Aujourd’hui, deux romans engagés qui nous content les combats de deux jeunes filles pour l’égalité à deux époques différentes : Paris en 1885, 15 ans après la Commune où Séraphine tente de s’émanciper et de vivre libre, puis l’on plonge dans le quotidien de Starr, l’héroïne de The hate U Give, une jeune fille noire du début du XXIe siècle qui se bat contre la ségrégation raciale et la ghettoïsation des noir·e·s américain·e·s
Nous sommes en 1885. Séraphine vient de fêter ses 13 ans et rêve d’aventures et de liberté. Oui mais voilà, Séraphine est une orpheline, elle vit chez Jeanne à Montmartre, qui bien que peu bavarde et un peu dure à la tâche lui donne le gîte et le couvert… Alors que les pouvoirs publics construisent le Sacré Cœur, monument symbolique dont le but est d’effacer le souvenir de la Commune, Séraphine sent bien que le mystère qui entoure la disparition de ses parents a un lien avec cet événement politique… Tout en s’émancipant, Séraphine plonge dans son histoire familiale…
Séraphine est un formidable roman qui nous entraîne dans le Paris populaire post-Commune. Car bien que 15 ans se soient écoulés, sur la bute Montmartre nombreux·euses sont ceux et celles qui n’ont pas oublié la « camarade Louise » et la Seine rouge du sang des martyrs de 1870. Marie Desplechin signe un roman engagé, féministe, sur une jeune fille bien décidée à s’extraire de sa condition, à vivre librement, selon ses désirs. Mais pour se construire, Séraphine est obligée de replonger dans son passé, dans son histoire familiale. Le récit est enlevé : Marie Desplechin nous conte le souvenir douloureux de la Commune. Ces milliers de personnes fusillées, déportées en Nouvelle-Calédonie (à l’instar de Louise Michel et du père de Séraphine) que le pouvoir tente d’effacer de la mémoire nationale en construisant le Sacré Cœur. Si l’action se déroule en 1885, ce roman n’en demeure pas moins extrêmement moderne, dans les thématiques traitées : la volonté d’émancipation, de changer le monde et de rêver à une autre utopie sociale…
Un très beau roman qui donnera aux ados une graine de révolte…
À 16 ans, Starr a déjà beaucoup vécu, peut-être trop. À 10 ans elle a vu sa meilleure amie tuée sous ses yeux. Alors le soir où elle voit son meilleur ami d’enfance Khalil se faire abattre par un policier, la vie de Starr bascule. Elle est le seul témoin de cette horrible scène. Mais que vaut la parole d’une jeune fille noire face à un policier blanc ? Qui la croira, alors que déjà les médias se déchaînent et dressent de Khalil un portrait caricatural… Starr décide de se battre et de faire entendre sa voix… Oui mais voilà, l’affaire se révèle plus difficile que prévu, entre les gangs de son quartier qui font pression sur elle, ses camarades de son lycée « blanc » qui ne comprennent pas son chagrin et la justice qui a déjà tranché, Starr va devoir faire preuve de beaucoup de courage.
Le 11 avril 2017, Angie Thomas déclarait « Les enfants africains-américains ont plus de chance de trouver un livre ayant pour personnage principal un camion ou un animal qu’un livre qui les représente ». C’est chose faite grâce à son bouleversant The Hate U Give (La haine qu’on donne). Inspiré de faits réels qui ont par la suite inspiré le mouvement « Black lives Matter » (les vies noires comptent), The Hate U Give nous plonge dans le quotidien de Starr, une jeune fille noire habitant Garden Heights, un quartier pauvre où les gangs font la loi. Aucun « blanc » ne s’y aventure jamais. L’écriture nerveuse et rapide d’Angie Thomas (il s’agit exclusivement de dialogues directs) donne le ton et nous conte le combat de Starr (et de toute une population) contre la ségrégation qui subsiste toujours aux États-Unis et les meurtres racistes. Loin d’être manichéen, The Hate U Give n’épargne rien : ni la justice partiale, ni les jugements hâtifs de l’opinion publique, ni le rôle des gangs de drogue qui gouvernent certains quartiers. Angie Thomas nous décrit également la difficulté de trouver sa place lorsqu’on est une jeune fille noire dans un lycée plutôt huppé : si Starr ne renie pas son quartier d’origine (elle en deviendra d’ailleurs de plus en plus fière au fil du roman), elle y fait rarement allusion avec ses camarades « blanc·he·s ». Starr est entre deux mondes, avec le désir de s’émanciper d’une vie de misère tout en refusant de renier ses origines. Son combat pour l’égalité, pour réhabiliter son meilleur ami Khalil, contre les violences policières et contre le déni des pouvoirs publics lui permet de s’affirmer en tant que jeune femme autonome. En toile de fond s’esquisse le portrait d’une Amérique encore déchirée de tensions, encore mal à l’aise avec une partie de sa population et qui n’a pas encore tourné la page de la ségrégation raciale.
Un roman bouleversant, altruiste et militant !
Séraphine![]() de Marie Desplechin L’école des loisirs 6,80 €, 126×189 mm, 256 pages, imprimé en France, 2018. |
The Hate U Give![]() de Angie Thomas (traduit par Nathalie Bru) Nathan 17,95 €, 155×2250 mm, 494 pages, imprimé en France, 2018. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.

