Aujourd’hui, je vous propose deux romans pour vous échapper : Le cercueil à roulettes d’Alexandre Chardin qui nous plonge dans un road-movie français intense et touchant et le deuxième tome de Broadway Limited de Malika Ferdjoukh qui nous précipite dans le New York de l’après Seconde Guerre mondiale… Bonne lecture !
La vie de Gabriel est loin d’être un long fleuve tranquille. Après avoir perdu son père, il doit faire face au décès prématuré de sa mère… Le voici orphelin et contraint de vivre chez sa tante. Comme si tout n’était pas déjà assez compliqué, voilà qu’il découvre les dernières volontés de sa mère : et là… C’est la catastrophe ! Gabriel découvre qu’elle souhaite se faire enterrer à côté de son mari… Pour notre jeune héros c’est la douche froide. Car il n’envisage pas une seule seconde que sa mère puisse passer l’éternité à côté de son père volage et infidèle… Pour remédier à cela, Gabriel projette une idée folle : embarquer le cercueil de sa mère pour lui trouver un lieu paisible. Démarre alors un road-trip initiatique ou Gabriel va aller de surprise en surprise.
Le cercueil à roulettes aurait pu être un roman dramatique. Mais c’était sans compter le talent certain d’Alexandre Chardin qui transforme cette histoire sinistre en fable tragi-comique. On suit avec plaisir et émotion le voyage de Gabriel, 15 ans, qui transporte le cercueil de sa mère, à travers la Bourgogne rurale, d’Avallon à Digoin en passant par le Morvan et Autun. Ce voyage – qu’il fait avec la protection de plusieurs bonnes étoiles : des ami·es de sa mère, sa tante et ses parents, va lui permettre de faire des rencontres importantes. Des rencontres qui vont le toucher, le bouleverser, lui faire chavirer le cœur ou bien le rendre fou furieux. En bref, des rencontres qui vont le faire grandir et lui permettre de s’émanciper et de se détacher de ce douloureux passé. C’est une histoire belle et forte que nous propose Alexandre Chardin, une histoire toute en finesse qui nous parle de colère, de rancœur mais aussi de rédemption et de pardon… Car Gabriel finira par pardonner à son père. Mais c’est aussi un roman drôle et burlesque (ne serait-ce que par le thème) et infiniment poétique. Au travers de ce voyage, notre héros cesse d’être l’éternel endeuillé, l’adolescent orphelin pour devenir lui-même : Gabriel. On ferme ce beau roman à la couverture onirique et colorée avec le soulagement de laisser notre héros en paix avec lui-même et une certaine nostalgie…
Nous sommes en janvier 1949 à New York. À la pension Giboulée, des jeunes filles en fleurs rêvent toujours de danse, de chant, de comédie et ont soif de vivre. Mais en attendant de percer, elles sont contraintes d’enchaîner les petits boulots pour survivre : publicité pour dentifrice, danseuse dans des bars… Le jeune français Jocelyn (pensionnaire également) poursuit lui son chemin, entre étude de musique et découverte de l’amour dans les bras de la pétillante Dido, militante des droits de l’homme. Mais les destins de ces jeunes gens vont être bouleversés par des amours passés, des fantômes entêtants et la Grande Histoire. Car les États-Unis en 1949 sont en proie à une chasse aux sorcières bien particulière : la « chasse aux rouges » menée par le sénateur MacCarthy.
Deuxième tome de cette passionnante épopée qui nous plonge au cœur du New York de l’après-guerre, on retrouve dans Un Shim Sham avec Fred Astaire tous les ingrédients qui avaient fait le succès du premier tome (chroniqué ici) : la « tribu » de la pension Giboulée sympathique et attachante, la description du milieu du spectacle et de la culture des années 1940, le suspense si particulier qui fait le talent de Malika Ferdjoukh. L’autrice nous plonge dans un roman au rythme effréné et haletant, on passe d’un personnage à l’autre, à la fois heureux·euse mais impatient·e de connaître la suite des aventures des autres. C’est un formidable objet, un roman intense, à la fois hommage au cinéma et au théâtre de l’après-guerre (on croise Marlon Brando, Fred Astaire, Lee Strasberg, Elia Kazan et tant d’autres), ode à la puissance de l’imaginaire et à la nécessité de croire en ses rêves (car nos jeunes héroïnes se battent de toute leur âme pour y arriver) et réflexion passionnante sur le revers de l’American Dream. Car Malika Ferdjoukh décrit tout aussi justement la question de la ségrégation raciale, miroir déformant de la société américaine des années 1940-50 et la « Red Scare » (peur du Rouge) qui déferle sur l’Amérique puritaine et conservatrice en 1948. Une chasse aux sorcières dont les artistes sont les premières victimes et qui traumatisera la société. En bref, c’est une belle plongée au cœur du New York d’après-guerre que nous propose Malika Ferdjoukh, aussi réussi qu’une comédie musicale de Fred Astaire…
Le cercueil à roulettes![]() d’Alexandre Chardin Casterman 15€, 145×220 mm, 369 pages, imprimé en France, 2020. |
Broadway Limited : 2. Un Shim Sham avec Fred Astaire![]() de Malika Ferdjoukh L’école des loisirs 18,50€, 148×218 mm, 473 pages, imprimé en France, 2018. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.

