Je vous emmène aujourd’hui à la rencontre de deux mondes vaillants, mais hésitants, merveilleux mais dangereux, avec la féerie dynamique de l’Agence Mondétranges et la bravoure maladroite des héro⋅ïnes de Fraternidad.
Flick est une enfant-ado de douze ans. Elle a un petit frère brailleur, des parents trop occupés et un appétit dangereux pour tout ce qui sort de l’ordinaire. Alors qu’elle se balade le nez au vent et la truffe à l’air dans le village paumé où elle et sa famille viennent d’emménager, un vieil atelier de bois vermoulu attire son attention. Elle entre ; le nuage de poussière qui l’accueille ne la décourage pas. Et le jeune homme aux manières surannées avachi derrière son bureau au fond de l’agence non plus. Flick ne peut détacher son regard des dizaines de valises empilées contre les murs de la pièce. Et quand l’une s’ouvre toute seule, livrant passage à un couple (et à un poulpe à la taille fort peu terrienne), la jeune fille sent son cœur bondir dans sa poitrine… Elle va découvrir un espace alternatif où les mondes s’imbriquent et se répondent par valises interposées, où la magie circule comme un fluide, mais où l’équilibre menace de casser.
Un univers de conte de fées teinté d’un charme Jules-Vernien, où l’Angleterre des campagnes trop sages abrite le merveilleux. Ce premier tome de L’Agence Mondétranges nous plonge dans une aventure où l’on change d’endroits et de sensation à chaque valise qui s’ouvre… et l’on se laisse emporter, fluidement, joyeusement ! L’univers est vraiment palpable et la fantaisie s’inscrit dans un vocabulaire agréable, parfois drôle, jamais opaque comme parfois dans les histoires qui se passent ailleurs, et les personnages sont à l’image du lieu, à la fois magiques et décalés, réalistes et inspirants. Leurs relations sont touchantes. Flick en particulier est une petite héroïne vive et passionnée dont j’ai adoré le développement, en parallèle avec une intrigue pleine de rebondissements et de palpitations bien placées. À travers les mondes, il s’en passe des choses… et la magie n’est pas une matière stable.
C’est l’histoire d’un ado, Ed Perry, un peu paumé, un peu tocard, qui, pour oublier son malheur, se prend pour un chevalier en galopant dans la lande le soir avant de rentrer chez lui, là où sa sœur et sa mère croupissent lentement.
Un beau jour, il rencontre une fille sur Internet — Selene — qui *surprise* partage la même passion dévorante pour la chevalerie et la même envie (tout aussi dévorante) de rendre le monde meilleur.
Ensemble, les deux ados vont essayer de faire quelque chose, n’importe quoi, pourvu que ce soit beau, que ce soit brave, que ce soit chevaleresque.
Un roman qui ne laisse pas indifférent⋅e, dont on sort secoué⋅e. Malgré une atmosphère qui s’alourdit au fur et à mesure, devenant étouffante et viciée sans que cela apporte rien à l’intrigue selon moi (mention d’abus sexuels que j’ai trouvée assez gratuite), je me suis laissé emporter par les passages rimés intégrés à la prose, qui sont des bouffées d’air pur au milieu de ce noir marasme (de même qu’Ed s’aide de la poésie pour sortir de son marasme à lui… ?). L’ambiance de terreur et de méfiance qui règne, et à laquelle les personnages semblent échapper, nous donne peut-être l’illusion — ou l’espoir — de pouvoir y échapper nous aussi, ce qui n’est pas rien dans cette ambiance morose de confinement ; les noms sont magnifiques, exceptionnels, parfaits pour les personnages (tels que le cheval Fenton de la Mare) ou ceux qu’ils auraient pu être s’ils avaient été mieux traités (tels que… Selene). En effet, le traitement des personnages féminins m’a gêné, parfois cliché et un peu creux, ce que j’ai trouvé dommage car ils partaient très bien, surtout Selene avec son sublime prénom ; j’ai eu l’impression de passer à côté d’elle. Mais, en restant averti⋅e de tous ses défauts, la forme enivrante du roman et ses aventures de cape et d’épée au XXIe siècle valent le détour.
L’Agence Mondétranges![]() ![]() de L.D. Lapinski (traduit de l’anglais par Laure Porché) Hachette romans 15,90 €, 136×215 mm, 296 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Fraternidad![]() de Thibault Vermot Sarbacane, dans la collection Exprim’ 18 €, 136×217 mm, 624 pages, imprimé en France, 2019. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »


