Aujourd’hui, je vous fais découvrir un album métaphorique très réussi sur la différence et ses richesses, signé Alex Cousseau et Csil ; ensuite on part pour une aventure de vacances animalières plutôt mouvementées en compagnie de Julia Woignier !
Fine a une chevelure noire, dense et ébouriffée, qui masque une partie de son visage et abrite deux mésanges, qui viennent y faire leur nid en piaillant. Mais le bruit des oiseaux la fatigue, et Fine préfère partir en quête de ses yeux. Sans eux, elle imagine ce que sont les choses, à sa manière, avec ses mots. Elle invente son propre monde, le dote de ses propres couleurs, tout en regrettant de ne pouvoir le voir « comme tout le monde ». Mais au beau milieu de la ville, perdue parmi tou·te·s les passant·e·s qui ont des yeux mais ne savent plus s’en servir, Fine comprend qu’elle ne retrouvera jamais les siens. Alors, doucement, elle s’arrête et tend la main vers les mésanges pour caresser leurs plumes dont la douceur la réconforte. Et au lieu de chasser les oiseaux une nouvelle fois, elle les accueille, les écoute, se laisse rassurer. Elle rentre chez elle, sans avoir trouvé ses yeux, mais en ayant enfin la possibilité de laisser s’exprimer son propre regard sur le monde.
Voilà un album très poétique et métaphorique pour aborder les thèmes des différences et de leurs richesses, des singularités qui font la beauté des regards. Le texte d’Alex Cousseau est, comme toujours, d’une grande poésie. Mais ici s’ajoutent une pudeur et une délicatesse rehaussée par les illustrations de Csil. La petite Fine est représentée très simplement, elle pourrait presque être invisible, avec ce visage sans regard. Mais c’est bien sa chevelure abritant les oiseaux qui attire l’œil, et l’on devine que sa richesse se niche là. Il faut juste que Fine le comprenne, elle aussi, et qu’elle tende la main vers elle. « Ce soir-là, Fine ne s’endormit pas tout de suite. Elle attendit qu’un autre silence la rejoigne dans sa chambre. Un plus petit, un silence d’intérieur. Elle le vit se glisser sous la porte, avant de s’installer dans la forêt du plafond.
– Bonne nuit ! chuchota Fine. Et quand ses doigts se réchauffèrent, elle caressa ses joues, écarta ses cheveux, et trouva le nid. Les deux mésanges étaient là, endormies. Comme des yeux, mais en mieux. »
Un album très poétique aux portes d’entrée multiples sur les singularités de chacun·e et l’importance de les accueillir et de les laisser s’exprimer pour parvenir à se trouver.
Voilà l’été ! Et si l’on partait camper ? C’est en tout cas ce que se sont dit les animaux de la forêt, car ils ont tous rendez-vous au lever du jour, sac à l’épaule et carte en main. Direction, le sommet des Cimes. La randonnée est difficile, mais l’effort est récompensé par la vue et le pique-nique qui les attendent là-haut. C’est ici que Vif Écureuil plante la tente pour que tout le monde puisse se reposer, après avoir écouté l’histoire lue par Chat Jaune. Mais le repos sera de courte durée puisqu’un orage va éclater et faire s’envoler la tente ! Vite, les animaux se mettent à l’abri tout en haut d’un arbre. Le lendemain, l’eau est montée très haut… Et les animaux ne sont pas au bout de leurs surprises ! Que d’aventures ont-ils encore à vivre avant la fin des vacances !
Camping sauvage est un véritable feu d’artifice de couleurs ! Les pelages des animaux sont chatoyants, la scène de l’orage est particulièrement réussie. Julia Woignier parvient à nous faire ressentir l’aventure comme si nous y étions. Et gageons que les enfants frissonneront à chaque péripétie et s’attacheront à cette bande de campeurs et campeuses pas comme les autres. Car c’est bien connu, le camping, sauvage ou pas, quand on est enfant, quelle aventure !
Un album esthétiquement très réussi et une histoire sympathique sur une bande d’animaux qui expérimentent tous les petits moments et les grandes surprises des vacances à l’aventure.
La Fille qui cherchait ses yeux![]() Texte d’Alex Cousseau, illustré par Csil À pas de loups 16,50 €, 310×260 mm, 36 pages, imprimé en Belgique, 2019. |
Camping sauvage![]() de Julia Woignier Seuil Jeunesse 14,50 €, 200×270 mm, 48 pages, imprimé en Espagne, 2019. |

« Un instant, un seul, lui fait déserter son corps : le temps des livres. Le corps de l’enfant qui lit n’est plus qu’un tas de vêtements qu’il a jetés n’importe où. Le livre est ouvert sur la moquette. Les vêtements glissent du lit ou font les pieds au mur. Il est en train de lire. […] Il n’y a plus personne dans la chambre. L’enfant est très loin de là, dans un corps plus ample, au milieu des vagues, loin de nous. » Timothée de Fombelle, Neverland.

