Aujourd’hui, une chronique qui fait la part belle à la famille et plus spécifiquement aux femmes, aux mères et aux grand-mères, grâce à deux beaux albums qui célèbrent, chacun à leur façon, deux personnages féminins hauts en couleur ! Belle découverte !
C’est l’histoire d’un secret qui bientôt n’en est plus un. Une femme à la pilosité abondante se rase la barbe tous les matins. Ça, c’est ce que raconte son fils. Et puis un jour, cette femme décide de passer outre les regards réprobateurs et les conventions sociales et arrête de se servir de son rasoir…
Ma mère est une femme à barbe est un album subtil et intelligent. Raphaële Frier nous conte une histoire à hauteur d’enfant — le narrateur est le petit garçon de cette « femme à barbe » — qui questionne les notions de normes et de marginalité dans la société. L’enfant, donc, nous raconte sa mère, à sa façon. Elle a une particularité physique évidente, difficile à assumer en société. Son fils comprend les réactions, analyse les moqueries. Mais rien n’y fait, il reste fasciné par sa mère et l’admire. Page après page, il vante les mérites de cette barbe : « la barbe de maman est très utile : par temps froid, pour jouer à cache-cache ». C’est un album émouvant, tout en finesse, qui déconstruit les stéréotypes de genre, apprend à regarder l’autre avant de juger et interroge notre rapport à la « normalité », si jamais elle existe. Ce bel ouvrage est porté par les illustrations colorées d’Herbéra. Les personnages évoluent dans un univers fleuri, coloré, un cocon de sûreté, où il n’apparaît pas absurde qu’une femme puisse avoir une barbe sans être l’objet de rejet… Et cela fait du bien !
Au Japon, il existe une profession bien particulière : de feu d’artifice. Si ce métier est réservé aux hommes, les hanabishi, qui jouent un rôle social important, il n’en demeure pas moins qu’au moins une femme a réussi à le devenir : la grand-mère de la narratrice. Celle-ci transmettra-t-elle ses secrets à sa petite-fille ?
D’abord, il faut dire qu’Hanabishi est un album lumineux empreint d’une grande poésie. L’histoire contée par Didier Lévy, très originale, est portée par les magnifiques illustrations de Clémence Monnet, tableaux colorés qui emplissent les pages et plongent les lecteurs et lectrices dans un monde enivrant. Ainsi, on suit les tribulations familiales d’une petite fille dont la grand-mère est hanabishi. L’enfant souhaite ardemment que sa grand-mère lui enseigne son métier, au grand désespoir de sa mère. Cependant, la narratrice désobéit à sa mère et l’aïeule en vient à lui raconter sa vie, son désir de devenir hanabishi, ses déboires, mais aussi et surtout elle lui raconte le ciel : les astres, le soleil, les galaxies… C’est alors tout un monde qui s’ouvre à l’enfant. Cet album nous parle de transmission, de la nécessité de parler au cœur d’une famille, de faire rêver un enfant. Car c’est là, au cœur de ces discussions, que naissent parfois les vocations. Cet album questionne aussi la volonté de croire en son destin et de transgresser les règles. Car cette femme, qui devient hanabishi, a bravé bien des interdits, rompu avec une tradition ancestrale : celle de réserver cette profession aux hommes pour pouvoir faire ce qui lui plaît. On referme l’album un peu ailleurs, comme lorsqu’on se réveille d’un doux songe, la tête emplie de feux d’artifice et de nuits étoilées — si bien dessinées par Clémence Monnet —, mais surtout apaisé.
Ma mère est une femme à barbe![]() ![]() Texte de Raphaële Frier, illustré par Herbéra Blast 14 €, 170×220 mm, 38 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Hanabishi ![]() ![]() Texte de Didier Lévy, illustré par Clémence Monnet Sarbacane 16,50 €, 237×319 mm, 32 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.





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