Aujourd’hui, je vous propose un voyage dans le temps. Le premier album nous transporte « au temps des cerises » de la Commune de Paris qui, le temps d’un printemps, laissa croire en la possibilité d’un ailleurs politique. Quant au second, il retrace sous forme de bande dessinée la vie de Gisèle Halimi et ses combats — toujours d’actualité.
Nous sommes en mai 1871 à Paris. Louise, fille de postier, vit au rythme de la révolution qui a démarré le 18 mars : la Commune. Si ses parents se battent farouchement pour conserver leur liberté et inventer un nouveau monde, Louise observe et participe même à la grande histoire ! Alors que le courrier est contrôlé par le gouvernement et ne peut plus passer les frontières de la ville, les communard·es décident d’expédier les lettres… par ballon ! Louise, entourée de ces bonnes nouvelles, s’envole avec eux.
Si l’histoire a retenu Louise Michel comme héroïne de la Commune de Paris, Didier Daeninckx et Mako font de Louise, l’enfant anonyme, la narratrice de cette jolie histoire. Ainsi, on suit les pérégrinations d’une enfant au cœur de l’expérience anarchiste la plus courte et la plus réjouissante du XIXe siècle. Entre le mois de mars et le mois de mai 1871, des Parisiens et Parisiennes s’insurgent contre la politique menée par le gouvernement fraîchement élu de la Troisième République et s’organisent : des mesures sociales, féministes et communistes sont prises. Au cœur de l’album, se joue une intrigue : comment faire passer le courrier à l’extérieur de la capitale ? Car le gouvernement d’Adolphe Thiers tient à isoler la Commune de Paris et à contrôler toute information la concernant pour mieux manipuler l’opinion publique. Ce combat singulier auquel participe Louise s’inscrit dans une histoire plus collective.
L’ouvrage est émouvant, drôle et permet de comprendre les enjeux de l’époque à hauteur d’enfant. À chaque page, quelques notes reviennent sur un événement clef de cette période pour permettre aux jeunes lecteur·trices de s’imprégner de l’époque et des tensions politiques. Les illustrations de Mako accompagnent parfaitement cette histoire de lutte et de rêve, nous plongeant dans un Paris à feu et à sang, mais qui a soif de s’émanciper.
Née en Tunisie en 1927, Gisèle Halimi est très tôt confrontée aux inégalités de genre au sein de sa propre famille. À 10 ans, elle fait une grève de la faim pour protester contre les tâches ménagères qu’on lui impose. Cette première bataille — qu’elle remporte — est à l’origine de son combat pour la justice. Devenue avocate, elle se bat pour la dignité humaine : celle des Algérien·nes du FLN torturé·es par l’armée française, celle des femmes contraintes d’avorter, des femmes violées, et plus tard pour une Europe des femmes.
En 2020, Gisèle Halimi avait publié avec Annick Cojean son autobiographie Une farouche liberté, où elle revenait sur sa vie et sur ses engagements militants. Ce testament politique est ici mis en scène et en couleur sous forme de bande dessinée. C’est avec grand plaisir qu’on plonge dans la vie de cette avocate, pionnière de la deuxième vague féministe, avant-gardiste d’un
certain nombre de combats. Très didactique, l’album retrace chronologiquement la vie d’Halimi et n’oublie pas de recontextualiser en permanence — notamment les pages concernant la guerre d’Algérie tout comme les tensions politiques autour de l’avortement et du viol. C’est une bande dessinée riche et dense que l’on dévore. Pour ceux et celles intéressé·es par les années 1960, c’est un vrai régal : on croise des militantes du Mouvement de libération des femmes, Simone Veil, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. Sans tirer de leçon ou de morale, l’album montre toutefois la nécessité vitale de la révolte — qui est ici vécue dans la joie et la conviction profonde d’être dans le juste — ainsi que l’importance de se référer ou de s’inspirer des luttes du passé !
Louise du temps des cerises.![]() Texte de Didier Daeninckx, illustré par Mako Rue du Monde 15,80 €, 196×267 mm, 38 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Une farouche liberté : Gisèle Halimi, la cause des femmes![]() Scénario de Sophie Couturier, d’après le récit d’Anick Cojean et de Gisèle Halimi, illustré par Sandrine Revel Steinkis 22 €, 181×249 mm, 137 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


Encore une sélection pertinente et riche. Je ne savais pas que Daeninckx avait écrit pour la jeunesse.