Aujourd’hui, je vous propose de vous « ensauvager ». D’abord, je vous emmène en balade en forêt, au rythme des saisons, pour découvrir le monde merveilleux qui se trouve derrière les feuillages et les branches et puis, il faudra se faire discret·ète pour admirer le retour des loups à Yellowstone !
Voici donc une forêt qui se raconte. Elle se livre à nous et dévoile ses secrets : qui se cache derrière les fourrés, entre les hautes branches de ses arbres au printemps. Ce que l’on peut trouver en fouillant dans les feuilles mortes en automne. Écosystème remarquable, refuge pour un grand nombre d’animaux, cette forêt majestueuse et impériale nous emmène au cœur de son monde.
Forêt sauvage est un album à mi-chemin entre le conte et le documentaire. Ici, Emmanuelle Houssais a décidé de faire de ce lieu le personnage principal de l’ouvrage. Ainsi, c’est donc la forêt, pensée comme une entité propre, qui se présente aux lecteurs et lectrices et leur propose de l’accompagner durant une année entière, au rythme des saisons. De son sous-sol jusqu’aux cimes des arbres, la forêt se confie et nous invite à regarder d’une autre manière la faune et la flore qui nous entoure. L’autrice-illustratrice joue ici avec nos représentations. Ainsi, c’est la forêt qui nous scrute, nous incitant à ne pas voir dans la nature qu’un décor à notre service, mais bien un « vrai » monde, où cohabitent des essences et des espèces diverses. Ce monde du vivant, nous en faisons partie, et il est donc nécessaire de le voir, de l’écouter et de lui parler, semble nous dire la forêt. L’album est didactique et poétique, et les illustrations vives et colorées offrent à voir un monde où humain·es, animaux et végétaux peuvent vivre dans un respect mutuel : une utopie réalisable en somme !
C’est un territoire désertique où rien ne pousse. On y trouve des wapitis par centaines qui continuent, inlassablement, à brouter les maigres brins d’herbe qui subsistent. Ce sont eux qui ont contribué à transformer les vertes prairies que l’on trouvait autrefois à Yellowstone en ce paysage de désolation. Mais voilà que dans la plaine, on entend une cavalcade : les loups sont de retour, et avec eux, la promesse d’une terre plus verte.
D’abord, il faut dire que Le retour des loups est un album superbe et inventif. Ainsi, on peut le lire à la fois du côté recto mais également du côté verso. Le côté recto nous raconte une histoire : celle d’un espace désertique où des wapitis en surnombre ont détruit tout un écosystème. Le retour des loups est une bénédiction, car, en régulant l’espèce, ils permettent également à la nature de respirer à nouveau. Page après page, le paysage brun et terne du début se transforme : la flore reprend ses droits. Les arbres se dressent, vigoureux et fiers, et très vite, c’est une faune qui refait son apparition : oiseaux, castors, loutres, canards, rats musqués, poissons, ours… On referme le premier côté avec sous les yeux une nature luxuriante, mais avec une question en tête : qu’est-ce qui a provoqué le déséquilibre de cet écosystème ? La partie verso — documentaire — nous donne la réponse : l’éradication des loups par l’espèce humaine. À la fin du XIXe siècle, lorsque le parc de Yellowstone est créé, les Américain·es décident l’extermination de cette espèce, considérée comme nuisible. Cet ennemi a pourtant un rôle primordial, car en limitant le nombre de wapitis, il participe à l’équilibre des espaces naturels. C’est un album bouleversant, un plaidoyer pour le « réensauvagement » et la réintroduction du loup, mais sans manichéisme. Maltraité, stigmatisé, antihéros de nos contes d’enfants, le loup n’en demeure pas moins nécessaire pour la survie de nos écosystèmes. Et les humain·es, si iels ont contribué à le détruire, peuvent aussi inventer de nouvelles formes de solidarité avec lui et l’aider à retrouver son habitat naturel.
Forêt sauvage![]() ![]() d’Emmanuelle Houssais Les Éditions du Ricochet 17 €, 302×302 mm, 36 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le retour des loups ![]() ![]() Texte de Nadja Belhadj, illustré par Marc Majewski Saltimbanque Éditions 18 €, 208×307 mm, 42 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


