecteur ou la lectrice dans des doubles pages incroyables. Puis vient aussi la richesse des illustrations. On peut contempler ce livre pendant des heures, le lire une fois, deux fois, trois fois et l’on découvre toujours une nouvelle petite chose. Ce voyage en train est aussi une belle métaphore du cycle de la vie. Les saisons passent au fil des pages, deux personnages se cherchent puis se trouvent. C’est alors le début de ce qu’on peut considérer comme une histoire d’amour, évoluant au même rythme que change la nature autour d’eux, nature d’ailleurs présente à l’extérieur comme à l’intérieur des wagons. Ce très bel album permet de se raconter mille et une histoires, ou peut simplement être contemplé, des heures durant.
Un voyage exceptionnel qui vous emmènera plus loin que vous ne pouvez l’imaginer…
Le Mauvais Pli![]() ![]() de Juliette Binet Le Rouergue 12,90 €, 180 x 120 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 2017. |
Quai n° 2 pour Ukiyo![]() ![]() de Tadayoshi Kajino Lirabelle 39 €, 300 x 420 mm, 48 pages, imprimé en Italie, 2016. |
Aime le papier bulles et les dinosaures.


