Les deux bandes dessinées du jour nous emmènent d’un pays d’Asie chimérique aux confins d’une galaxie où cohabitent humain·es et robots. Un voyage dans le temps et l’espace à la rencontre d’héro·ïnes qui s’affirment.
Dans un pays lointain, en des temps anciens, un couple âgé accueille enfin son premier enfant. Mademoiselle Bang naît avec un tempérament déjà bien affirmé, rejetant sans aucune hésitation les robes et rubans que la servante de la famille souhaiterait lui faire porter. Son père, conscient de toutes les opportunités qui seront refusées à sa fille lorsqu’elle grandira, la présente au village comme son petit garçon. Décidée à mener sa vie comme elle l’entend après la mort de ses parents, Mademoiselle Bang embrasse pleinement son identité de monsieur Bang et prend la route.
Pour écrire L’Incroyable mademoiselle Bang, l’autrice Yoon-sun Park s’est inspirée d’un roman anonyme coréen qui aurait été écrit au XIXe siècle. Elle s’est complètement réapproprié cette histoire pour en faire un conte initiatique féministe, une farce politique et sociale savoureuse. S’il n’est pas question de transidentité à proprement parler, cette bande dessinée brouille les frontières du genre. Mademoiselle Bang évolue avec fluidité et sait tirer profit de l’étroitesse d’esprit des personnes qui l’entourent. C’est parce qu’on
la pensait garçon qu’on l’a autorisée à apprendre à lire et écrire, qu’elle a découvert la poésie et les écrits philosophiques. C’est cette éducation qui lui permet ensuite de travailler au sein de l’administration du roi et de se faire une place de choix dans la politique du pays. Dans une scène cocasse elle accepte même d’épouser une femme sous les applaudissements du village. Yoon-sun Park n’oublie pas de s’attaquer, non sans humour, aux mariages forcés d’enfants, à la mesquinerie des politicien·nes et à la médiocrité en général. Les illustrations aux tons clairs empruntent à l’imaginaire et aux légendes asiatiques (l’histoire nous est racontée par un dragon) tout en s’approchant d’un style cartoonesque. Une ode à la liberté conseillée dès 8 ans par la maison d’édition, mais qui peut être lue jusque bien plus tard pour la finesse de son humour.
Clémentine Chang est une jeune scientifique qui vient de s’installer sur la planète Tithonium après avoir vécu toute sa vie sur Terre. Ses talents et son intelligence lui permettent d’intégrer un atelier de réparation de robots dirigé par la docteure Lin, une véritable star dans le domaine de la robotique et de l’intelligence artificielle. Mais travailler aux côtés de son idole ne s’avère pas si idyllique que cela… Derrière le génie de Dr Lin se cachent de nombreux secrets auxquels Clem se retrouve mêlée malgré elle. Les révélations qui en découleront pourraient bien obliger l’héroïne à se confronter à son propre passé.
Dans Les Particules infinies, l’autrice et illustratrice américaine Wendy Xu imagine un futur où les avancées technologiques auraient permis aux humain·es d’habiter d’autres planètes et de développer des intelligences artificielles capables de devenir de véritables assistantes personnelles intégrées à des corps robotiques. Clem est très attachée à l’éthique dans son métier, au respect des IA et de leurs émotions, mais ce n’est pas le cas de tout le monde, et notamment pas de la docteure Lin. Lorsque Clem rencontre Kye, l’assistant personnel à la forme humanoïde de la scientifique, elle se questionne sur son bien-être et ses raisons d’exister. Ces questions philosophiques développées par l’autrice semblent tout à la fois relever de la science-fiction et de notre réalité (les avancées récentes liées à l’intelligence artificielle en attestent). Wendy Xu met en scène un schéma classique de la SF : l’éveil et la rébellion des IA. Mais ici le but n’est pas de dominer les humain·es, plutôt de réclamer une vie libre et riche d’émotions et de sensations. L’artiste
aborde donc la question de la santé mentale par le biais des robots, mais également à travers son héroïne qui, au contact du tempérament explosif et toxique de Dr Lin, doit affronter ses traumatismes passés. La question de la représentation semble par ailleurs très importante pour l’autrice puisque, fait assez rare pour le noter, Nadiya, la collègue de Clem à l’atelier, porte le foulard, et l’on croise, dans certaines cases, des personnages en situation de handicap. Par ailleurs, et sans trop en dire, la relation qui se développe entre Clem et Kye peut sans doute être qualifiée de queer et est d’une grande tendresse. Le trait bleuté de l’artiste s’approche du manga et apporte douceur et légèreté à l’histoire. Cette bande dessinée qui mêle science et romance avec beaucoup de talent est destinée à un public adolescent et s’inscrit dans la veine de la science-fiction positive popularisée notamment par Becky Chambers du côté des romans.
L’Incroyable Mademoiselle Bang![]() Scénario et dessins de Yoon-Sun ParkDupuis, dans la collection Les Ondines 19 €, 203 x 273 mm, 128 pages, imprimé en France chez un imprimeur écoresponsable, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Les Particules infinies Scénario et dessins de Wendy Xu (traduit de l’anglais par Célia Joseph)Bliss Comics 25 €, 163 x 238 mm, 270 pages, imprimé en France, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aime tellement parler des livres qu’elle en a fait son métier et son hobby ! Libraire généraliste la semaine, Manon écrit pour plusieurs médias le week-end et monte sur des volcans endormis en Auvergne dès qu’il lui reste cinq minutes.


Scénario et dessins de Yoon-Sun Park