Mes deux coups de cœur du jour sont des romans à destination des adolescent·e·s et des adultes aussi, car on y parle de la famille, du lien qui unit ses membres, mais également de ce qui peut parfois les éloigner.
Lucas a 16 ans et sa relation avec son père s’est progressivement dégradée. Non pas qu’ils soient fâchés, mais ils ne se parlent plus vraiment, ne connaissent plus grand-chose de la vie de l’autre. Un père préoccupé par d’autres choses, et un fils qui n’est plus l’enfant qu’il était, simplement devenu un adolescent qui redoute de s’ennuyer pendant une semaine seul avec son père. C’est dans le chalet de montagne familial que vont se dérouler quelques jours qui peuvent les rapprocher autant que les éloigner. Et c’est précisément ce lieu qui sera le recueil de leurs confidences silencieuses à tous les deux, de leur sentiment d’impuissance face au temps qui passe. « … d’un coup je voulais avoir trois ans, je voulais qu’il s’occupe de moi, je voulais qu’on arrête de se jouer la comédie, lui et moi. Alors ça a craqué, j’ai chialé, je le regardais pas, je regardais le feu, je sentais qu’il aurait voulu dire quelque chose, mais c’était bien, qu’il dise rien, je sentais qu’il était là, démuni, qu’il ne comprenait pas, et moi je ne comprenais pas tout non plus, pourquoi ça me faisait ça, comme si le mur qui s’était monté entre nous ces dernières années était en train de se fissurer. Ou de tomber. L’enfance. Un jour ça s’en va. Je pensais que je ne m’en apercevrais pas. Mais ça fait un bruit terrifiant. Un bruit d’orage. »
Ce nouveau roman de Madeline Roth mêle subtilement ces deux voix qui ne peuvent pas forcément tout se dire, mais qui sont là, l’une pour l’autre. Un très beau texte court, qui pose des mots délicats sur ce que l’on peut ressentir quand on est adolescent, quand on grandit, et quand on est parent. L’écriture est pudique, discrète, et en même temps parfaitement juste, comme toujours chez Madeline Roth. On est avec Lucas. Puis on est avec son père, et tour à tour, nous les comprenons.
Un texte à lire, que l’on soit adolescent·e, parent, ou adulte en devenir.
Matthieu apprend que sa mère, qu’il n’a pas revue depuis des années, vient de succomber à un cancer. De retour chez elle pour l’enterrement, il découvre que Bianca souhaitait être enterrée en Sardaigne, sur ses terres natales, et qu’elle a laissé des consignes pour que Matthieu puisse se rendre sur place avec son demi-frère et sa demi-sœur, qui étaient encore des enfants lorsqu’il a quitté la maison. Il y aura donc un voyage à bord d’un van à travers l’Italie et jusqu’en Sardaigne, mais il sera loin d’être joyeux. Ces retrouvailles-là auront un goût singulier, entre l’incompréhension de son frère et de sa sœur face à un grand-frère qui les a abandonné·e·s, la tristesse face à la mort de leur mère, et l’envie de tenter de rattraper (un peu, puisque le voyage sera long) le temps perdu.
La couverture aux couleurs chaudes nous annonce un voyage, un dépaysement, peut-être même des vacances. En réalité, Ciao Bianca est d’abord une histoire de disparition. Si Vincent Villeminot est un auteur prolifique, il ne faut pas pour autant ranger ses romans jeunesse dans un seul genre. Après avoir creusé la veine apocalyptique, la dystopie, ou encore le roman noir, il explore ici une veine plus réaliste. Mais il continue d’interroger des sujets qui semblent traverser de plus en plus ses romans : la question de la famille, au sens large, celle que l’on se choisit ou celle du sang, la fratrie, les liens que nous gardons en héritage, la transmission… Ciao Bianca est aussi un roman sur le deuil, bien sûr, mais à aucun moment il n’est larmoyant. À l’inverse, tout y est doux. Les liens qui se retissent petit à petit entre l’aîné et ses frère et sœur, comment chacun réapprend à se connaître sans en faire trop ni vouloir aller trop vite. Même le deuil se fait en douceur, chacun respectant l’autre et sa façon de vivre ces instants difficiles où il faut dire adieu à une mère.
Un voyage lumineux en terres italiennes, un roman familial doux sur le deuil et la fratrie, par un auteur qui ne cesse de se renouveler et de nous surprendre.
Mon père des montagnes de Madeline RothLe Rouergue dans la collection doado 9 €, 210×140 mm, 74 pages, imprimé en France, 2019. |
Ciao Bianca![]() de Vincent Villeminot Fleurus 13,90 €, 210×140 mm, 336 pages, imprimé en France chez un imprimeur écoresponsable, 2019. |

« Un instant, un seul, lui fait déserter son corps : le temps des livres. Le corps de l’enfant qui lit n’est plus qu’un tas de vêtements qu’il a jetés n’importe où. Le livre est ouvert sur la moquette. Les vêtements glissent du lit ou font les pieds au mur. Il est en train de lire. […] Il n’y a plus personne dans la chambre. L’enfant est très loin de là, dans un corps plus ample, au milieu des vagues, loin de nous. » Timothée de Fombelle, Neverland.

de Madeline Roth
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