Aujourd’hui, deux romans, deux personnages féminins au centre de l’intrigue. La première Jan, a un caractère bien trempé et donnera la raclée à qui dira le contraire. La seconde, Agnès, conduit le tramway suite à la mobilisation des hommes sur le front de la Première Guerre mondiale.
Jan, de son vrai prénom (qu’elle trouve moche) Janis, se défend très bien toute seule, a du mal à rester bien à sa place au collège, s’entend mieux avec les garçons et aime sa famille un peu à part. Sa mère vend des chaussures, son père est au chômage et en ce moment, on ne peut pas exactement dire que l’ambiance soit au beau fixe à la maison, surtout depuis qu’un recommandé de la banque est arrivé par-dessus le marché. Jan et Arthur, son petit frère, sentent bien que ça va mal tourner, que la situation est plus tendue que d’habitude, jusqu’à ce qu’une énorme dispute éclate, que le père se fasse mettre dehors et que la mère parte faire un tour pour prendre l’air. Les enfants se retrouvent tout seuls, un peu désemparés, attendant le retour de leur mère une heure, deux heures… toujours rien. Jan, qui n’a pourtant peur de rien, finit par appeler la police après avoir essayé de se persuader que tout allait rentrer dans l’ordre. Mais la solution des agents n’est pas exactement à la hauteur de ses espérances : le foyer d’accueil. Pour le moment, la situation n’est pas encore complètement désastreuse. L’école est toujours la même, les parents viennent en visite une fois par semaine… jusqu’au placement en famille d’accueil.
« Je suis pas le genre de personne qu’il faut chercher des noises ». Le roman s’ouvre sur cette phrase de Jan, narratrice, qui manie la langue à sa façon et expose immédiatement au lecteur et à la lectrice son tempérament de feu. Et c’est parti pour une lecture haute en couleur, pleine de caractère, mais surtout incroyablement réaliste. On fait littéralement corps avec le personnage, on vit et on ressent les mêmes émotions en même temps et on a vraiment cette envie que l’histoire ne s’arrête jamais. De la famille au foyer, du foyer jusqu’à la famille d’accueil, puis au retour au foyer… toutes les étapes de la vie de Jan s’étalent devant nos yeux, sans jamais aucun pathos. Claudine Desmarteau réussit l’exploit de nous plonger dans un milieu familial qui pourrait être caractérisé de « à problème » et pourtant, aucun jugement de valeur, rien, juste une histoire de famille.
Un diamant brut à dévorer d’une traite.
Pendant la Première Guerre mondiale, Agnès travaille à l’usine pour essayer de subvenir aux besoins du ménage, pendant que Célestin, son mari, est mobilisé sur le front. Un jour, alors qu’elle rentre de l’usine en tramway, on lui demande son billet et à sa grande surprise, le contrôleur est une contrôleuse ! D’abord honteuse d’avoir été ainsi choquée, Agnès se retourne vers un autre voyageur qui lui explique qu’avec la guerre, beaucoup de femmes se sont mises à occuper des places normalement réservées aux hommes, par manque de personnel disponible. D’ailleurs, ces femmes gagnent extrêmement bien leur vie. La jeune femme n’en croit pas ses oreilles ! Une fois chez elle, gonflée d’espoir, elle décide d’aller au siège de la compagnie des omnibus et tramways le lendemain même, pour obtenir elle aussi une place de contrôleuse. Malheureusement, toutes les places sont prises et c’est ainsi qu’Agnès se retrouve à conduire le tramway ! Elle est folle de joie, elle qui a toujours été fascinée par ces machines ! Elle essuie bien sûr des moqueries, même quelques insultes de la part d’hommes et de femmes qui ne trouvent pas sa place respectable, mais elle s’en moque et raconte son expérience avec passion à son mari retenu au front. Puis, la guerre se termine, les soldats sont démobilisés. Elle est folle de joie de retrouver Célestin qui lui, a totalement changé. Brisé par les atrocités de la guerre, il a perdu toute sa joie de vivre qui séduisait tant Agnès, il boit, devient violent et ne comprend pas pourquoi sa femme ne retourne pas à l’usine. Puis l’homme qui occupait le poste de la jeune femme rentre lui aussi et elle est immédiatement renvoyée. Elle pleure de rage et doit retourner à l’usine où ses ex-collègues sont loin d’être tendres. Mais, une de ces anciennes amies, aussi renvoyée avec la démobilisation lui parle des suffragettes, de la lutte des femmes pour obtenir plus de droits et c’est une nouvelle vie qui commence pour Agnès, une vie de femme engagée.
Ce roman est d’une absolue nécessité ! Il dit tout du combat des femmes, de leur place pendant la guerre, de l’utilisation que la société en a faite pour ensuite les enfermer dans leur foyer à nouveau. Il parle des débuts de la lutte des femmes qui se refusent à être utilisées puis jetées ensuite, et de comment en se fédérant petit à petit, elles ont réussi à avoir de plus en plus de poids pour obtenir gain de cause. Ainsi qu’une place méritée dans la société. J’ai lu ce roman d’une traite, puis je l’ai fermé, abasourdie, en me disant que nous ne sommes finalement pas si loin de cette période et que la lutte est encore et toujours d’actualité. Mais pour le moment, nous pouvons regarder les progrès faits depuis ces années d’entre deux guerres et continuer à nous battre pour obtenir l’égalité totale.
Un livre qui devrait être présent, lu et étudié dans toutes les classes.
Jan![]() de Claudine Desmarteau Thierry Magnier 14,50 €, 220×140 mm, 200 pages, imprimé en France, 2016. |
Celle qui voulait conduire le tram![]() de Catherine Cuenca Talents hauts dans la collection Les héroïques. 14 €, 148×210 mm, 160 pages, imprimé en Bulgarie, 2017. |
Aime le papier bulles et les dinosaures.


“Jan ” à l’air bien tentante!!!!
Claire, allez-y les yeux fermés, il est absolument génial !