Aujourd’hui, je vous propose deux belles découvertes : le très poétique Stína de Lani Yamamoto qui nous conte l’histoire d’une jeune fille qui avait peur du froid et puis on fait la connaissance de Bienvenue une grande maison abandonnée qui recèle des secrets…
C’est l’histoire de Stína, une jeune fille qui DÉTESTE le froid. À tel point qu’elle ne mange jamais de glace, refuse catégoriquement d’enlever son manteau, son bonnet et son écharpe lorsqu’elle se retrouve à proximité d’une piscine, et cela, même en plein été. Quand l’hiver arrive, Stína reste enfermée chez elle où elle imagine des inventions plus loufoques les unes que les autres pour l’empêcher d’avoir froid : un chauffe-serviette, un frigo double-face… Mais un jour, Stína découvre des enfants qui jouent dans la neige dehors…
Stína est un formidable album extrêmement poétique et émouvant. Lani Yamamoto nous plonge dans un univers singulier, celui d’une jeune fille solitaire et lunaire, timide et inventive qui a comme terreur d’avoir froid. Le monde de Stína est néanmoins lumineux, c’est une héroïne débrouillarde, pleine d’idées (les pages qui décrivent ses inventions loufoques sont géniales,
notamment du fait des plans dessinés). Mais la jeune fille se sent seule, en témoigne le « froid » qui l’habite lorsqu’elle découvre des enfants qui jouent dehors dans la neige. Ses petits voisins vont venir sonner à la porte, les personnages vont partager des moments conviviaux et tendres et ce sont ces jeunes gens qui vont donner la force et l’envie à Stína d’ouvrir la porte et de sentir les flocons de neige sur son visage. Le texte et les illustrations se marient formidablement bien. La délicatesse du trait de Lani Yamamoto accompagne l’élégance de l’écriture de l’autrice. Stína est une ode à la douceur, à nos sens (l’avant-dernière page où l’héroïne décide de sortir et de tirer la langue pour goûter un flocon est très belle) et à l’amitié !
Un magnifique album, coup de cœur, plein de poésie et de sensibilité !
Il était une fois une grande et belle maison, née dans les herbes sauvages, entourée d’un jardin luxuriant et d’un paysage splendide. Cette maison, on l’appelle « Bienvenue ». Mais bientôt, des grues et des camions débarquent et arrachent les arbres, les champs et les chemins qui bordent la maison pour construire… une autoroute. « Bienvenue » se vide de ses occupant·e·s. Jusqu’au jour où une famille que le bruit et l’odeur des voitures n’effraient pas décide de s’y installer et de faire revivre cette belle demeure… Au risque d’en mécontenter certains…
Bienvenue est un album bouleversant. C’est une jeune fille qui nous raconte l’histoire de cette maison, au travers des souvenirs de son grand-père (qui a vu Bienvenue se construire et se remplir de joie), de sa mère (qui a été témoin de l’installation de l’autoroute) et aussi des siens puisque notre narratrice est contemporaine de l’installation de la dernière famille. Au travers de
l’histoire de cette maison (qui apparaît comme la véritable héroïne de l’album), Raphaële Frier nous propose une réflexion à la fois poétique, politique et écologique. En effet, la construction de l’autoroute voit la fin de cet « Eden » luxuriant. Mais une famille décide de faire revivre l’endroit, malgré les nuisances sonores et olfactives. Vous l’aurez compris, cette famille de réfugié·e·s n’est pas la bienvenue. De nombreux·euses voisin·e·s décident d’appeler les forces de l’ordre pour la chasser, sous prétexte qu’elle habite cette maison illégalement (même si personne n’en veut). Néanmoins, la « famille de Lazlo » (du nom de l’ami de la narratrice) décide de revenir sur place, et l’autrice nous offre une fin enthousiasmante et positive. L’album est très fort, il nous parle de l’importance de la solidarité avec autrui, du quotidien des familles migrantes (le seul moyen pour elles de trouver un toit est d’accepter de vivre dans une maison dont personne ne veut, à proximité d’une autoroute), mais aussi de leurs difficultés à être intégrées par une population parfois méfiante et violente. C’est beau, intelligent, et porté par les somptueuses illustrations de Laurent Corvaisier qui nous plonge dans un univers foisonnant. Les grandes planches sont riches de couleurs, de détails et de formes qui explosent à l’œil du lecteur et de la lectrice.
Un magnifique album qui aborde des thèmes importants ! Un coup de cœur
Stina![]() ![]() de Lani Yamamoto (traduit par Corinne Verdan-Moser) Helvetiq 14 €, 203×268 mm, 46 pages, imprimé en Suisse, 2018. |
Bienvenue![]() ![]() Texte de Raphaële Frier, illustré par Laurent Corvaisier À pas de loups 16,50 €, 275×220 mm, 36 pages, imprimé à Bruxelles, 2018. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


