Aujourd’hui, deux héroïnes très différentes décident de ne pas se laisser dicter leur conduite. Au fond des bois, une petite hérissonne déterminée refuse qu’on lui explique comment manger sa mûre tandis que l’impétueuse Victorine nous raconte sa vie, libre et loufoque !
Qui ne s’est jamais demandé comment manger une mûre ? En voilà une question philosophique et qui n’a jamais traversé l’esprit de notre héroïne, une petite hérissonne. Ce charmant animal découvre une ronce à proximité de chez elle sur laquelle pousse la plus belle, la plus grosse, la plus appétissante mûre qui existe. Lorsqu’elle est à point, elle décide de la cueillir et de la déguster. Mais c’est sans compter les avis experts que lui prodiguent les habitant·es de la forêt… Va-t-elle les suivre ?!
C’est un récit gourmand et drôle que nous propose Ulrika Kestere avec Une hérissonne bien sensible. On suit les tribulations de cette petite héroïne malicieuse qui n’a qu’une idée en tête : manger cette baie. Mais entre la cueillette et la réalisation de ce projet, la hérissonne va devoir passer des étapes dignes des travaux d’Hercule. Ainsi, chaque animal s’en mêle, lui distillant conseils et recommandations quant à la dégustation du fruit. L’autrice joue sur le comique de répétition et sur le ridicule de la situation. C’est à la fois hilarant et touchant. Avec
finesse, l’album nous propose une réflexion intelligente sur l’influence que peuvent avoir sur nous les plus vieux et vieilles, les plus fort·es ou les plus audacieux·ses. Les arguments d’autorité sont détournés dans la bouche des animaux et, finalement, la « jeune naïve » décide de faire comme cela lui chante. Les illustrations gracieuses et vives mettent en valeur un univers féérique et forestier où les animaux sont mis à l’honneur (puisqu’ils occupent une grande partie des pages) comme dans une fable. Moralité de l’histoire : soyez vous-même et ne vous laissez pas dicter votre conduite.
La vie de Victorine est « longue et rocambolesque », comme elle aime à la décrire. Enfance bourgeoise ennuyeuse où elle apprend le solfège, le latin, la morale et les travaux d’aiguille et elle est toute destinée à devenir une épouse modèle (d’ailleurs ses parents lui ont déjà choisi un charmant prétendant qu’elle doit rencontrer lors d’un bal). Oui mais voilà, alors qu’elle s’y rend en calèche, accompagnée de sa sœur et de ses cousins, l’un d’entre eux décide de lui glisser un scarabée dans son corsage. Obligée d’arracher ses vêtements, elle s’enfuit nue… et voit sa vie prendre un tour radicalement différent !
Quel curieux objet que ce Votez Victorine ! À la fois hymne féministe et hommage à la peinture impressionniste, ce superbe album réjouira les plus jeunes. Claire Cantais nous conte la vie romancée de Victorine (la femme nue sur le tableau de Manet, Le Déjeuner sur l’herbe – qui scandalisa à l’époque) au travers d’une plongée épique dans le monde de l’art du XIXe siècle. L’autrice répond à la question qui brûla les lèvres des détracteurs du peintre à l’époque :
mais pourquoi diable est-elle nue ? C’est une opération de réhabilitation de ce modèle qui nous est ici proposée. Ainsi, Victorine devient un personnage romanesque drôle et intransigeant, qui refuse la vie bourgeoise et ennuyeuse à laquelle elle est promise pour devenir l’héroïne de sa propre vie : elle s’enfuit nue d’une calèche et se retrouve au premier plan d’un tableau de Manet, puis chez le Douanier Rousseau pour se faire une robe de fortune, elle choque la bonne société de la Réunion de famille de Bazille avant de rencontrer une clownesse de Toulouse-Lautrec qui lui prodigue de précieux conseils, et terminera même travestie et présidente de la République ! Chaque aventure de Victorine se passe à l’intérieur d’un tableau. C’est étonnant, réjouissant et très drôle. Maniant la technique du papier découpé à la perfection, jouant sur l’introduction de son héroïne dans divers tableaux, Claire Cantais nous propose une œuvre originale et séduisante, à la croisée de l’histoire, de l’art et du burlesque. Et franchement, c’est très réussi !
Une hérissonne bien sensible ![]() ![]() de Ulrika Kestere (traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy) L’étagère du bas 14 €, 220×287 mm, 32 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Votez Victorine! ![]() ![]() de Claire Cantais L’Atelier du Poisson Soluble 16 €, 220×220 mm, 56 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.



