Les deux livres du jour parlent de santé mentale et de quête des origines. Dans Joana dans tous ses états, une jeune sorcière essaie de combattre ses démons, tandis qu’Une vie avant la mienne évoque le parcours d’une jeune femme qui souhaite comprendre d’où elle vient.
Joana débute son apprentissage dans l’institut magique WitchCo qu’elle a toujours rêvé d’intégrer. Mais alors qu’elle s’adapte à sa nouvelle vie londonienne, entre rencontres et intégration, la tristesse, la fatigue et les doutes l’assaillent. Aidée par ses proches, elle va apprendre à combattre ses « dragons intérieurs ».
Joana dans tous ses états est un roman graphique aux planches aussi belles que son contenu est difficile. C’est avec beaucoup de sensibilité qu’il aborde des thèmes tels que les Troubles du Comportement Alimentaire, la dépression ou encore l’anxiété. Joana est un personnage touchant que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir tout au long du récit. C’est une jeune femme qui a beaucoup de ressources et qui est presque obsédée par l’idée d’être heureuse. Elle vit enfin son rêve, il lui est donc inconcevable de ressentir des émotions négatives liées à sa nouvelle vie. Mais à force de les ignorer, la tristesse, le doute et l’inquiétude s’accumulent jusqu’à lui exploser en plein visage. Ça n’a pas été une lecture facile pour moi, car nous voyons Joana peu à peu sombrer et s’enfoncer dans son mal-être. À cela s’ajoute du harcèlement au travail, dont elle n’arrive pas vraiment à parler. Tout cela fait de ce roman graphique un ouvrage difficile, tant pour les sujets qu’il aborde que pour les émotions qu’il transmet. Pour autant, et c’est ce que j’ai trouvé vraiment génial, Joana parvient à s’en sortir. Elle prend rendez-vous avec une femme qui l’aide à traiter ses « dragons intérieurs », à apprendre à les combattre mais également à les accepter. Peu à peu, on la voit se relever, guérir, aller mieux. Joana dans tous ses états est un très bel ouvrage, qui peut aider à parler de sujets parfois considérés tabous et qui est, en plus de cela, très joliment illustré.
Nima est tiraillée entre deux cultures : celle de son pays d’adoption, les États-Unis, et celle du Soudan, le pays de ses parents, qu’elle rêve tant de connaître. Mais alors qu’elle se retrouve soudainement projetée dans le passé, elle découvre les drames familiaux qui ont conduit sa mère à fuir son foyer…
Il y a des romans qui bouleversent, qui bousculent, de par leur thématique. Une vie avant la mienne est de ceux-là. On y parle de quête d’identité, de quête des origines, d’une jeune fille qui ne trouve sa place nulle part. Élevée selon la culture soudanaise aux États-Unis, fille d’immigrée, elle est mise à l’écart par ses camarades de classe et n’arrive pas à créer de liens. Pas assez américaine pour s’intégrer, mais pas non plus assez soudanaise pour avoir une culture à à laquelle se raccrocher. Nima a beaucoup de ressentiment envers sa mère, qu’elle tient responsable de sa vie médiocre et de l’absence de son père. Elle rêve d’être quelqu’une d’autre, une jeune fille plus assurée, plus vive et joyeuse. Mais surtout, elle rêve d’aller au Soudan, d’en apprendre plus sur ce pays qu’elle ne connaît que par les quelques photos volées à sa mère et sur une famille qu’elle n’a jamais connue. Nous sommes plongé⸳es dans ses pensées tout au long du récit, pensées qui nous sont transmises en vers libres, un style d’écriture que j’ai trouvé particulièrement adapté au texte. Puis, il y a un basculement. D’un coup, Nima est projetée dans le passé, au Soudan, à l’époque où le destin de sa mère et le sien ont changé. Accompagnée d’une étrange entité qui pourrait être celle qu’elle a toujours souhaité être, elle découvre la vie joyeuse et pleine d’espoir de sa mère et de ses proches, de son père également. Mais elle découvre aussi les mauvais côtés, ceux qui ont amené au drame et ont poussé sa mère à partir en quête d’une vie meilleure à l’étranger. Je ne savais pas quoi penser de cette soudaine intervention du fantastique dans ce récit qui était jusque là très terre à terre, mais force est de constater que l’effet est frappant. Cela nous immerge d’autant plus dans l’histoire, dans les émotions et les pensées de Nima, dans la vie de sa famille. Une vie avant la mienne est un roman touchant et percutant, porté par une plume magnifique et sensible.
Joana dans tous ses états![]() de Lara Pickle (traduit de l’anglais par Axelle Demoulin et Nicolas Ancion) Hachette Romans 17 €, 150×230 mm, 210 pages, imprimé en Espagne, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Une vie avant la mienne![]() de Safia Elhillo (traduit de l’anglais par Aylin Manço) Bayard Jeunesse 14,90 €, 140×210 mm, 239 pages, imprimé en Italie, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Passionnée de lecture depuis toujours, j’adore découvrir de nouvelles histoires et de nouveaux univers. J’aime échanger autour de ma passion, parler pendant des heures du dernier roman que j’ai lu, réarranger sans cesse ma bibliothèque et me balader en brocante à la recherche de petites pépites.


