Aujourd’hui, je vous propose de faire connaissance avec de drôles d’animaux. Des animaux qui ne ressemblent pas vraiment à ce qu’on pourrait attendre d’eux, qui ne sont pas si dégourdis, pas si forts mais qui ont pour eux une qualité rare : celle de rester eux-mêmes contre vents et marées !
C’est l’été. Dans un pré gambadent des chevaux. Tout est calme jusqu’à ce qu’un intrus vienne perturber la quiétude de ce moment. L’indésirable c’est lui : « Poney ». Drôle de bestiole à qui il manque trois pattes, une queue et un ventre rond pour être considéré comme un véritable équidé. Ses congénères s’empressent d’ailleurs de le lui faire remarquer. Il ne reste qu’une solution à « Poney » : trouver de quoi se constituer un corps pour être intégré à son espèce, quitte à bricoler comme il peut !
Un poney pas comme les autres est un album drôle et subtil. Avec finesse et humour, Anne Vasko nous raconte les tribulations d’un « cheval bâton » qui se pense être un poney alors qu’en réalité il est un jouet. Pour faire illusion et enfin être accepté il décide de se greffer des objets étranges pour se créer un corps (un plot pour faire une patte, la lune comme ventre, et pourquoi pas la queue de cheval d’une petite fille pour faire office de queue ?!) et enfin être accepté. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Sous son apparence burlesque, entretenue par un comique de répétition et de situation que l’autrice-illustratrice maîtrise à la perfection, l’ouvrage ouvre une réflexion sur l’acceptation de soi et le désir de normalité. « Poney » veut être poney, quand bien même il n’en a pas l’apparence ni les caractéristiques physiques. À force de vouloir devenir ce qu’il n’est pas et ne peut pas être, il en devient grotesque, ridicule et surtout il crée des perturbations (la population se plaint de ne plus avoir de lune). C’est grâce à l’humanité d’une petite fille que Poney accepte d’être qui il est… et c’est déjà beaucoup !
Un petit garçon est en extase : enfin, son rêve est exaucé ! Il a son chien à lui : Raoul. Le problème c’est que Raoul ne comble pas exactement toutes les attentes de son propriétaire. Il n’est pas très fort, ni très efficace, ne fera jamais la première page du journal et en plus de ça il ne sait même pas faire les devoirs ! En bref : Raoul est nul. Il reste néanmoins un dernier espoir… Raoul est peut-être un grand chasseur ! Il n’y a qu’une seule façon de le savoir, l’emmener dans les bois et attendre… Oui mais si Raoul ne revenait pas ?
Avec Mon chien qui sert à rien Christine Roussey signe un nouvel album hilarant et percutant. On découvre donc un petit garçon ronchon et son chien « nul » Raoul. Sous les traits de l’autrice-illustratrice, Raoul a l’air en effet d’être un chien peu vif et flegmatique, là où son propriétaire aimerait avoir un animal de compétition prêt à braver tous les dangers. Mais il doit se rendre à l’évidence : jamais Raoul ne sera numéro 1. Alors qu’il l’emmène dans les bois, bien décidé à tester son degré de sauvagerie, Raoul disparaît, laissant l’enfant sombrer dans une profonde tristesse. Car, même si Raoul n’est pas le plus fort ni le plus beau, il reste « Raoul », l’animal du petit garçon, son confident, qu’il aime dorloter, gratter, serrer dans ses bras, pour rien, juste pour ça. C’est avec une grande sensibilité que l’autrice nous suggère de faire finalement comme Raoul : ralentir ou rester à côté. Ne pas forcément être le premier, ne pas être « le plus ». C’est une ode à la décélération, contre l’esprit de compétition qui parfois entache trop nos vies et celles des enfants dès leur plus jeune âge. C’est intelligent et pertinent. Au final, le petit garçon prend conscience de la chance qu’il a d’avoir Raoul, et décide de l’aimer pour lui, simplement pour lui.
Un poney pas comme les autres![]() ![]() d’Anne Vasko (traduit de l’anglais par Laurana Serres-Giardi) Rue du Monde 16 €, 220×260 mm, 37 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Mon chien qui sert à rien ![]() ![]() de Christine Roussey La Martinière Jeunesse 13,90 €, 210×290 mm, 26 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.



